Editeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis - Date de parution : Mai 2016 - 744 pages qu'on ne voit pas défiler.
Elevée par une mère hippie et ultra-possessive, avec un prêt bancaire non négligeable (130 000 dollars) à rembourser pour ses études, Purity Tyler appelée communément Pip travaille dans un call center. Assez solitaire, elle loge dans une espèce de squat. Pip ne connaît pas l’identité de son père et sur ce point sa mère ne veut rien lui dire sous prétexte de la protéger. Pourtant, il pourrait peut-être l’aider financièrement. Au squat, elle rencontre Annagret en charge de recruter des stagiaires pour la société Sunlight Project (une sorte de WikiLeaks) basée en Bolivie dirigée par le charismatique et puissant Andraas Wolf. Connu, détesté ou admiré, il ne laisse personne indifférent car il divulgue sur Internet des informations cachées à la manière de pavés dans la mare grâce à des hackers. Même si elle manque de confiance en elle, Pip décroche un stage rémunéré chez Sunlight Project. Et elle se dit que peut-être qu’Andreas Wolf lui rendra service et retrouvera son père.
Puis, Jonthan Franzen nous fait remonter le temps et nous immerge dans la RDA où Andreas Wolf a vécu avant de venir s’installer en Amérique. Si désormais il veut que tout soit transparent, l’ère de la vérité, il a un secret bien embarrassant.
On retrouve ensuite Pip à Denver où elle travaille pour le journaliste d’investigation Tom Aberant. Il est en couple (d’une certaine façon) avec Leila, journaliste également et tous deux traversent une crise (ils sont doués dans l’art de l’auto-culpabilisation).
A la manière d’un puzzle qui se met en place, on découvre les relations qui existent entre eux tous. Les mensonges, la manipulation, le rôle des mères dans l’éducation des enfants, la corruption, Internet, l'information et bien d’autres thèmes thèmes alimentent ce roman foisonnant, dense et sans temps mort. Pip est attachante, elle a du caractère et réagit souvent au quart de tour. De l'humour, de la dérision également et on ne voit pas les pages défiler car la construction est diablement efficace. Un roman qui a tout bon ? Presque car quelques pages (en trop) auraient pu être évitées sur des histoires secondaires.
J'ai été ferrée sur toute la ligne par ce roman efficace et intelligent !
Le père d'Andreas était le deuxième plus jeune membre du Parti jamais nommé au comité central, et l'exercer la fonction la plus créative de la République. En tant que premier économiste de l'État, il avait pour mission de manipuler les chiffres avec systématisme, de démontrer des augmentation de productivité là où il n'y en avait pas, d'équilibrer un budget qui chaque année s'éloignait un peu plus de la réalité, d'ajuster les taux de change officiel pour maximiser l'impact budgétaire de telle ou telle devise forte que la République parvenait à carotter ou à extorquer, de gonfler les quelques succès de l'économie et de trouver des excuses optimistes à ses nombreux échecs. Les hauts dirigeants du Parti pouvaient faire semblant de ne rien comprendre à ses chiffres ou les considérer avec cynisme, tandis que lui-même devait croire à l'histoire qu'ils racontaient. Cela demandait de la conviction politique, de l'autopersuasion, voire, et c'était peut-être le principal, de l'auto-apitoiement.
Andreas avait le don - peut-être le plus grand qu’il possédait - de découvrir des niches dans les régimes totalitaires. La Stasi avait été le meilleur ami qu’il ait jamais eu - jusqu’à ce qu’il rencontre Internet.
Les lanceurs d'alerte ne font que balancer des informations. Il faut un journaliste pour vérifier, condenser et contextualiser ces informations. Nous n'avons peut-être pas toujours les meilleurs intentions du monde, mais au moins, nous nous investissons un peu dans la civilisation. Nous sommes des adultes qui nous efforçons de communiquer avec d'autres adultes. Les lanceurs d'alerte ressemblent plus à des sauvages. (..) Filtrer n'est pas tromper : c'est être civilisé.
