vendredi 11 décembre 2015
Alfred Hayes - Une jolie fille comme ça
Editeur : Gallimard - Date de parution : Octobre 2015 - Traduit superbement de l'anglais (Etats-Unis) par Agnès Desarthe - 167 pages et du grand art !
Jamais nommés, l’homme un brin désabusé et maniant l’ironie, proche de la quarantaine est scénariste. Il quitte plusieurs mois par an New York et sa famille pour écrire dans une ville où le studios de cinéma sont légion, vedettes, argent et strass. La fille est plus jeune et a débarqué il y a déjà un bon moment avec l’intention de percer dans le milieu. Devenir une actrice, un rêve convoité par beaucoup de jeunes filles dans ces années 1950. Lors d’une fête, il la sauve alors qu’elle essayait de se noyer. La faute à l’alcool ? C’est ce qu’elle prétendra au départ. Mais elle va l’appeler pour la remercier de son geste et ils vont faire connaissance puis avoir une liaison. Il n’a jamais pensé à tromper sa femme même si son mariage bat de l’aile, il continue de la voir et de l’écouter. Elle : l’intrigante avec des zones d’ombres et de flou, instable, en total déséquilibre, fragile. Leur relation est toxique dans cette ville où tout est faux à cause du pouvoir de l’argent. Des scènes superbement décrites comme celle de la corrida où elle ne peut supporter le spectacle du sang, du taureau, la violence, et montre toute sa vulnérabilité pour nous lecteurs.
C’est très visuel, on sent l’odeur des cigarettes, de l’alcool, on se représente les sourires faux dans les soirées où tout le monde connaît tout le monde. Un air d’Hitchcock.
Avec une psychologie creusée, ce roman se lit en apnée et glisse sur une pente inattendue. Superbement écrit et traduit, d'une beauté universelle, la fin glaçante nous bouscule (et pas qu'un peu) car elle nous renvoie à une autre vérité.
Dans la préface, Agnès Desarthe écrit en parlant de ce texte « qu’il a une musique inédite et très subtilement subversive », je suis entièrement d’accord !
Un grand merci à Delphine (Dialogues) pour ce conseil de lecture !
jeudi 10 décembre 2015
Didier Blonde - Leïlah Mahi 1932
Editeur : Gallimard - Date de parution : 2015 - 122 pages qui laissent un sillon derrière elles...
En se promenant au cimetière du Père-Lachaise, Didier Blonde remarque la photo d’une femme au columbarium où sont gravés Leïlah Mahi 12 aout 1932. Fascinée par son regard et par sa beauté, Didier Blonde cherche à en savoir plus sur elle. Il découvre qu’il n’est pas le seul à avoir remarqué sa photo et qu’elle compte de nombreux admirateurs sur le Net. Il se lance dans une quête entrecoupée de pauses pour trouver qui est Leïlah Mahi. Des archives aux mairies en passant par les bouquinistes, il s’interroge :« Etais-je condamné à refaire toujours le même livre ? A fouiller à nouveau dans des archives, des bibliothèques, à hanter des cimetières, collectionner des adresses, tracer des itinéraires dans des rues de Paris sur la piste de tous ces disparus, ces acteurs et actrices de cinéma oubliés depuis si longtemps, auxquels j'avais consacré déjà plusieurs ouvrages et, dernièrement encore, à cette "Inconnue de la Seine". »
Leïlah Mahi convoque l’imaginaire à lui inventer une vie d’autant plus que les recherches entreprises restent vaines. « Elle a découragé toute recherche. Les archives sont fermées, cadenassées à double tour. Les services de la conservation restent silencieux. Et la concession sans héritage. Une vie muette. Hors d’atteinte. » L’auteur nous confie ses doutes comme celui d’avoir le sentiment d’être quelqu’un qui entre par effraction dans une vie ou d ‘être face à une impasse. Alors qu’il ne s’y attendait plus, une information administrative va ouvrir une porte sur Leïlah Mahi et révéler qui elle était.
