Editeur : Autrement - Date de parution : Août 2015 - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Esch - 376 pages et une très belle découverte !
«Au départ, je m ‘intéressais beaucoup à la façon dont bougent les gens, et c’est une chose qu’on ne peut pas montrer sur une photo, ou bien c’est difficile, et vous restituez des fragments.» Voilà comment Sophie Stark est devenue une jeune réalisatrice du cinéma indépendant. Solitaire, énigmatique, perfectionniste, elle est passionnée par son travail dans lequel elle s’investit corps et âme.
Sophie prend vie par le récit d’autres personnages. Allison la serveuse qui a tourné pour elle et qui était son amante, son frère protecteur, Daniel un étudiant doué au basket, Jacob un musicien qu’elle épousera à la surprise générale de tous, un producteur de cinéma ainsi que par les chroniques d’un journaliste qui permettent d’éclairer sous un autre jour ses films. Tous verront leur vie marquée par Sophie.
Assez asociale, elle semble manipuler les autres pour arriver à ses fins. A travers les différents récits, plusieurs facettes d’elle nous sont livrées : fascinante, intrigante, aimée, incomprise, égoïste ou encore insensible. En tant tant que lecteur, on a des fragments de sa personnalité mais qui sont forcément faussés, incomplets, marqués par ce que chacun a vécu avec Sophie .
Et il y a cette phrase marquante « Je pensais qu’en réalisant des films je ressemblerais plus aux autres, confia Sophie. Mais parfois, j’ai l’impression que ça me fait ressembler encore plus à ce que je suis. » Comme si Sophie voulait accéder à une sorte de normalité en réalisant des films et qu'elle se rendait compte de son impossibilité.
Dès le départ, la construction m’a ferrée tout comme l’atmosphère qui s’en dégage, Sophie m’a surtout hypnotisée.
Un livre très bien construit que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher. Et même s’il m’a manquée un petit je ne sais quoi (peut-être le fait que Sophie reste une énigme), j’ai beaucoup aimé ce roman qui aborde les thèmes de la création, de l'artiste vulnérable et/ou manipulateur.
Une très belle découverte à ne pas rater !
Les billets d'Eva, Kathel
dimanche 10 janvier 2016
vendredi 8 janvier 2016
Philippe Claudel - L'arbre du pays Toraja
Editeur : Stock - Date de parution : Janvier 2016 - 216 pages qui m'ont très touchée.
Au printemps 2012, sur l’île de Sulawesi en Indonésie, le narrateur découvre le peuple des Toraja. Loin de nos rites funéraires où « l’on gomme la présence de la mort », les enfants morts sont déposés dans le tronc d’un arbre « au fil des ans, lentement, la chair de l’arbre se referme, gardant le corps de l'enfant dans son grand corps à lui, sous son écorcé ressoudée. Alors peu à peu commence le voyage qui le fait de monter vers les cieux au rythme patient de la croissance de l'arbre. » A son retour en France, son meilleur ami Eugène lui apprend qu’il a un cancer et en décède peu de temps après.
Bouleversé, lui qui est âgé d’une cinquantaine d’années, revient sur sa vie : son amitié avec Eugène, ses enfants et sa compagne plus jeune que lui, le temps qui passe et laisse des traces, ceux qui l’ont marqué, notre rapport au corps et à la mort.
Philippe Claudel aurait pu s’embourber dans quelque chose d’assez désespérant mais non. Au contraire, il nous livre un hymne à la vie avec des réflexions très justes sur le sens de la vie, l’amour, les éclats de bonheur. Et j’ai envie de dire que tout naturellement nos propres souvenirs remontent à la surface.
Avec une écriture poétique et beaucoup de sensibilité, l’auteur nous rappelle que la vie précieuse continue avec ceux qui logent dans nos cœurs comme dans une fabrique intérieure.
Les thèmes et la beauté qui se dégage de ce livre m'ont très touchée ! Une lecture forte et riche d'enseignements.
Notre vie n'est en rien une figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l'unique exemplaire d'un livre, pour certains d'entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d'une écriture sage et appliquée, pour d'autres d'un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d'autres plus ou moins raturés, plein de reprise et de repentirs. Chaque page correspond à un moment de notre existence et surtout à celle ou celui que nous avons été à ce moment-là, et que nous ne sommes plus, et que nous regardons, si jamais nous prend l'envie ou la nécessité de feuilleter le livre, comme un être tout à l'heure fois étranger et paradoxalement étrangement proche.
