Editeur : Actes Sud - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Myriam Anderson - Date de parution : Février 2016 - 268 pages inventives, touchantes et drôlement bien tramées !
Elyria, une trentenaire Américaine, quitte son travail, son mari du jour au lendemain sans prévenir quiconque et s’envole pour la Nouvelle-Zélande. Un peu avant lors d'une soirée, elle a juste échangé quelques mots avec un écrivain un peu bourru lui ayant dit que si un jour elle se rendait dans ce pays, il avait une chambre dans sa ferme pour la loger. C'est sur la base de cette formule polie mais avec l’adresse qu’Elyria a tout quitté. Arrivée sur place alors que tout le monde lui déconseille de faire du stop, elle utilise ce moyen pour traverser le pays. Au gré de ses rencontres, des imprévus, elle ne cesse de s’interroger et de se questionner sur elle-même : « Ce que je voulais dire c'est que j'avais conscience qu'il faudrait que je fasse quelque chose que je ne savais pas faire, c'est-à-dire partir comme une adulte, comme une grande personne, énoncer le problème, remplir les papiers, faire tous ces trucs d'adultes mais je ne savais aussi que ce n'était pas tout le problème, que je ne voulais pas seulement divorcer de mon mari, mais divorcer de tout, de ma propre histoire ; j'étais poussée par des courants, par des choses invisibles, souvenirs et inventions et peurs tourbillonnant ensemble - c'était le genre de truc que tu ne comprends que des années plus tard, pas le genre de truc que tu peux expliquer à une quasi étrangère dans un placard à balai alors que t'es un peu près saoule, que tu ignores à peu près où tu es et ce que tu fais là, ou pourquoi certaines personnes reconnaissent l'odeur des secrets. »
Sa relation avec sa sœur adoptive, son couple avec son mari professeur universitaire en mathématiques, sa mère fantasque et portée sur la boisson : petit à petit, sa vie se dessine.
Pour un premier roman, Catherine Lacey n’a pas choisi la facilité et elle s’en sort très, très bien. Avec une écriture originale, souvent pétillante, un sens de la formulation qui émoustille l’esprit, ce qui aurait pu vite devenir pathétique ou lassant est souvent drôle ou nous touche. Alors oui, Elyria marche au bord du précipice, regarde au fond mais essaie de se démêler avec elle-même. Plus qu’attachante, elle est fragile, complexe, décalée et si proche de nous finalement.
Même si les dernières pages ne sont pas parfaites, il s'agit d'un premier roman à ne pas manquer !
Et je suis devenue un havre-d’émotions-authentique, une personne au grand cœur, équilibrée et épanouie, une employée fiable, une femme capable d'entrer chez un traiteur, de commander un sandwich, de le manger et de lire le journal comme une femme adulte, sans penser la phrase « Je suis une femme adulte, qui mange dans son assiette, qui lit les nouvelles », parce que je n'étais pas observatrice de moi-même, mais j'étais un être « étant », une personne qui est simplement au lieu d'une personne qui est « presque « . Pendant environ un an, j'ai pensé qu'il en serait toujours ainsi, que j'avais atteint un niveau d'existence plus élevé que le précédent et qu'il n'y aurait pas de marche arrière, mais j'avais tort, il y avait une marche arrière, et j'ai fait marche arrière, j'ai même fait l'aller-retour, et l'aller et le retour encore.
"J'ai menti, j'ai dit, je ne suis pas venu ici avec mon mari. Il ne sait même pas où je suis", et après avoir dit tout ça, je me suis sentie plus légère mais l'atmosphère à l'intérieur de la camionnette s'est assombrie, parce que c'est déjà assez décevant de savoir que les gens que nous aimons mentent parfois, mais c'est presque pire que de se souvenir que les étrangers aussi, et c'est pour ça qu'il vaut mieux ne pas avouer nos mensonge à des étrangers, parce que ce n'est pas agréable d'apprendre que quelqu'un peut mentir même quand il n'y a rien en jeu, ou presque rien, et ce n'est pas agréable de se souvenir que nous avons tous cru aux mensonges d'autres étrangers, et même si à peu près tous les êtres vivants le savent, d'une certaine façon, ce n'est quand même pas le meilleur sujet à aborder au cours d'une conversation polie.