En lisant ce livre, on est aux côtés de Didier Blonde. Comme lui, on est hypnotisé par cette photo. Un livre nimbé d’un voile à l'ambiance ni gaie, ni triste qui laisse un sillon derrière lui. On ressent tout le respect de l’auteur comme s’il avançait sans vouloir déranger Leïlah Mahi.
Et si j’ai été touchée par cette enquête, c’est que je me suis reconnue en partie à travers Didier Blonde à la recherche de vies derrière des photos surannées ou juste un nom. A chercher, à interroger, à recouper des éléments du passé, à visiter des lieux habités autrefois, à connaître des déceptions ou des avancées.
Les billets de Jérôme, Galéa, Eva, Laure
En se promenant au cimetière du Père-Lachaise, Didier Blonde remarque la photo d’une femme au columbarium où sont gravés Leïlah Mahi 12 aout 1932. Fascinée par son regard et par sa beauté, Didier Blonde cherche à en savoir plus sur elle. Il découvre qu’il n’est pas le seul à avoir remarqué sa photo et qu’elle compte de nombreux admirateurs sur le Net. Il se lance dans une quête entrecoupée de pauses pour trouver qui est Leïlah Mahi. Des archives aux mairies en passant par les bouquinistes, il s’interroge :« Etais-je condamné à refaire toujours le même livre ? A fouiller à nouveau dans des archives, des bibliothèques, à hanter des cimetières, collectionner des adresses, tracer des itinéraires dans des rues de Paris sur la piste de tous ces disparus, ces acteurs et actrices de cinéma oubliés depuis si longtemps, auxquels j'avais consacré déjà plusieurs ouvrages et, dernièrement encore, à cette "Inconnue de la Seine". »
Leïlah Mahi convoque l’imaginaire à lui inventer une vie d’autant plus que les recherches entreprises restent vaines. « Elle a découragé toute recherche. Les archives sont fermées, cadenassées à double tour. Les services de la conservation restent silencieux. Et la concession sans héritage. Une vie muette. Hors d’atteinte. » L’auteur nous confie ses doutes comme celui d’avoir le sentiment d’être quelqu’un qui entre par effraction dans une vie ou d ‘être face à une impasse. Alors qu’il ne s’y attendait plus, une information administrative va ouvrir une porte sur Leïlah Mahi et révéler qui elle était.
En lisant ce livre, on est aux côtés de Didier Blonde. Comme lui, on est hypnotisé par cette photo. Un livre nimbé d’un voile à l'ambiance ni gaie, ni triste qui laisse un sillon derrière lui. On ressent tout le respect de l’auteur comme s’il avançait sans vouloir déranger Leïlah Mahi.
Et si j’ai été touchée par cette enquête, c’est que je me suis reconnue en partie à travers Didier Blonde à la recherche de vies derrière des photos surannées ou juste un nom. A chercher, à interroger, à recouper des éléments du passé, à visiter des lieux habités autrefois, à connaître des déceptions ou des avancées.
Les billets de Jérôme, Galéa, Eva, Laure
Laure Murat - Relire
Editeur : Flammarion - Date de parution : Septembre 2015 - 304 pages ultra passionnantes !
Pourquoi relit-on ? A quoi s’apparente la relecture : « répétition, reprise, réinterprétation, redécouverte, refuge » ? Aiguise-t-elle le sens critique, y a t’il du re-plaisir ? Est-ce pour retrouver la personne que l’on était à la première lecture ? La relecture peut être « une opportunité unique pour prendre la mesure de l’écoulement du temps, de la vivacité et de l’obsolescence du souvenir » ou « relire, c’est élire, se créer son propre univers. On relit comme on se construit une personnalité, à l’aide d’identifications répétées, raison pour laquelle, entre autres, l’enfant pratique la relecture avec tant de passion ». Relire est-ce picorer dans un livre déjà lu ou alors le lire encore de la première à la dernière page ? Pour son enquête sur la relecture, Laure Murat a adressé un questionnaire à deux cent personnes qui baignent qui baignent dans le milieu : des auteurs, des traducteurs, des éditeurs, des comédiens, des universitaires, .... .
