Editeur : Albin Michel - Date de parution : Mars 2016 - 279 pages dévorées !
Décembre 1999, dans la petite ville de Beauval, Antoine Courtin âgé de douze ans s’est pris d’affection pour le chien Ulysse des voisins, les Desmedt. Celui-ci l’accompagne quand il va jouer dans la forêt toute proche où il a construit une cabane. Le jour où Ulysse est renversé et gravement blessé par un chauffard, son maître M. Desmedt l’abat d’une cartouche.
« Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent. »
Antoine assiste à la scène, incrédule, le cœur au bord des yeux. Sauf que la mort d’Ulysse est suivie dans la même journée par un autre drame dont Antoine est le responsable. Paniqué, il pense à prendre la fuite.Alors que le drame mobilise l’ensemble de la population de Beauval dans un climat de tension où les vieilles rancunes ressurgissent, Antoine va endosser l’habit du menteur.
Les années passent, Antoine à 24 ans, étudiant en médecine, il fait la fierté de sa mère qui lui reproche de ne pas venir souvent à Beauval. Justement, s’éloigner et quitter les lieux de son enfance revient à tenter d'oublier son passé. Mais ce dernier comme la tourmente vont rattraper Antoine et toute sa vie en sera bouleversée.
Une fois commencé, ce nouveau roman de Pierre Lemaitre est impossible à lâcher! Pourtant, j'ai reçu un uppercut car le drame en question est la disparition d’un enfant âgé de 6 ans et en tant que lecteur, nous savons ce qui s’est déroulé.
Pierre Lemaitre démontre qu’il est fin psychologue et nous ferre car il nous place au plus près d’Antoine (de ce qu’il vit, de ce qu’il pense). On est à ses côtés, c’est si bien décrit que l’on « ressent » physiquement ses émotions : la peur qui tord le ventre, la sensation d’être perdu, l’angoisse. On le suit sur plusieurs périodes durant lesquelles sa conscience s’est modifiée. Car de 12 ans à l'âge adulte, un évènement se modifie forcément dans les souvenirs. L’auteur ne s’en tient pas à analyser le comportement d’Antoine, un garçon sensible et attachant dès les premières pages. A travers la population de Beauval, il nous dépeint le genre humain et ses différentes réactions face à un drame. Cerise sur le gâteau, Pierre Lemaitre nous offre une belle fin renversante (que je n’ai pas vu venir)
Avec une écriture aiguisée qui fouille et creuse l’âme humaine, ce roman psychologique à l’atmosphère ombrée se lit en apnée totale !
La rumeur est une sauce fragile, elle prend ou elle ne prend pas.
Mme Courtin était née ici, c'est ici qu'elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu'il observe, dans laquelle l'opinion d'autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c'était ce que, autour d'elle, tout le monde faisait.Elle tenait à sa réputation comme elle tenait à sa maison et peut-être même comme elle tenait à sa vie car elle serait sans doute morte d'une faillite de sa respectabilité. La messe de minuit n'était, pour Antoine, qu'une obligation parmi toutes celles auxquelles il sacrifiait toute l'année pour que sa mère reste, à ses propres yeux une femme fréquentable.
L'activité religieuse était assez saisonnière. La plupart des fidèles revenait à la messe lorsque que l'agriculture était en difficulté, quand les prix du bovin entraient en récession ou que les usines de la région préparaient des plans de licenciement. L'église proposait une prestation, on se comportait comme des consommateurs. Même les grands événements cycliques comme Noël, Pâques, ou l'Assomption n'échappaient pas à cette règle utilitaire. C'était la manière, pour les adhérents, d'acquitter l'abonnement leur permettant, dans l'année, de recourir aux services à la demande.
Le billet d'Alex
Lu de cet auteur : Alex - Cadres noirs - Robe de marié - Sacrifices - Travail soigné - Au revoir là-haut
lundi 7 mars 2016
samedi 5 mars 2016
Pablo Casacuberta - Ici et maintenant
Editeur : Métailié - Traduit de l'espagnol ( Uruguay) par François Gaudry - Date de parution : Février 2016 - 162 pages à lire !
Âgé de dix-sept ans, Maximo est un adolescent aimant les sciences et assoiffé d'apprendre sur tout en général. Cultivé, dévoué à la cohérence, il a tendance à se réfugier dans ses connaissances pour échapper à la réalité. Mal à l'aise dans son corps en plein changement, il arbore d'ailleurs depuis peu quelques poils au menton. Lui et son petit frère qu'il surnomme le nain sont comme chien et chat. Sa mère les élève seule depuis le départ de leur père il y a plusieurs années. Son oncle paternel Marcos est trop présent chez eux selon Maximo, un oncle qui aime donner son avis sur tout. Comme ce sont les vacances, sa mère l'incite fortement à chercher un emploi. Entre faire preuve d'une certaine maturité et s'échapper un peu de la maison, il postule sans y croire à un emploi de groom à l'hôtel International ( qui n'en a que le nom) et décroche le job. En seulement une journée et une nuit, Maximo sans y être préparé va être confronté à une série d'événements familiaux et professionnels.
Sur la question de quand devient-on adulte, Pablo Casacuberta nous livre un beau roman d'apprentissage avec humour et tendresse et beaucoup de nuances. Et on y croit vraiment ! Car avec talent et aisance, l'auteur se glisse dans le peau de Maximo : un pied dans l'enfance (et ses souvenirs réconfortants) et l'autre dans la vie avec ses bonnes ou mauvaises surprises inattendues. Comme dans Scipion, la figure paternelle tient une place importante.
Une réussite sur toute la ligne !
