Éditeur : Guérin - Date de parution : mars 2015 (date de première parution : 2013) - 48 pages qui m'ont touchée-coulée
Publié à l'initiative de la Fondation Facim à l'occasion des 13e rencontres en pays de Savoie dont Marie-Hélène Lafon était l'invitée d'honneur, ce court texte est un bijou.
L'auteure y parle de la géographie de son pays si intimement lié à ceux qui le travaillent "comme une borne en terre le paysan est fiché dans le paysage et chevillé au pays, l'un l'autre se travaillent mutuellement au corps, entre tension et passion, vocation et résignation, patience et vaillance"."Le travail est un rapport au corps du pays et ses gestes habitent le paysage, l'animent de façon nécessaire parce qu'utile, ou inversement."
Fille de paysans d'une région où coule la rivière La Santoire, ses origines l'ont nourrie. Certains les bâillonnent, tentent de les oublier, chez Marie-Hélène Lafon elles sont présentes tout comme son pays dans chacun de ses livres : "L'immuable géographie de mes livres dessine un pays archaïque, un pays haut, pelu, bourru, violemment doux, ardemment rogue, perdu et retrouvé toujours, quitté et lancinant. Des hommes et des femmes, et quelques enfants, y vivent, y travaillent, ils habitent dans des maisons qui font corps autour d'eux, les bêtes sont nombreuses et vivaces, les apprivoisées et les autres."
Elle connaît la rivière, la vallée, chaque pré tout comme le travail de ses parents "Les enfants, dont je suis, participent à ces travaux, portent les outils, les piquets, le rouleau de fil et voit comment donner à la clôture la bonne tension. Aujourd'hui encore, cette métaphore du fil tendu et du piquet me vient naturellement quand il s'agit de dire le travail de la phrase, et le juste équilibre à trouver entre majuscule initiale et point final".
Son pays est incrusté sous sa peau, il coule dans ses veines et dans ses mots " Je sais seulement que la regardeuse d'enfance est devenue une travailleuse du verbe, assise à l'établi pour tout donner en noir et blanc sur les pages des livres". Son pays et Marie-Hélène Lafon sont indissociables.
L'humilité qui s'en dégage, la puissance et cette simplicité si belle de ce qu'elle nous transmet avec amour et sincérité m'ont prises à la gorge. Un texte qui m'a touchée-coulée.
Si j’osais, si j’osais vraiment, si j’avais moins de peur et davantage de force, on ne passerait pas par les histoires, le roman la nouvelle, on n’aurait pas besoin de ces détours et méandres charnus, on ne raconterait rien et le blanc monterait sur la page jusqu’à la noyer de silence. On ferait ça, on serait à l'os de l'étymologie, dans le poème des choses nues et réveillées, le vent, les arbres, le ciel, les nuages, la rivière, les odeurs, le feu, la nuit, les saisons. Il s’agirait de restituer un monde, de le donner à voir, mais aussi à entendre, écouter, deviner, humer, flairer, sentir, goûter, toucher, embrasser, à pleins bras, de toute sa peau, page à page pas à pas, comme on marche, et ma place serait là, enfoncée dans les pays et dans la rumination lente du verbe.
Le billet de Sabine ( la tentatrice)
Lu de cette auteure : Joseph - L'annonce - Les pays
mercredi 22 juillet 2015
lundi 20 juillet 2015
Fiona Kidman - Le livre des secrets
Éditeur : Points - Traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Dominique Goy-Blanquet - Date de parution : Juin 2015 - 466 pages appréciées
1953, Waipu en Nouvelle-Zélande. Sorcière est le nom par lequel les gens la désignent. Parce que elle a osé vivre une histoire d'amour avec un cantonnier contre l'avis de sa mère, Maria devenue âgée vit recluse depuis cinquante ans. Bannie par sa communauté, elle ne sort jamais de chez elle qui n'est autre que l'ancienne maison de sa grand-mère. Elle y découvre le journal de sa grand-mère Isabella qui selon sa mère Annie était une diablesse. Ce journal va lui permettre de dérouler l'histoire familiale liée à celle d'un homme.
