dimanche 17 janvier 2016

Christian Garcin - Les vies multiples de Jeremiah Reynolds

Editeur : Stock - Date de parution : Janvier 2016 - 167 pages et un plaisir de lecture !

Quel rapport peut-il y avoir entre une théorie  sur la terre creuse  et le livre Mody Dick de Melville ? A priori aucun et pourtant après la lecture de ce roman, on serait tenter d’affirmer le contraire.

Tout débute au 19ème siècle aux Etats-Unis avec John Cleves Symmes Jr défenseur de la fameuse théorie. Cet ancien militaire cherche à lever des fonds  afin de mener une expédition aux pôles (où se trouveraient les portes d’entrée pour accéder à l’intérieur de la terre). Hélas, celui-ci ne sait pas manier le verbe devant un public. Assistant à l’une de ses conférences, le jeune Jeremiah N. Reynolds est convaincu. De plus, il sait parler à un auditoire et la théorie est même présentée devant le Congrès. Et notre Reynolds se retrouve à bord d’un navire d'expédition. Mais les terres glacées de l’Antarctique ne lui révèlent aucune porte et après avoir risqué sa vie, il abandonne la théorie de son ancien collaborateur. Lors d’une escale au Chili durant laquelle il déserte, il tombe amoureux d’une jeune femme et combat auprès des communautés aborigènes. Après deux années, il abandonne le Chili et a pour projet de mettre sur pied une chasse à la baleine avec un ancien pêcheur de baleine. Mais c’était sans compter sur une bagarre qui le prive de son nouveau compagnon.
Il devient alors le secrétaire personnel du capitaine du navire le Potomac. Le revoilà sur mer et habité par les histoires racontées par le chasseur de baleine et celle en particulier d’un cachalot blanc qui échappe à tous les hommes.

A New-York, il décide qu’il est temps pour lui de reprendre des études et d’avoir une vie plus calme. Avocat et marié, il deviendra un ami d’Edgar Allan Poe ( le personnage d’Arthur Gordon Pym est inspiré de Reynolds) mais surtout il écrira un seul et unique livre Mocha Dick. "En octobre 1851, Reynolds a cinquante-deux ans. Herman Melville, qui en a vingt de moins, publie Mody Dick. Reynolds le lit peut-être. Peut-être pas. On n’en sait rien. De tout façon ce n’est pas un franc succès. Ca viendra, dans soixante-dix ans environ. Il suffit d’être patient."  

Ce livre formidablement bien écrit est terriblement passionnant ! Sans temps mort, la trame à tiroirs nous suspend avec bonheur à cette vie hors du commun et Christian Garcin nous ferre du début à la fin. Un vrai plaisir de lecture ! 

mercredi 13 janvier 2016

Colombe Boncenne - Comme neige

Editeur : Buchet-Chastel - Date de parution : janvier 2016 - 114 pages malicieuses ! 

De passage avec son épouse dans une petite ville de province, Constantin Caillaud découvre par hasard  un livre d’Emilien Petit. Ce dernier est son auteur préféré mais  le roman intitulé "Neige noire" lui est inconnu. Il le lit et  et de retour à Paris,  il s’aperçoit qu’il a oublié le livre à l’hôtel. Il contacte sa maîtresse Hélène pour lui faire part de sa trouvaille. Mais comme il ne peut lui montrer l’objet en question, Hélène croit à une plaisanterie.

 « Curieux par nature, comptable de profession et passionné de littérature », Constantin ne veut pas lâcher le morceau et s‘active à des recherches. Le roman n’est pas répertorié dans l’œuvre d’Emilien Petit. En plus, ce dernier n’a plus écrit de plusieurs années et s’est retiré de scène littéraire. Constantin écrit  aux amis de l'auteur dont Jean-Philippe Toussaint, Olivier Rolin, Antoine Volodine. L’affaire prend une ampleur inattendue car chacun a son opinion et on crie à la supercherie, au scandale ou à un stratagème élaboré par Emilien Petit (afin de faire parler de lui).
Dépassé, Constantin voit son nom écrit dans les journaux et on lui attribue la paternité de ce livre. Avec un sourire aux lèvres, on suit les (més)aventures de notre comptable plongé dans le milieu de l'édition où les pics et la jalousie ne sont jamais loin.