Le billet de Céleste
Lu de cet auteur : L'enquête - Le café de l'Excelsior - Le rapport de Brodeck
Au printemps 2012, sur l’île de Sulawesi en Indonésie, le narrateur découvre le peuple des Toraja. Loin de nos rites funéraires où « l’on gomme la présence de la mort », les enfants morts sont déposés dans le tronc d’un arbre « au fil des ans, lentement, la chair de l’arbre se referme, gardant le corps de l'enfant dans son grand corps à lui, sous son écorcé ressoudée. Alors peu à peu commence le voyage qui le fait de monter vers les cieux au rythme patient de la croissance de l'arbre. » A son retour en France, son meilleur ami Eugène lui apprend qu’il a un cancer et en décède peu de temps après.
Bouleversé, lui qui est âgé d’une cinquantaine d’années, revient sur sa vie : son amitié avec Eugène, ses enfants et sa compagne plus jeune que lui, le temps qui passe et laisse des traces, ceux qui l’ont marqué, notre rapport au corps et à la mort.
Philippe Claudel aurait pu s’embourber dans quelque chose d’assez désespérant mais non. Au contraire, il nous livre un hymne à la vie avec des réflexions très justes sur le sens de la vie, l’amour, les éclats de bonheur. Et j’ai envie de dire que tout naturellement nos propres souvenirs remontent à la surface.
Avec une écriture poétique et beaucoup de sensibilité, l’auteur nous rappelle que la vie précieuse continue avec ceux qui logent dans nos cœurs comme dans une fabrique intérieure.
Les thèmes et la beauté qui se dégage de ce livre m'ont très touchée ! Une lecture forte et riche d'enseignements.
Notre vie n'est en rien une figure linéaire. Elle ressemble plutôt à l'unique exemplaire d'un livre, pour certains d'entre nous composé de quelques pages seulement, propres et lisses, recouvertes d'une écriture sage et appliquée, pour d'autres d'un nombre beaucoup plus important de feuillets, certains déchirés, d'autres plus ou moins raturés, plein de reprise et de repentirs. Chaque page correspond à un moment de notre existence et surtout à celle ou celui que nous avons été à ce moment-là, et que nous ne sommes plus, et que nous regardons, si jamais nous prend l'envie ou la nécessité de feuilleter le livre, comme un être tout à l'heure fois étranger et paradoxalement étrangement proche.
Le billet de Céleste
Lu de cet auteur : L'enquête - Le café de l'Excelsior - Le rapport de Brodeck
mercredi 6 janvier 2016
Jill Alexander Essbaum - Femme au foyer
Editeur : Albin Michel - Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise du Sorbier - Date de parution : Janvier 2016 - 387 pages vraiment beaucoup aimées !
Anna Benz âgée de trente-sept ans et d’origine américaine vit en Suisse depuis presque dix ans dans une banlieue de Zurich. Mariée à Bruno un banquier, et mère de trois enfants, sa vie est matériellement confortable. Sa belle-mère habite près de chez eux et elle garde volontiers ses petits-enfants même si elle est toujours distante avec sa belle-fille. Anna ne parle pas le suisse allemand, ne conduit pas et ne travaille pas et a un périmètre de vie restreint. Elle ne s’est toujours pas intégrée et se sent seule. Poussée par son mari à consulter un médecin, elle débute alors une psychanalyse et s’inscrit à des cours d'allemand. La jeune femme esquive à chaque fois les questions de sa psy pour ne pas lui avouer la vérité : elle trompe son ennui en ayant des amants.
Nous y voilà, pourrait-on dire, égoïste, capricieuse, libertaire (et j’en passe). Si quelquefois, Anna pense à rompre avec Archie (rencontré aux cours d'allemand), elle chasse très vite cette idée sans aucune culpabilité.
Engluée dans sa vie, ses escapades sexuelles lui permettent de s’évader de la monotonie. Jusqu'à ce qu'un drame se produise.
Les séances chez la psy, les cours de langue jalonnent tout le roman où les pensées d’Anna renforcent le malaise palpable. La psychologie tient une place très importante dans ce roman sur la quête d’identité, la souffrance, l'isolement et l'incapacité à être heureuse.
Le comportement et/ou la passivité d'Anna tout comme la sensation de ne pas cerner vraiment les autres personnages pourront agacer certains.
Jill Alexander Essbaum réussit à nous faire ressentir le désespoir qu'Anna entretient et qui la ronge.