Le billet de Gwénaëlle (qui l'a lu en VO)
Lu de cet auteur : Freedom
vendredi 13 mai 2016
jeudi 12 mai 2016
Emmanuel Régniez - Notre Château
Editeur : Le Tripode - Date de parution : Janvier 2016 - 141 pages
Octave et Véra vivent reclus dans leur maison familiale depuis le décès de leurs parents. Depuis 20 ans, ils mènent cette vie à l’écart du monde « nous ne fréquentons personne, ne parlons à personne et vivons tous les deux, rien que tous les deux dans Notre Château ». Ils dorment ensemble, Octave le narrateur parle d’eux comme un couple. Et puis il y a les souvenirs des parents aimants, des souvenirs heureux.
Tous les jeudis, Octave se rend chez le libraire car le frère et la sœur sont des lecteurs insatiables. Mais ce jeudi à 31 mars à 14h32, il voit Véra « dans le bus n°39 qui va de la Gare à la Cité des 3 Fontaines, en passant par l’Hôtel de ville ». Or Vera ne prend jamais le bus et ne va jamais en ville. Elle lui dit que non, elle n’était pas dans ce bus et lui répond qu’il se trompe. D’ailleurs ce n’est pas ce bus qui dessert la Cité des 3 Fontaines là où ils habitaient avant. Il y a bien longtemps avec leurs parents et avant l’accident mortel.
Et à partir de ce jeudi 31 mars tout se dérègle avec d’autres incidents comme une cigarette trouvée allumée dans un cendrier alors qu’aucun des deux ne fume.
L’auteur crée une atmosphère dérangeante et magnétique. Mais très, très vite les répétitions qui servent à créer cette ambiance m’ont lassée tout comme l’histoire (même si j'ai deviné le fin mot de l’histoire, des questions restent sans réponse). De plus, je n’ai pas spécialement adhéré à l'écriture de l’auteur malgré un beau passage concernant le rapport aux livres.
Après avoir lu un avis élogieux sur ce livre puis un autre, je suis d’autant plus frustrée d’être passée à côté de cette lecture qui visiblement n’était pour moi. Dommage.
Les avis de Charlotte, Framboise, Nicole
Octave et Véra vivent reclus dans leur maison familiale depuis le décès de leurs parents. Depuis 20 ans, ils mènent cette vie à l’écart du monde « nous ne fréquentons personne, ne parlons à personne et vivons tous les deux, rien que tous les deux dans Notre Château ». Ils dorment ensemble, Octave le narrateur parle d’eux comme un couple. Et puis il y a les souvenirs des parents aimants, des souvenirs heureux.
Tous les jeudis, Octave se rend chez le libraire car le frère et la sœur sont des lecteurs insatiables. Mais ce jeudi à 31 mars à 14h32, il voit Véra « dans le bus n°39 qui va de la Gare à la Cité des 3 Fontaines, en passant par l’Hôtel de ville ». Or Vera ne prend jamais le bus et ne va jamais en ville. Elle lui dit que non, elle n’était pas dans ce bus et lui répond qu’il se trompe. D’ailleurs ce n’est pas ce bus qui dessert la Cité des 3 Fontaines là où ils habitaient avant. Il y a bien longtemps avec leurs parents et avant l’accident mortel.
Et à partir de ce jeudi 31 mars tout se dérègle avec d’autres incidents comme une cigarette trouvée allumée dans un cendrier alors qu’aucun des deux ne fume.
L’auteur crée une atmosphère dérangeante et magnétique. Mais très, très vite les répétitions qui servent à créer cette ambiance m’ont lassée tout comme l’histoire (même si j'ai deviné le fin mot de l’histoire, des questions restent sans réponse). De plus, je n’ai pas spécialement adhéré à l'écriture de l’auteur malgré un beau passage concernant le rapport aux livres.
Après avoir lu un avis élogieux sur ce livre puis un autre, je suis d’autant plus frustrée d’être passée à côté de cette lecture qui visiblement n’était pour moi. Dommage.