Malgré quelques toutes petites maladresses, voici un un premier roman original, malicieux, un brin décalé, pétillant et drôlement bien ficelé ! Ah oui, et si vous pensez trouver le fin mot de l’histoire et bien détrompez-vous car Colombe Boncenne s'amuse avec la réalité et la fiction !

lundi 11 janvier 2016

Emmanuelle Richard - Pour la peau

Editions de l'Olivier - date de parution : Janvier 2016 - 222 pages superbes !

Après une relation de six années qui s’est soldée par une rupture d’un commun accord, la narratrice cherche un nouvel appartement en province. C’est E. qui lui le fait visiter. Dégingandé, plus âgé qu’elle, le visage marqué de ceux qui ont vécu et il lui est presque antipathique En attendant de pouvoir gagner sa vie par l’écriture, elle a un travail alimentaire dans un magasin de jouets. Parce qu’elle ne veut plus d’affect, elle s’est inscrite sur un site de rencontres pour personnes mariées. Histoire de pas passer par la case des sentiments et des attaches. Des problèmes dans son nouvel appartement l'obligent à contacter E.. 
Ils vont donc se revoir. De textos à des rendez-vous pour boire un verre,  elle en apprend  plus sur lui : sa  jeunesse à Londres, la drogue et sa copine qui l'a quitté. Sans jamais que l'idée ne l'effleure auparavant, elle s’éprend de lui, de sa façon d’être et de son corps. Ils avancent à tâtons, se découvrent. S'ensuivent quatre semaines d'amour en été où elle veut croire au bonheur présent et futur. Quitte à  supporter les nombreuses fois où il boit trop, quitte à cracher sur ses résolutions (jamais je ne le ferai par amour ), à oublier les disputes et le risque d’avoir mal.

  (…) comment passe-t-on de l'indifférence au mépris à la curiosité, puis au désir et enfin en sentiment amoureux ? À quel moment ai-je commencé à regarder E. ? À quel moment a-t-il commencé à me plaire ? À quel moment ai-je eu l’impression foudroyante de le voir, en entier, et d'en être bouleversée ? À quel moment a surgi le désir fou d'appartenir à cette homme à n'importe quel prix, comme jamais je n'avais désiré auparavant appartenir à quelqu'un, appartenir tout court, pour pouvoir me désintégrer et m'annuler à lui, oublier que j'existe et, simplement, essentiellement, veiller sur son corps, prendre soin de lui ? À quel moment suis-je tombée ?

Si j’ai indiqué cet extrait, c’est parce qu’il résume (je trouve) parfaitement la trame principale de ce roman. Tout y est décrit : le désir, l’attente, la peur, le manque de l’autre, l’incandescence, le plaisir incendiaire et charnel, le bonheur entraperçu et imaginé, les utopies, la puissance et la violence des sentiments, ce qu'on refuse d'admettre, la volonté d'y croire encore car le coeur ne veut pas, les faiblesses et la chute.

Un roman immensément intense et  sans tabou où l’écriture fait appel à tous les sens et où toutes les sensations sont décrites superbement  avec réalisme et subtilité (j'ai relu des passages entiers). De longues phrases à justes quelques mots, l’écriture colle au récit comme une seconde peau.  En y ajoutant également des réflexions que le recul apporte, elle nous ouvre la porte sur l'ensemble des ressentis.  Car il lui fallait écrire pour mettre un point final, pour reléguer E. au passé et ce, définitivement.

Je n’ai pas lu mais ressenti viscéralement ce deuxième roman d’Emmanuelle Richard. Un livre devenu hérisson tant j’y ai inséré de marque-pages !

Ceci est une chimère,  bien sûr, mais en le vivant, en retrouvant ce goût, j'ai eu la sensation que la vie de nouveau était devant moi, ouverte à tous les possibles, et intense, neuve, lavée, évidente à un point qu'elle n'avait jamais été.

Je ne comprends rien à ce qu'il attend de moi, je commence à l'aimer, je décide d'oublier que je ne comprends rien et que c'est un jeu qui devient dangereux, se mettre à aimer un homme quitté (...)

Lu de cette  auteure : La légèreté

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