1871, Ecosse. Norman McLeod appelé "L'Homme" a de nombreux adeptes. Ce prédicateur non officiel aux idées très strictes convainc de nombreuses familles et personnes de le suivre pour rejoindre la terre promise en Amérique du Nord. Isabella fait partie du voyage. La communauté lui obéit car il s'est proclamé maître dans tous des domaines. Il juge tout et son avis vaut décision sans recours. Mais la terre promise n'est pas le jardin d'Eden que tous attendait. Et le périple continue en Australie puis jusqu'à la Nouvelle-Zélande. Isabella devenue veuve, mère d'un garçon s'est remariée à un disciple fidèle du maître. De cette union naît Annie qui très jeune se montre une véritable bigote. Dans cette communauté où les femmes n'ont pas leur mot à dire, Isabella a commencé à montrer sa détermination personnelle en n'assistant plus aux offices. Contrairement aux autres membres, elle n'a pas peur de L'homme, de ses colères et de ses directives. Annie grandit, se marie et donne naissance à Maria. Cette dernière élevée selon les principes de la communauté rêve d'indépendance. Et en osant aimer un homme d'une autre confession, elle se construira sa propre prison sans barreaux.
Il s'agit d'un bel hommages à ces femmes privées de droit, de liberté mais également à ces colons en quête d'une vie meilleure dont les sacrifices furent nombreux.
Une lecture que j'ai apprécié pour ses qualités : l'histoire en elle-même comme la construction qui mêle récit, extraits de journal, lettres et pensées mais j'en attendais plus sur le plan émotionnel.
L'un des procédés favoris du maître pour humilier les femmes de la paroisse consistait à les haranguer le dimanche depuis sa tribune en leur reprochant leur vêture inconvenantes, et tout particulièrement leurs bonnets. Pas une plume, même cueillie par elles sur une haie, pas le moindre petit ruban au bout de dentelle n'était toléré dans leur coiffure. Sinon il les tournait cruellement en ridicule. Ils s'en prenait même à sa femme, une pauvre et tendre créature qui lui avait donné dix enfants en même pas autant d'années et passa le plus clair de ses jours l'esprit apparemment égaré. Cette apparence faiblesse d'esprit et de corps l'avait tenue plus souvent éloignée de l'église que dedans. Mais au point la dispensait-elle de ses diatribes, au point que je me suis demandée si elle n'était pas fort rusée en dépit de ce qui se racontait.
1953, Waipu en Nouvelle-Zélande. Sorcière est le nom par lequel les gens la désignent. Parce que elle a osé vivre une histoire d'amour avec un cantonnier contre l'avis de sa mère, Maria devenue âgée vit recluse depuis cinquante ans. Bannie par sa communauté, elle ne sort jamais de chez elle qui n'est autre que l'ancienne maison de sa grand-mère. Elle y découvre le journal de sa grand-mère Isabella qui selon sa mère Annie était une diablesse. Ce journal va lui permettre de dérouler l'histoire familiale liée à celle d'un homme.
1871, Ecosse. Norman McLeod appelé "L'Homme" a de nombreux adeptes. Ce prédicateur non officiel aux idées très strictes convainc de nombreuses familles et personnes de le suivre pour rejoindre la terre promise en Amérique du Nord. Isabella fait partie du voyage. La communauté lui obéit car il s'est proclamé maître dans tous des domaines. Il juge tout et son avis vaut décision sans recours. Mais la terre promise n'est pas le jardin d'Eden que tous attendait. Et le périple continue en Australie puis jusqu'à la Nouvelle-Zélande. Isabella devenue veuve, mère d'un garçon s'est remariée à un disciple fidèle du maître. De cette union naît Annie qui très jeune se montre une véritable bigote. Dans cette communauté où les femmes n'ont pas leur mot à dire, Isabella a commencé à montrer sa détermination personnelle en n'assistant plus aux offices. Contrairement aux autres membres, elle n'a pas peur de L'homme, de ses colères et de ses directives. Annie grandit, se marie et donne naissance à Maria. Cette dernière élevée selon les principes de la communauté rêve d'indépendance. Et en osant aimer un homme d'une autre confession, elle se construira sa propre prison sans barreaux.
Il s'agit d'un bel hommages à ces femmes privées de droit, de liberté mais également à ces colons en quête d'une vie meilleure dont les sacrifices furent nombreux.
Une lecture que j'ai apprécié pour ses qualités : l'histoire en elle-même comme la construction qui mêle récit, extraits de journal, lettres et pensées mais j'en attendais plus sur le plan émotionnel.