Je cédai sur la cravate, car je dus bien finir par accepter que la vie professionnelle exigeait, entre autres choses, de démontrer que l'on était capable de se sacrifier, comme disait maman. La cravate était seulement le signe le plus visible de cette disposition à mourir pour l'entreprise. Bien sûr, ma mère ne le formula pas ainsi, se limitant à remuer ses lèvres pour dire autre chose tandis que j'imprimais cette tournure à ses mots. J'aimais me servir de leur rumeur pour structurer ma pensée. Non que ma mère ne fut pas un être raisonnable et susceptible de faire des associations pertinentes, mais elle dédaignait les lectures de référence, ma petite passion, et par conséquent ses pensées se dépliaient en l'air sans l'appui d'un exemple, d'une donnée permettant d'épingler tant bien que mal ces fragments isolés et insaisissables.
Les billets de Keisha, Virginie
Âgé de dix-sept ans, Maximo est un adolescent aimant les sciences et assoiffé d'apprendre sur tout en général. Cultivé, dévoué à la cohérence, il a tendance à se réfugier dans ses connaissances pour échapper à la réalité. Mal à l'aise dans son corps en plein changement, il arbore d'ailleurs depuis peu quelques poils au menton. Lui et son petit frère qu'il surnomme le nain sont comme chien et chat. Sa mère les élève seule depuis le départ de leur père il y a plusieurs années. Son oncle paternel Marcos est trop présent chez eux selon Maximo, un oncle qui aime donner son avis sur tout. Comme ce sont les vacances, sa mère l'incite fortement à chercher un emploi. Entre faire preuve d'une certaine maturité et s'échapper un peu de la maison, il postule sans y croire à un emploi de groom à l'hôtel International ( qui n'en a que le nom) et décroche le job. En seulement une journée et une nuit, Maximo sans y être préparé va être confronté à une série d'événements familiaux et professionnels.
Sur la question de quand devient-on adulte, Pablo Casacuberta nous livre un beau roman d'apprentissage avec humour et tendresse et beaucoup de nuances. Et on y croit vraiment ! Car avec talent et aisance, l'auteur se glisse dans le peau de Maximo : un pied dans l'enfance (et ses souvenirs réconfortants) et l'autre dans la vie avec ses bonnes ou mauvaises surprises inattendues. Comme dans Scipion, la figure paternelle tient une place importante.
Une réussite sur toute la ligne !
Je cédai sur la cravate, car je dus bien finir par accepter que la vie professionnelle exigeait, entre autres choses, de démontrer que l'on était capable de se sacrifier, comme disait maman. La cravate était seulement le signe le plus visible de cette disposition à mourir pour l'entreprise. Bien sûr, ma mère ne le formula pas ainsi, se limitant à remuer ses lèvres pour dire autre chose tandis que j'imprimais cette tournure à ses mots. J'aimais me servir de leur rumeur pour structurer ma pensée. Non que ma mère ne fut pas un être raisonnable et susceptible de faire des associations pertinentes, mais elle dédaignait les lectures de référence, ma petite passion, et par conséquent ses pensées se dépliaient en l'air sans l'appui d'un exemple, d'une donnée permettant d'épingler tant bien que mal ces fragments isolés et insaisissables.
Les billets de Keisha, Virginie
vendredi 4 mars 2016
Adam Langer - Le contrat Salinger
Editeur : éditions Super 8 - Date de parution : Août 2015 - Traduit de l’anglais (Etats-unis) par Emilie Didier - 311 pages addictives.
Journaliste et également écrivain en panne, Adam Langer revoit par hasard un auteur qu'il avait interviewé quelques années auparavant : Conner Joyce auteur de polars à succès.. Les deux hommes ne sont pas que ce qu'on pourrait appeler des amis mais Conner choisit Adam comme confident. Conner a reçu une proposition contre un gros paquet d'argent : écrire un seul et unique livre pour un commanditaire. Ce dernier lui confie que des grand noms ont accepté avant lui : Salinger ou Thomas Pynchon par exemple. Evidemment Conner ne doit en parler à personne et écrire un livre à la hauteur de ce que on lui demande.
Premier coup de canif au contrat : il en parlé à Adam qui ressent une forme de jalousie.
Ce roman à tiroirs nous entraine dans une zone où la frontière entre réalité et fiction sont poreuses. L'appât du gain causera bien des torts en tout genre et les réflexions sur le rôle de l'écrivain et de ses attentes sont l'un des points forts de ce livre.
Très habilement mené, Adam Langer entretient une tension telle qu'on ne lâche pas ce livre. J'ai juste un bémol pour la fin mais je ne boude pas mon plaisir.
Journaliste et également écrivain en panne, Adam Langer revoit par hasard un auteur qu'il avait interviewé quelques années auparavant : Conner Joyce auteur de polars à succès.. Les deux hommes ne sont pas que ce qu'on pourrait appeler des amis mais Conner choisit Adam comme confident. Conner a reçu une proposition contre un gros paquet d'argent : écrire un seul et unique livre pour un commanditaire. Ce dernier lui confie que des grand noms ont accepté avant lui : Salinger ou Thomas Pynchon par exemple. Evidemment Conner ne doit en parler à personne et écrire un livre à la hauteur de ce que on lui demande.
Premier coup de canif au contrat : il en parlé à Adam qui ressent une forme de jalousie.
Ce roman à tiroirs nous entraine dans une zone où la frontière entre réalité et fiction sont poreuses. L'appât du gain causera bien des torts en tout genre et les réflexions sur le rôle de l'écrivain et de ses attentes sont l'un des points forts de ce livre.
Très habilement mené, Adam Langer entretient une tension telle qu'on ne lâche pas ce livre. J'ai juste un bémol pour la fin mais je ne boude pas mon plaisir.
Inscription à :
Articles (Atom)