Les avis de Charlotte, Framboise, Nicole
mardi 10 mai 2016
Laura Barnett - Quoi qu'il arrive
Editeur : Les escales - Traduit de l'anglais par Stéphane Roque- Date de parution : Avril 2016 - 457 pages et une jolie réussite !
1958, Eva dix-neuf ans et étudiante de Cambridge a un petit ami David dont le nom commence à circuler dans le monde du théâtre. Alors qu’elle rend à vélo en cours, elle est obligée de s’arrêter. Jim étudiant en droit mais passionné de peinture vient l’aider. A partir de ce moment là, Laura Barnett nous offre trois versions possibles de l’histoire de la vie d’Eva (d’ailleurs, est-ce un clou rouillé ou alors un chien qui ont obligé Eva à s’arrêter). La suite du récit alterne sur les années qui vont suivre jusqu’en 2014 les différentes versions où chaque choix, chaque décision aura des conséquences dans sa vie de couple et dans son travail. Et certains événements se produiront forcément dans chacune des trois versions.
Un livre où l’art, la création artistique et la place des femmes ont la part belle car Eva a l'ambition d'écrire. Ce premier roman à la construction originale est parfaitement maîtrisé.
Une lecture qui nous interroge sur nos choix et leurs conséquences avec comme de ne pas regarder en arrière les occasions manquées.
Pour un premier roman, avec des personnages profondément humains et creusés, Laura Barnett fait preuve d’audace et j’aime ça ! Une jolie réussite !
Cathulu et l'Irrégulière ont également aimé , Sylire est moins enthousiaste.
1958, Eva dix-neuf ans et étudiante de Cambridge a un petit ami David dont le nom commence à circuler dans le monde du théâtre. Alors qu’elle rend à vélo en cours, elle est obligée de s’arrêter. Jim étudiant en droit mais passionné de peinture vient l’aider. A partir de ce moment là, Laura Barnett nous offre trois versions possibles de l’histoire de la vie d’Eva (d’ailleurs, est-ce un clou rouillé ou alors un chien qui ont obligé Eva à s’arrêter). La suite du récit alterne sur les années qui vont suivre jusqu’en 2014 les différentes versions où chaque choix, chaque décision aura des conséquences dans sa vie de couple et dans son travail. Et certains événements se produiront forcément dans chacune des trois versions.
Un livre où l’art, la création artistique et la place des femmes ont la part belle car Eva a l'ambition d'écrire. Ce premier roman à la construction originale est parfaitement maîtrisé.
Une lecture qui nous interroge sur nos choix et leurs conséquences avec comme de ne pas regarder en arrière les occasions manquées.
Pour un premier roman, avec des personnages profondément humains et creusés, Laura Barnett fait preuve d’audace et j’aime ça ! Une jolie réussite !
Cathulu et l'Irrégulière ont également aimé , Sylire est moins enthousiaste.
dimanche 8 mai 2016
Laurent Bénégui - Naissance d'un père
Éditeur : Julliard - Date de parution : Février 2016 - 225 pages à lire !
Romain va devenir père pour la première fois. Sa compagne Louise est enceinte de 8 mois et demi et pourtant il ne s’imagine dans ce rôle. Pire, il ne ressent rien pour cet enfant : "Comment peut-on aimer une femme à ce point et pas l'enfant qu'elle porte? Souffrir si rapidement de son absence mais se sentir étranger à la vie qui s'est logée en elle?".
Ca avait mal débuté entre ce roman et moi. Je m’explique : une tempête se déroule et Romain, chauffeur de taxi, à bord de sa voiture subit et voit des catastrophes qui s’enchaînent. L'ensemble est digne d’un film d’action et n'en finit plus. Bref, j'ai reposé ce livre mais grâce au billet de Philisine ( lequel renvoie à plein d'autres liens) j'ai eu envie de lui donner une seconde chance et j'ai bien fait.
Donc, les éléments naturel sont déchaînés et c’est à ce moment que la petite Alessia décide de venir au monde. Louise est à la clinique où tout est un peu sens dessus dessous et Romain parvient à la rejoindre. Une autre femme va donner naissance elle-aussi pour la quatrième fois mais son mari n’est pas là.