Les billets de Cath, Framboise
mardi 8 mars 2016
lundi 7 mars 2016
Pierre Lemaitre - Trois jours et une vie
Editeur : Albin Michel - Date de parution : Mars 2016 - 279 pages dévorées !
Décembre 1999, dans la petite ville de Beauval, Antoine Courtin âgé de douze ans s’est pris d’affection pour le chien Ulysse des voisins, les Desmedt. Celui-ci l’accompagne quand il va jouer dans la forêt toute proche où il a construit une cabane. Le jour où Ulysse est renversé et gravement blessé par un chauffard, son maître M. Desmedt l’abat d’une cartouche.
« Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent. » Antoine assiste à la scène, incrédule, le cœur au bord des yeux. Sauf que la mort d’Ulysse est suivie dans la même journée par un autre drame dont Antoine est le responsable. Paniqué, il pense à prendre la fuite.Alors que le drame mobilise l’ensemble de la population de Beauval dans un climat de tension où les vieilles rancunes ressurgissent, Antoine va endosser l’habit du menteur.
Les années passent, Antoine à 24 ans, étudiant en médecine, il fait la fierté de sa mère qui lui reproche de ne pas venir souvent à Beauval. Justement, s’éloigner et quitter les lieux de son enfance revient à tenter d'oublier son passé. Mais ce dernier comme la tourmente vont rattraper Antoine et toute sa vie en sera bouleversée.
Une fois commencé, ce nouveau roman de Pierre Lemaitre est impossible à lâcher! Pourtant, j'ai reçu un uppercut car le drame en question est la disparition d’un enfant âgé de 6 ans et en tant que lecteur, nous savons ce qui s’est déroulé.
Pierre Lemaitre démontre qu’il est fin psychologue et nous ferre car il nous place au plus près d’Antoine (de ce qu’il vit, de ce qu’il pense). On est à ses côtés, c’est si bien décrit que l’on « ressent » physiquement ses émotions : la peur qui tord le ventre, la sensation d’être perdu, l’angoisse. On le suit sur plusieurs périodes durant lesquelles sa conscience s’est modifiée. Car de 12 ans à l'âge adulte, un évènement se modifie forcément dans les souvenirs. L’auteur ne s’en tient pas à analyser le comportement d’Antoine, un garçon sensible et attachant dès les premières pages. A travers la population de Beauval, il nous dépeint le genre humain et ses différentes réactions face à un drame. Cerise sur le gâteau, Pierre Lemaitre nous offre une belle fin renversante (que je n’ai pas vu venir)
Avec une écriture aiguisée qui fouille et creuse l’âme humaine, ce roman psychologique à l’atmosphère ombrée se lit en apnée totale !
La rumeur est une sauce fragile, elle prend ou elle ne prend pas.
Mme Courtin était née ici, c'est ici qu'elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu'il observe, dans laquelle l'opinion d'autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c'était ce que, autour d'elle, tout le monde faisait.Elle tenait à sa réputation comme elle tenait à sa maison et peut-être même comme elle tenait à sa vie car elle serait sans doute morte d'une faillite de sa respectabilité. La messe de minuit n'était, pour Antoine, qu'une obligation parmi toutes celles auxquelles il sacrifiait toute l'année pour que sa mère reste, à ses propres yeux une femme fréquentable.
L'activité religieuse était assez saisonnière. La plupart des fidèles revenait à la messe lorsque que l'agriculture était en difficulté, quand les prix du bovin entraient en récession ou que les usines de la région préparaient des plans de licenciement. L'église proposait une prestation, on se comportait comme des consommateurs. Même les grands événements cycliques comme Noël, Pâques, ou l'Assomption n'échappaient pas à cette règle utilitaire. C'était la manière, pour les adhérents, d'acquitter l'abonnement leur permettant, dans l'année, de recourir aux services à la demande.
Le billet d'Alex
Lu de cet auteur : Alex - Cadres noirs - Robe de marié - Sacrifices - Travail soigné - Au revoir là-haut
Décembre 1999, dans la petite ville de Beauval, Antoine Courtin âgé de douze ans s’est pris d’affection pour le chien Ulysse des voisins, les Desmedt. Celui-ci l’accompagne quand il va jouer dans la forêt toute proche où il a construit une cabane. Le jour où Ulysse est renversé et gravement blessé par un chauffard, son maître M. Desmedt l’abat d’une cartouche.