Dans un premier temps et à partir des réponses, Laure Murat nous livre sa synthèse. Entre autres, on apprend que Proust (à qui une question du questionnaire est consacrée) figure en haut du palmarès de l’auteur le plus relu suivi de Flaubert. Montaigne, Nietzsche et Wool se partagent la troisième position. Mais Laure Murat ne nous fournit pas que des noms, des chiffres et des proportions. Car elle donne les réponses complètes de son questionnaire de quelques uns des interviewés: Annie Ernaux, Céline Minard, Jean Echenoz, Agnès Desarthe et d’autres.
On entre dans l’intimité du rapport à la lecture et c’est un pur régal !
De l’enfance et des livres qui y sont associés, du parcours aux habitudes de lecteur, les interviewés ont souvent apporté des anecdotes et se sont prêtés au jeu des réponses avec franchise. Sans oublier de l’humour avec Philippe Forest ou Eric Chevillard qui à la question se relire répond : « Faire l’archéologie de soi-même ? ». Et une mention spéciale au traducteur Bernard Hoepffner qui m’a décomplexée car comme lui je n’ai jamais lu (et donc relu ) Proust.
Cet essai est ultra passionnant et enrichissant car relire englobe plusieurs facettes (et on peut se retrouver par « fragments » dans certaines des réponses).
Un essai à lire par tous ceux pour qui « La littérature, c’est vivre intensément » (que l’on soit relecteur ou non) !
Les billets de Cuné, Dominique, Keisha
Pourquoi relit-on ? A quoi s’apparente la relecture : « répétition, reprise, réinterprétation, redécouverte, refuge » ? Aiguise-t-elle le sens critique, y a t’il du re-plaisir ? Est-ce pour retrouver la personne que l’on était à la première lecture ? La relecture peut être « une opportunité unique pour prendre la mesure de l’écoulement du temps, de la vivacité et de l’obsolescence du souvenir » ou « relire, c’est élire, se créer son propre univers. On relit comme on se construit une personnalité, à l’aide d’identifications répétées, raison pour laquelle, entre autres, l’enfant pratique la relecture avec tant de passion ». Relire est-ce picorer dans un livre déjà lu ou alors le lire encore de la première à la dernière page ? Pour son enquête sur la relecture, Laure Murat a adressé un questionnaire à deux cent personnes qui baignent qui baignent dans le milieu : des auteurs, des traducteurs, des éditeurs, des comédiens, des universitaires, .... .
Dans un premier temps et à partir des réponses, Laure Murat nous livre sa synthèse. Entre autres, on apprend que Proust (à qui une question du questionnaire est consacrée) figure en haut du palmarès de l’auteur le plus relu suivi de Flaubert. Montaigne, Nietzsche et Wool se partagent la troisième position. Mais Laure Murat ne nous fournit pas que des noms, des chiffres et des proportions. Car elle donne les réponses complètes de son questionnaire de quelques uns des interviewés: Annie Ernaux, Céline Minard, Jean Echenoz, Agnès Desarthe et d’autres.
On entre dans l’intimité du rapport à la lecture et c’est un pur régal !
De l’enfance et des livres qui y sont associés, du parcours aux habitudes de lecteur, les interviewés ont souvent apporté des anecdotes et se sont prêtés au jeu des réponses avec franchise. Sans oublier de l’humour avec Philippe Forest ou Eric Chevillard qui à la question se relire répond : « Faire l’archéologie de soi-même ? ». Et une mention spéciale au traducteur Bernard Hoepffner qui m’a décomplexée car comme lui je n’ai jamais lu (et donc relu ) Proust.
Cet essai est ultra passionnant et enrichissant car relire englobe plusieurs facettes (et on peut se retrouver par « fragments » dans certaines des réponses).
Un essai à lire par tous ceux pour qui « La littérature, c’est vivre intensément » (que l’on soit relecteur ou non) !
Les billets de Cuné, Dominique, Keisha
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