Très vite, on en apprend plus sur Romain et Louise et je n'en parlerai pas car ce serait déflorer une partie de l'histoire.
Est-on père par le sang, par les sentiments, par le nom que l'on transmet ? Les réponses viendront au fil des pages avec des émotions, des sourires, des doutes, des questionnements, des passages très beaux et d’autres qui font vraiment mal ("Ce n'est pas facile de faire le tri dans sa douleur"). Si dans ce roman, l’auteur explore le thème de la paternité (dans tous le sens du terme avec ce que ça implique mais également sur le plan émotionnel), ce que vit la mère n’est pas oublié.
Malgré un début peu prometteur et quelques petites maladresses, ce livre m’a plus que touchée et je le conseille !
Romain va devenir père pour la première fois. Sa compagne Louise est enceinte de 8 mois et demi et pourtant il ne s’imagine dans ce rôle. Pire, il ne ressent rien pour cet enfant : "Comment peut-on aimer une femme à ce point et pas l'enfant qu'elle porte? Souffrir si rapidement de son absence mais se sentir étranger à la vie qui s'est logée en elle?".
Ca avait mal débuté entre ce roman et moi. Je m’explique : une tempête se déroule et Romain, chauffeur de taxi, à bord de sa voiture subit et voit des catastrophes qui s’enchaînent. L'ensemble est digne d’un film d’action et n'en finit plus. Bref, j'ai reposé ce livre mais grâce au billet de Philisine ( lequel renvoie à plein d'autres liens) j'ai eu envie de lui donner une seconde chance et j'ai bien fait.
Donc, les éléments naturel sont déchaînés et c’est à ce moment que la petite Alessia décide de venir au monde. Louise est à la clinique où tout est un peu sens dessus dessous et Romain parvient à la rejoindre. Une autre femme va donner naissance elle-aussi pour la quatrième fois mais son mari n’est pas là.
Très vite, on en apprend plus sur Romain et Louise et je n'en parlerai pas car ce serait déflorer une partie de l'histoire.
Est-on père par le sang, par les sentiments, par le nom que l'on transmet ? Les réponses viendront au fil des pages avec des émotions, des sourires, des doutes, des questionnements, des passages très beaux et d’autres qui font vraiment mal ("Ce n'est pas facile de faire le tri dans sa douleur"). Si dans ce roman, l’auteur explore le thème de la paternité (dans tous le sens du terme avec ce que ça implique mais également sur le plan émotionnel), ce que vit la mère n’est pas oublié.
Malgré un début peu prometteur et quelques petites maladresses, ce livre m’a plus que touchée et je le conseille !
vendredi 6 mai 2016
Anne Collongues - Ce qui nous sépare
Éditeur: Actes Sud - Date de parution : Mars 2016 - 176 pages et un premier roman à découvrir !
"C'est toujours un mystère, la vie des autres" et peut-être encore plus dans un wagon de RER. Un soir de février, ils sont plusieurs à monter dans ce wagon à Paris direction la banlieue. Encore un ou deux arrêts et ils sont sept.
Ils ne se connaissent pas, vont s'asseoir le temps du trajet face à face ou côte à côte. Chacun peut laisser son imaginaire "construire" l'autre d'après son apparence ou son visage ( "le fauteuil rend spectateur") . Certains se prêtent à ce jeu, Marie dans son manteau rouge essoufflée après avoir couru pour ne pas rater le RER et s'endort.
Regarder à travers la vitre et c'est paysage triste et gris mais quelquefois ce dernier fait place aux pensées intérieures : à la journée qui vient de de se passer ou à ce qui les attend ensuite. Personne ne se parle, juste des regards à la dérobée et chacun est perdu ou plutôt plongé dans ses propres pensées. Ils sont ensemble dans ce wagon mais seuls.
Le temps du trajet, Anne Collongues compose leurs vies et on les découvre petit à petit via leurs pensées intérieures.