L'un des procédés favoris du maître pour humilier les femmes de la paroisse consistait à les haranguer le dimanche depuis sa tribune en leur reprochant leur vêture inconvenantes, et tout particulièrement leurs bonnets. Pas une plume, même cueillie par elles sur une haie, pas le moindre petit ruban au bout de dentelle n'était toléré dans leur coiffure. Sinon il les tournait cruellement en ridicule. Ils s'en prenait même à sa femme, une pauvre et tendre créature qui lui avait donné dix enfants en même pas autant d'années et passa le plus clair de ses jours l'esprit apparemment égaré. Cette apparence faiblesse d'esprit et de corps l'avait tenue plus souvent éloignée de l'église que dedans. Mais au point la dispensait-elle de ses diatribes, au point que je me suis demandée si elle n'était pas fort rusée en dépit de ce qui se racontait.
vendredi 17 juillet 2015
Marie Neuser - Prendre Lily
Éditeur : Fleuve noir - Date de parution : Mai 2015 - 524 pages qui m'ont happée !
12 novembre 2002. Dans un quartier paisible d'une petite ville anglaise B., deux fillettes découvrent en rentrant de l'école leur mère sauvagement assassinée gisant dans la baignoire. La femme a été mutilée ( je passe les détails) et son meurtrier a placé deux mèches de cheveux de couleurs différentes entre ses doigts.
Ce livre s'ouvre directement sur la scène où l'équipe de police dont fait partie Gordon McLiam débarque au domicile de Lily Hewitt. Un voisin Damiano Solivo ayant entendu hurler les deux filles les a appelés. Gordon McLiam ne peut chasser de son esprit ce qu'il a vu et pourtant ce n'est pas un débutant. Lily Hewitt la quarantaine bien passée, divorcée et couturière n'avait rien qui puisse lui attirer des ennuis. Gordon prend cette enquête à cœur, très ou trop à cœur. Hanté par Lily et par sa mort, il se promet de mettre l'assassin sous les verrous. Les soupçons se portent rapidement sur Damiano Solivo mais les preuves sont inexistantes ou inexploitables. A chaque interrogatoire, comme une couleuvre il glisse entre les mains des policiers. D'origine italienne et parlant très mal l'anglais, il a quand même réponse à tout et surtout il a un alibi. Mais Gordon a cette intime conviction que c'est bien lui tout comme ses collègues. Les mois passent et Gordon ne veut pas laisser tomber. Ce serait comme abandonner Lily et sa promesse.
L'histoire est racontée par Gordon et c'est comme si on était à sa place. Les mois deviennent des années, l'enquête semble avancer et à plusieurs reprises on se dit que cette fois c'est bon, Solivo va être arrêté. Mais les impasses et les déceptions surgissent et ce sont autant de frustrations comme si on était face à un meurtre parfait. Un des intérêts de ce livre est qu'il nous plonge dans les ressentis de Gordon sur dix ans tout comme il nous immerge dans l'enquête. Car oui, il faudra presque dix longues années pour coincer Solivo. Ca colle à une réalité, à un travail acharné où quelquefois le découragement surgit et est si grand que Gordon est prêt à bafouer l'éthique.
J'étais loin de m'imaginer que j'allais devenir accro. Et c'est un livre que j'ai eu du mal à lâcher tant j'ai été happée ! C'est précis mais jamais ennuyeux, on a l'impression que Solivo joue avec nos nerfs et c'est parfaitement réussi.
Un thriller totalement et hautement addictif où les émotions sont semblables à des montagnes russes.
Le début :
Voilà. Ça devait bien arriver un jour. Il fallait que ça arrive, on a beau repousser de toutes ses forces, pendant quinze ans, l'idée que ça nous tomberait forcément dessus au milieu de la torpeur bonhomme d'un petit commissariat de petite ville tranquille, on sait que ça plane, qu'on y aura droit, qu'on échappera pas à l'enfer. On fait ce métier en se disant qu'on finira bien par être rattrapé par l'enfer.
On sait qu'un jour, on se retrouvera entrain de vomir sur une scène de crime, et qu'en contemplant dans l'herbe ce souvenir de breakfast on comprendra que c'est là le point de bascule.
J'ai basculé un 12 novembre.