Un premier roman très troublant, intelligent et magnétique, servi par une belle écriture sans aucune concession ( à noter le très bon travail de traduction) que j’ai vraiment beaucoup aimé !
Mais Anna ? Quelles étaient ses tendances ? Ce n'était pas un mystère. Avec Anna, tout était verbe. Elle manquait de rigueur dans ses conjugaisons et de prudence dans son usage des structures. Elle confondait temps et mode et avait trop souvent recours à la voix passive. Ces conclusions l'amusèrent. Comme je suis transparente ! Et elle l'était. Vraiment. Transparente, peu rigoureuse et triste.
Anna aimait le sexe sans l'aimer. Anna avait besoin du sexe sans en avoir besoin. Sa relation avec le sexe était un partenariat compliqué issu de sa passivité tout autant que de son indiscutable désir d'être distraite. Et désirée. Elle désirait être désirée. L'envie de distraction était récente chez elle ; sa soif d'être un objet de convoitise existait depuis des décennies. Mais les deux étaient le fruit d'une lassitude, elle-même née des dix dernières années de petites rancœurs et de menues blessures banales dont elle rendait Bruno responsable. Elles avaient engendré l'ennui, qui à son tour avait engendré certaines habitudes.
Une lecture tandem avec Cathulu.
Les billet d'Adepte du livre et de Cuné où vous trouverez d'autres extraits.
Anna Benz âgée de trente-sept ans et d’origine américaine vit en Suisse depuis presque dix ans dans une banlieue de Zurich. Mariée à Bruno un banquier, et mère de trois enfants, sa vie est matériellement confortable. Sa belle-mère habite près de chez eux et elle garde volontiers ses petits-enfants même si elle est toujours distante avec sa belle-fille. Anna ne parle pas le suisse allemand, ne conduit pas et ne travaille pas et a un périmètre de vie restreint. Elle ne s’est toujours pas intégrée et se sent seule. Poussée par son mari à consulter un médecin, elle débute alors une psychanalyse et s’inscrit à des cours d'allemand. La jeune femme esquive à chaque fois les questions de sa psy pour ne pas lui avouer la vérité : elle trompe son ennui en ayant des amants.
Nous y voilà, pourrait-on dire, égoïste, capricieuse, libertaire (et j’en passe). Si quelquefois, Anna pense à rompre avec Archie (rencontré aux cours d'allemand), elle chasse très vite cette idée sans aucune culpabilité.
Engluée dans sa vie, ses escapades sexuelles lui permettent de s’évader de la monotonie. Jusqu'à ce qu'un drame se produise.
Les séances chez la psy, les cours de langue jalonnent tout le roman où les pensées d’Anna renforcent le malaise palpable. La psychologie tient une place très importante dans ce roman sur la quête d’identité, la souffrance, l'isolement et l'incapacité à être heureuse.
Le comportement et/ou la passivité d'Anna tout comme la sensation de ne pas cerner vraiment les autres personnages pourront agacer certains.
Jill Alexander Essbaum réussit à nous faire ressentir le désespoir qu'Anna entretient et qui la ronge.
Un premier roman très troublant, intelligent et magnétique, servi par une belle écriture sans aucune concession ( à noter le très bon travail de traduction) que j’ai vraiment beaucoup aimé !
Mais Anna ? Quelles étaient ses tendances ? Ce n'était pas un mystère. Avec Anna, tout était verbe. Elle manquait de rigueur dans ses conjugaisons et de prudence dans son usage des structures. Elle confondait temps et mode et avait trop souvent recours à la voix passive. Ces conclusions l'amusèrent. Comme je suis transparente ! Et elle l'était. Vraiment. Transparente, peu rigoureuse et triste.
Anna aimait le sexe sans l'aimer. Anna avait besoin du sexe sans en avoir besoin. Sa relation avec le sexe était un partenariat compliqué issu de sa passivité tout autant que de son indiscutable désir d'être distraite. Et désirée. Elle désirait être désirée. L'envie de distraction était récente chez elle ; sa soif d'être un objet de convoitise existait depuis des décennies. Mais les deux étaient le fruit d'une lassitude, elle-même née des dix dernières années de petites rancœurs et de menues blessures banales dont elle rendait Bruno responsable. Elles avaient engendré l'ennui, qui à son tour avait engendré certaines habitudes.
Une lecture tandem avec Cathulu.
Les billet d'Adepte du livre et de Cuné où vous trouverez d'autres extraits.
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