Marie, Laura, Alain, Cigarette, Chérif, Liad, Franck tous ont un passé bien attendu. Et des attentes mais aussi des désillusions, des regrets et pour certains des espoirs. Durant ce transport et de façon introspective, certains prendront des décisions avec des impacts sur le futur, d'autres regarderont leur vies telles qu'elles sont et y introduiront le "et si".
Des voyageurs anonymes comme tant d'autres avec tout ce qui les séparent et la solitude malgré la présence des autres.
Avec finesse, Anne Collongues les rend uniques avec pudeur et bienveillance et on s'attache à chacun d'eux. Et quand le RER arrive à destination, on n'a qu'un seul regret celui de les quitter.
Un premier roman à la mélancolie douce (sans être pesante ou gluante) où l'on se retrouve par ricochets dans ces vies. Car ce qui nous sépare est ce qui nous unit tous autant que nous sommes.
" Des déceptions, il y en a toujours, personne ne vit sans espoir même inconscient"
Les billets de Charlotte, Nicole G., Saxaoul
"C'est toujours un mystère, la vie des autres" et peut-être encore plus dans un wagon de RER. Un soir de février, ils sont plusieurs à monter dans ce wagon à Paris direction la banlieue. Encore un ou deux arrêts et ils sont sept.
Ils ne se connaissent pas, vont s'asseoir le temps du trajet face à face ou côte à côte. Chacun peut laisser son imaginaire "construire" l'autre d'après son apparence ou son visage ( "le fauteuil rend spectateur") . Certains se prêtent à ce jeu, Marie dans son manteau rouge essoufflée après avoir couru pour ne pas rater le RER et s'endort.
Regarder à travers la vitre et c'est paysage triste et gris mais quelquefois ce dernier fait place aux pensées intérieures : à la journée qui vient de de se passer ou à ce qui les attend ensuite. Personne ne se parle, juste des regards à la dérobée et chacun est perdu ou plutôt plongé dans ses propres pensées. Ils sont ensemble dans ce wagon mais seuls.
Le temps du trajet, Anne Collongues compose leurs vies et on les découvre petit à petit via leurs pensées intérieures.
Marie, Laura, Alain, Cigarette, Chérif, Liad, Franck tous ont un passé bien attendu. Et des attentes mais aussi des désillusions, des regrets et pour certains des espoirs. Durant ce transport et de façon introspective, certains prendront des décisions avec des impacts sur le futur, d'autres regarderont leur vies telles qu'elles sont et y introduiront le "et si".
Des voyageurs anonymes comme tant d'autres avec tout ce qui les séparent et la solitude malgré la présence des autres.
Avec finesse, Anne Collongues les rend uniques avec pudeur et bienveillance et on s'attache à chacun d'eux. Et quand le RER arrive à destination, on n'a qu'un seul regret celui de les quitter.
Un premier roman à la mélancolie douce (sans être pesante ou gluante) où l'on se retrouve par ricochets dans ces vies. Car ce qui nous sépare est ce qui nous unit tous autant que nous sommes.
" Des déceptions, il y en a toujours, personne ne vit sans espoir même inconscient"
Les billets de Charlotte, Nicole G., Saxaoul
mercredi 4 mai 2016
Marie-Sabine Roger - Dans les prairies étoilées
Editeur : Le Rouergue - Date de parution : Mai 2016 - 302 pages et un livre-hérisson !
Heureux en amour depuis quinze ans, Merlin et Prune un couple de quinquagénaires cèdent au charme d’une maison en campagne avec quelques travaux à faire. Merlin est auteur à succès d’une série BD Wild Oregon (« C’est une utopie maussade, ou une dystopie joyeuse , selon que l’on voit le verre à moitié vide ou plein ( « half full or half empty », pour mes dix lecteurs anglophones). Un univers totalement déjanté, entre le western traditionnel et la fantasy la plus pure, dans lequel mon justicier, Jim Oregon, poursuit inlassablement les méchants de tous bords, dans des histoires au cours desquelles le burlesque se mêle au polar noir, sur fonds de science-fiction un poil écologique ») . Il est également aquarelliste pour La Grande encyclopédie des Oiseaux d’Europe et du fait un peu spécialiste de ces animaux.