Ce sont des voisins qui nous ont appelés. Quand ils ont trouvé les deux petites en train de courir dans la rue en hurlant : « Maman a été coupée en morceaux. » Ils ont réceptionné les deux gosses et nous ont immédiatement téléphoné. Ils ne sont pas allés voir par eux-mêmes. Normal. Ils nous ont refilé l'enfer comme on refile un bébé.
Même devant l'habitation quelque chose glaçait le sang : c'était le calme et la coquetterie de cette petite maison avec jardinet et géraniums, rideaux froncés aux fenêtres, une atmosphère humble mais impeccable. Pas un endroit pour l'horreur.
12 novembre 2002. Dans un quartier paisible d'une petite ville anglaise B., deux fillettes découvrent en rentrant de l'école leur mère sauvagement assassinée gisant dans la baignoire. La femme a été mutilée ( je passe les détails) et son meurtrier a placé deux mèches de cheveux de couleurs différentes entre ses doigts.
Ce livre s'ouvre directement sur la scène où l'équipe de police dont fait partie Gordon McLiam débarque au domicile de Lily Hewitt. Un voisin Damiano Solivo ayant entendu hurler les deux filles les a appelés. Gordon McLiam ne peut chasser de son esprit ce qu'il a vu et pourtant ce n'est pas un débutant. Lily Hewitt la quarantaine bien passée, divorcée et couturière n'avait rien qui puisse lui attirer des ennuis. Gordon prend cette enquête à cœur, très ou trop à cœur. Hanté par Lily et par sa mort, il se promet de mettre l'assassin sous les verrous. Les soupçons se portent rapidement sur Damiano Solivo mais les preuves sont inexistantes ou inexploitables. A chaque interrogatoire, comme une couleuvre il glisse entre les mains des policiers. D'origine italienne et parlant très mal l'anglais, il a quand même réponse à tout et surtout il a un alibi. Mais Gordon a cette intime conviction que c'est bien lui tout comme ses collègues. Les mois passent et Gordon ne veut pas laisser tomber. Ce serait comme abandonner Lily et sa promesse.
L'histoire est racontée par Gordon et c'est comme si on était à sa place. Les mois deviennent des années, l'enquête semble avancer et à plusieurs reprises on se dit que cette fois c'est bon, Solivo va être arrêté. Mais les impasses et les déceptions surgissent et ce sont autant de frustrations comme si on était face à un meurtre parfait. Un des intérêts de ce livre est qu'il nous plonge dans les ressentis de Gordon sur dix ans tout comme il nous immerge dans l'enquête. Car oui, il faudra presque dix longues années pour coincer Solivo. Ca colle à une réalité, à un travail acharné où quelquefois le découragement surgit et est si grand que Gordon est prêt à bafouer l'éthique.
J'étais loin de m'imaginer que j'allais devenir accro. Et c'est un livre que j'ai eu du mal à lâcher tant j'ai été happée ! C'est précis mais jamais ennuyeux, on a l'impression que Solivo joue avec nos nerfs et c'est parfaitement réussi.
Un thriller totalement et hautement addictif où les émotions sont semblables à des montagnes russes.
Le début :
Voilà. Ça devait bien arriver un jour. Il fallait que ça arrive, on a beau repousser de toutes ses forces, pendant quinze ans, l'idée que ça nous tomberait forcément dessus au milieu de la torpeur bonhomme d'un petit commissariat de petite ville tranquille, on sait que ça plane, qu'on y aura droit, qu'on échappera pas à l'enfer. On fait ce métier en se disant qu'on finira bien par être rattrapé par l'enfer.
On sait qu'un jour, on se retrouvera entrain de vomir sur une scène de crime, et qu'en contemplant dans l'herbe ce souvenir de breakfast on comprendra que c'est là le point de bascule.
J'ai basculé un 12 novembre.
Ce sont des voisins qui nous ont appelés. Quand ils ont trouvé les deux petites en train de courir dans la rue en hurlant : « Maman a été coupée en morceaux. » Ils ont réceptionné les deux gosses et nous ont immédiatement téléphoné. Ils ne sont pas allés voir par eux-mêmes. Normal. Ils nous ont refilé l'enfer comme on refile un bébé.
Même devant l'habitation quelque chose glaçait le sang : c'était le calme et la coquetterie de cette petite maison avec jardinet et géraniums, rideaux froncés aux fenêtres, une atmosphère humble mais impeccable. Pas un endroit pour l'horreur.
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