« Dans le triangle père absent, mère rigide, copains éloignés, le chien Ulysse occupait évidemment une place centrale. Sa mort et la manière dont elle survint furent pour Antoine un événement particulièrement violent. » Antoine assiste à la scène, incrédule, le cœur au bord des yeux. Sauf que la mort d’Ulysse est suivie dans la même journée par un autre drame dont Antoine est le responsable. Paniqué, il pense à prendre la fuite.Alors que le drame mobilise l’ensemble de la population de Beauval dans un climat de tension où les vieilles rancunes ressurgissent, Antoine va endosser l’habit du menteur.
Les années passent, Antoine à 24 ans, étudiant en médecine, il fait la fierté de sa mère qui lui reproche de ne pas venir souvent à Beauval. Justement, s’éloigner et quitter les lieux de son enfance revient à tenter d'oublier son passé. Mais ce dernier comme la tourmente vont rattraper Antoine et toute sa vie en sera bouleversée.
Une fois commencé, ce nouveau roman de Pierre Lemaitre est impossible à lâcher! Pourtant, j'ai reçu un uppercut car le drame en question est la disparition d’un enfant âgé de 6 ans et en tant que lecteur, nous savons ce qui s’est déroulé.
Pierre Lemaitre démontre qu’il est fin psychologue et nous ferre car il nous place au plus près d’Antoine (de ce qu’il vit, de ce qu’il pense). On est à ses côtés, c’est si bien décrit que l’on « ressent » physiquement ses émotions : la peur qui tord le ventre, la sensation d’être perdu, l’angoisse. On le suit sur plusieurs périodes durant lesquelles sa conscience s’est modifiée. Car de 12 ans à l'âge adulte, un évènement se modifie forcément dans les souvenirs. L’auteur ne s’en tient pas à analyser le comportement d’Antoine, un garçon sensible et attachant dès les premières pages. A travers la population de Beauval, il nous dépeint le genre humain et ses différentes réactions face à un drame. Cerise sur le gâteau, Pierre Lemaitre nous offre une belle fin renversante (que je n’ai pas vu venir)
Avec une écriture aiguisée qui fouille et creuse l’âme humaine, ce roman psychologique à l’atmosphère ombrée se lit en apnée totale !
La rumeur est une sauce fragile, elle prend ou elle ne prend pas.
Mme Courtin était née ici, c'est ici qu'elle avait grandi et vécu, dans la ville étriquée où chacun est observé par celui qu'il observe, dans laquelle l'opinion d'autrui est un poids écrasant. Mme Courtin faisait, en toutes choses, ce qui devait se faire, simplement parce que c'était ce que, autour d'elle, tout le monde faisait.Elle tenait à sa réputation comme elle tenait à sa maison et peut-être même comme elle tenait à sa vie car elle serait sans doute morte d'une faillite de sa respectabilité. La messe de minuit n'était, pour Antoine, qu'une obligation parmi toutes celles auxquelles il sacrifiait toute l'année pour que sa mère reste, à ses propres yeux une femme fréquentable.
L'activité religieuse était assez saisonnière. La plupart des fidèles revenait à la messe lorsque que l'agriculture était en difficulté, quand les prix du bovin entraient en récession ou que les usines de la région préparaient des plans de licenciement. L'église proposait une prestation, on se comportait comme des consommateurs. Même les grands événements cycliques comme Noël, Pâques, ou l'Assomption n'échappaient pas à cette règle utilitaire. C'était la manière, pour les adhérents, d'acquitter l'abonnement leur permettant, dans l'année, de recourir aux services à la demande.
Le billet d'Alex
Lu de cet auteur : Alex - Cadres noirs - Robe de marié - Sacrifices - Travail soigné - Au revoir là-haut
samedi 5 mars 2016
Pablo Casacuberta - Ici et maintenant
Editeur : Métailié - Traduit de l'espagnol ( Uruguay) par François Gaudry - Date de parution : Février 2016 - 162 pages à lire !