Tout va pour le mieux mais Laurent le grand ami de Merlin décède. Une amitié vieille de vingt ans qui lui a permis de rencontrer Prune et surtout Merlin s’est inspiré de Laurent pour son personnage principal de sa BD Jim Oregon. « Je venais de perdre à la fois mon ami le plus proche, le principal héros de mon univers, et mon fan de toujours. Le deuil pèserait lourd. Et je ne l’acceptais pas ».
Comment poursuivre Wild Oregon alors que Laurent n’est plus là ? Et quand Merlin découvre les deux dernières volontés de Laurent tout se complique sérieusement pour lui. Via son crayon, ll faudrait lui faire rencontrer le grand amour et ne pas le gâcher ( comme il a pu le faire durant son vivant) puis que Jim tire sa révérence. Ce qui reviendrait à terminer sa BD. Tiraillé, Merlin est perdu entre rendre ses lecteurs orphelins et l'envie de poursuivre les aventures de Jim.
Avec ce nouveau roman, Marie-Sabine Roger nous entraîne dans le monde de la BD, celui de l’artiste et de la création "Les artistes sont poreux, ils n'ont pas de limite, leur imagination déborde sans arrêt. Leur univers transpire, puis se matérialise, devient réalité, se met à exister d'une existence propre. Il leur survit parfois. Parfois même, longtemps".
Et elle a écrit un double roman : celui de la réalité de Merlin et celui du monde où il évolue avec ses personnages papiers qui prennent vie comme par magie. Et c'est diablement réussi !
Une fois de plus Marie-Sabine Roger fait mouche sur toute la ligne avec sa bienveillance, son humanité , son humour et sa sensibilité avec des personnages comme l’oncle Albert et ses quatre-vingt-quatorze printemps ("Pour bien comprendre l’oncle Albert, il faut savoir parler Pléiade couramment"), la délicate et fantaisiste Prune, Lolie et Genaro qui sont "des intégristes de la démocratie".
Une lecture d'une seule traite entre émotions et sourires où j'ai eu le cœur serré par les très justes réflexions sur l'auteur et par les passages criants de vérité sur les ressentis du lecteur mais également ceux sur l'amitié. A ne pas rater !
Nous poursuivons aussi nos existences entre vides et manques, jetant des ponts fragiles entre tous nos abymes, avançant à l'aveugle vers les jours à venir. On peut croire que le temps passe. Mais c'est nous qui passons, pour ne plus revenir.
Quand on s’aime, se taire est une connivence.
Ce sont les femmes qui nous façonnent. Toutes les femmes. Toutes. Je ne te parle pas seulement de nos mères.
Les lecteurs... mettez une apostrophe, on entend l"électeur". Ce n'est pas un simple jeu de langue, une pirouette. On est lu parce qu'on est élu. C'est le lecteur qui fait l'auteur. Et pas l'inverse. Mes lecteurs ont des droits. Je ne m'appartiens plus en exclusivité, depuis que je suis rangé dans leur bibliothèque. Je suis devenu leur auteur. Je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, ou si peu, mais eux, ils me connaissent. (...) Que vont-ils penser de moi, si j'arrête la série, j'ai une responsabilité envers eux. Ils ont adopté Jim, et par fidélité, ils s'obligent à le suivre. Je ne sais plus si je m'appartiens, si je peux les laisser tomber.
Il y a les hommes d’un seul amour, je suis l’auteur d’un seul héros.
Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie.
Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche. Cette tristesse, ce refus lorsqu'il ne reste plus que quelques pages, à peine. Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt. Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime. La frustration ultime, si la fin de nous convient pas. Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le livre si, par bonheur, on l'a aimé.