Âgé de dix-sept ans, Maximo est un adolescent aimant les sciences et assoiffé d'apprendre sur tout en général. Cultivé, dévoué à la cohérence, il a tendance à se réfugier dans ses connaissances pour échapper à la réalité. Mal à l'aise dans son corps en plein changement, il arbore d'ailleurs depuis peu quelques poils au menton. Lui et son petit frère qu'il surnomme le nain sont comme chien et chat. Sa mère les élève seule depuis le départ de leur père il y a plusieurs années. Son oncle paternel Marcos est trop présent chez eux selon Maximo, un oncle qui aime donner son avis sur tout. Comme ce sont les vacances, sa mère l'incite fortement à chercher un emploi. Entre faire preuve d'une certaine maturité et s'échapper un peu de la maison, il postule sans y croire à un emploi de groom à l'hôtel International ( qui n'en a que le nom) et décroche le job. En seulement une journée et une nuit, Maximo sans y être préparé va être confronté à une série d'événements familiaux et professionnels.
Sur la question de quand devient-on adulte, Pablo Casacuberta nous livre un beau roman d'apprentissage avec humour et tendresse et beaucoup de nuances. Et on y croit vraiment ! Car avec talent et aisance, l'auteur se glisse dans le peau de Maximo : un pied dans l'enfance (et ses souvenirs réconfortants) et l'autre dans la vie avec ses bonnes ou mauvaises surprises inattendues. Comme dans Scipion, la figure paternelle tient une place importante.
Une réussite sur toute la ligne !
Je cédai sur la cravate, car je dus bien finir par accepter que la vie professionnelle exigeait, entre autres choses, de démontrer que l'on était capable de se sacrifier, comme disait maman. La cravate était seulement le signe le plus visible de cette disposition à mourir pour l'entreprise. Bien sûr, ma mère ne le formula pas ainsi, se limitant à remuer ses lèvres pour dire autre chose tandis que j'imprimais cette tournure à ses mots. J'aimais me servir de leur rumeur pour structurer ma pensée. Non que ma mère ne fut pas un être raisonnable et susceptible de faire des associations pertinentes, mais elle dédaignait les lectures de référence, ma petite passion, et par conséquent ses pensées se dépliaient en l'air sans l'appui d'un exemple, d'une donnée permettant d'épingler tant bien que mal ces fragments isolés et insaisissables.
Les billets de Keisha, Virginie
Âgé de dix-sept ans, Maximo est un adolescent aimant les sciences et assoiffé d'apprendre sur tout en général. Cultivé, dévoué à la cohérence, il a tendance à se réfugier dans ses connaissances pour échapper à la réalité. Mal à l'aise dans son corps en plein changement, il arbore d'ailleurs depuis peu quelques poils au menton. Lui et son petit frère qu'il surnomme le nain sont comme chien et chat. Sa mère les élève seule depuis le départ de leur père il y a plusieurs années. Son oncle paternel Marcos est trop présent chez eux selon Maximo, un oncle qui aime donner son avis sur tout. Comme ce sont les vacances, sa mère l'incite fortement à chercher un emploi. Entre faire preuve d'une certaine maturité et s'échapper un peu de la maison, il postule sans y croire à un emploi de groom à l'hôtel International ( qui n'en a que le nom) et décroche le job. En seulement une journée et une nuit, Maximo sans y être préparé va être confronté à une série d'événements familiaux et professionnels.
Sur la question de quand devient-on adulte, Pablo Casacuberta nous livre un beau roman d'apprentissage avec humour et tendresse et beaucoup de nuances. Et on y croit vraiment ! Car avec talent et aisance, l'auteur se glisse dans le peau de Maximo : un pied dans l'enfance (et ses souvenirs réconfortants) et l'autre dans la vie avec ses bonnes ou mauvaises surprises inattendues. Comme dans Scipion, la figure paternelle tient une place importante.
Une réussite sur toute la ligne !
Je cédai sur la cravate, car je dus bien finir par accepter que la vie professionnelle exigeait, entre autres choses, de démontrer que l'on était capable de se sacrifier, comme disait maman. La cravate était seulement le signe le plus visible de cette disposition à mourir pour l'entreprise. Bien sûr, ma mère ne le formula pas ainsi, se limitant à remuer ses lèvres pour dire autre chose tandis que j'imprimais cette tournure à ses mots. J'aimais me servir de leur rumeur pour structurer ma pensée. Non que ma mère ne fut pas un être raisonnable et susceptible de faire des associations pertinentes, mais elle dédaignait les lectures de référence, ma petite passion, et par conséquent ses pensées se dépliaient en l'air sans l'appui d'un exemple, d'une donnée permettant d'épingler tant bien que mal ces fragments isolés et insaisissables.
Les billets de Keisha, Virginie
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