Sur ce blog, d'autres livres de Marie-Sabine Roger : Bon rétablissement - Et tu te soumettras à la loi de ton père - Il ne fait jamais noir en ville -La tête en friche - Le ciel est immense - Le quatrième soupirail - Les encombrants - Trente-six chandelles- Un simple viol -Vivement l'avenir
Heureux en amour depuis quinze ans, Merlin et Prune un couple de quinquagénaires cèdent au charme d’une maison en campagne avec quelques travaux à faire. Merlin est auteur à succès d’une série BD Wild Oregon (« C’est une utopie maussade, ou une dystopie joyeuse , selon que l’on voit le verre à moitié vide ou plein ( « half full or half empty », pour mes dix lecteurs anglophones). Un univers totalement déjanté, entre le western traditionnel et la fantasy la plus pure, dans lequel mon justicier, Jim Oregon, poursuit inlassablement les méchants de tous bords, dans des histoires au cours desquelles le burlesque se mêle au polar noir, sur fonds de science-fiction un poil écologique ») . Il est également aquarelliste pour La Grande encyclopédie des Oiseaux d’Europe et du fait un peu spécialiste de ces animaux.
Tout va pour le mieux mais Laurent le grand ami de Merlin décède. Une amitié vieille de vingt ans qui lui a permis de rencontrer Prune et surtout Merlin s’est inspiré de Laurent pour son personnage principal de sa BD Jim Oregon. « Je venais de perdre à la fois mon ami le plus proche, le principal héros de mon univers, et mon fan de toujours. Le deuil pèserait lourd. Et je ne l’acceptais pas ».
Comment poursuivre Wild Oregon alors que Laurent n’est plus là ? Et quand Merlin découvre les deux dernières volontés de Laurent tout se complique sérieusement pour lui. Via son crayon, ll faudrait lui faire rencontrer le grand amour et ne pas le gâcher ( comme il a pu le faire durant son vivant) puis que Jim tire sa révérence. Ce qui reviendrait à terminer sa BD. Tiraillé, Merlin est perdu entre rendre ses lecteurs orphelins et l'envie de poursuivre les aventures de Jim.
Avec ce nouveau roman, Marie-Sabine Roger nous entraîne dans le monde de la BD, celui de l’artiste et de la création "Les artistes sont poreux, ils n'ont pas de limite, leur imagination déborde sans arrêt. Leur univers transpire, puis se matérialise, devient réalité, se met à exister d'une existence propre. Il leur survit parfois. Parfois même, longtemps".
Et elle a écrit un double roman : celui de la réalité de Merlin et celui du monde où il évolue avec ses personnages papiers qui prennent vie comme par magie. Et c'est diablement réussi !
Une fois de plus Marie-Sabine Roger fait mouche sur toute la ligne avec sa bienveillance, son humanité , son humour et sa sensibilité avec des personnages comme l’oncle Albert et ses quatre-vingt-quatorze printemps ("Pour bien comprendre l’oncle Albert, il faut savoir parler Pléiade couramment"), la délicate et fantaisiste Prune, Lolie et Genaro qui sont "des intégristes de la démocratie".
Une lecture d'une seule traite entre émotions et sourires où j'ai eu le cœur serré par les très justes réflexions sur l'auteur et par les passages criants de vérité sur les ressentis du lecteur mais également ceux sur l'amitié. A ne pas rater !
Nous poursuivons aussi nos existences entre vides et manques, jetant des ponts fragiles entre tous nos abymes, avançant à l'aveugle vers les jours à venir. On peut croire que le temps passe. Mais c'est nous qui passons, pour ne plus revenir.
Quand on s’aime, se taire est une connivence.
Ce sont les femmes qui nous façonnent. Toutes les femmes. Toutes. Je ne te parle pas seulement de nos mères.
Les lecteurs... mettez une apostrophe, on entend l"électeur". Ce n'est pas un simple jeu de langue, une pirouette. On est lu parce qu'on est élu. C'est le lecteur qui fait l'auteur. Et pas l'inverse. Mes lecteurs ont des droits. Je ne m'appartiens plus en exclusivité, depuis que je suis rangé dans leur bibliothèque. Je suis devenu leur auteur. Je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, ou si peu, mais eux, ils me connaissent. (...) Que vont-ils penser de moi, si j'arrête la série, j'ai une responsabilité envers eux. Ils ont adopté Jim, et par fidélité, ils s'obligent à le suivre. Je ne sais plus si je m'appartiens, si je peux les laisser tomber.
Il y a les hommes d’un seul amour, je suis l’auteur d’un seul héros.
Dans une bonne BD fidèle aux lois du genre, il faut une morale qui fasse rêver les gens. Le brave est éternel. La vérité triomphe. Les truands sont châtiés, les traites confondus, les voleurs démasqués, les criminels punis. Tout l'inverse de la vraie vie.
Je la connais, cette angoisse du lecteur, lorsque le point final approche. Cette tristesse, ce refus lorsqu'il ne reste plus que quelques pages, à peine. Lorsqu'on sait qu'on saura, bientôt. Plus de suspense, plus de surprises, ni aucune raison d'espérer autre chose. La pièce jouée jusqu'au tout dernier mot de la dernière rime. La frustration ultime, si la fin de nous convient pas. Et cette sensation tellement particulière, ce doux plaisir mélancolique à refermer le livre si, par bonheur, on l'a aimé.
Sur ce blog, d'autres livres de Marie-Sabine Roger : Bon rétablissement - Et tu te soumettras à la loi de ton père - Il ne fait jamais noir en ville -La tête en friche - Le ciel est immense - Le quatrième soupirail - Les encombrants - Trente-six chandelles- Un simple viol -Vivement l'avenir
lundi 2 mai 2016
Alessandro Baricco - La Jeune Epouse
Éditeur : Gallimard - Traduit de l'italien par Vincent Raynaud - 223 pages sans alchimie (hélas).
Alors que tout le monde avait oublié sa venue, la fiancée du Fils de la Famille arrive d'Argentine à ses dix-huit ans alors que ce dernier est absent. Le Père a jugé bon en effet qu'il voyage et prenne part aux affaires de la Famille. En attendant son retour, elle est priée de s'installer car elle est après tout la future Epouse du Fils. Dans cette famille où toute notion d'objectivité semble ne pas exister, Père, Mère et Fille et l'Oncle se lèvent tard, prennent des petits déjeuners où l'abondance est de mise et qui s'étirent jusque dans l'après-midi. Souvent d'autres personnes sont invitées et discutent avec eux de sujets divers. Personne ne se presse jamais puis chacun se retire dans ses appartements pour sa toilette et s'occupe de quelques activités jusqu'à l'heure du coucher vécue avec la crainte de ne pas se réveiller le lendemain. La Jeune épouse découvre sa future famille : l'Oncle atteint de narcolepsie, le Père souffrant d'une « inexactitude au cœur " qui pourrait lui être fatal. Il est formellement interdit de lire et les livres sont bannis ("tout est déjà dans la vie, si l'on prend la peine de l'écouter, et les livres nous distraient inutilement de cette tâche, à laquelle tous se consacrent avec une sollicitude telle, dans cette maison, qu'un homme plongé dans la lecture ne manquerait d'apparaître en ces lieux comme un déserteur"), c’est ce qu’apprend la jeune fille par le fidèle Modesto dévoué à la famille. Le temps passe et quand elle pose la question de savoir quand le Fils reviendra, des objets aussi insolites que variés commencent à arriver d’Angleterre signe de son retour sous peu selon la Famille.
Avec une écriture (et une traduction) superbe, Alessandro Baricco nous immerge dans cette famille d'aristocrates comme suspendue hors du temps. Au départ, il est au difficile de savoir quand se déroule cette histoire, seule la date de naissance de la Mère donnée nous permet de la situer au XXe siècle. La Fille initie la Jeune Epouse à se donner du plaisir tout seule puis la Mère dont la beauté est saisissante à l'art de se faire désirer. Le Père la conduira par la suite avec lui dans un bordel où elle apprendra l'histoire de la Famille.
Un roman où l'érotisme se déploie à chaque page avec grâce, sensualité et élégance. Mais Alessandro Baricco ne s’en tient pas là, il s’immisce dans le récit et introduit des réflexions sur le rôle de l’écrivain (tout en modifiant la narration et le changement d’époque).
Malgré toute le talent et l'écriture d’Alexandro Baricco qui m’avait fait pleurer de bonheur à la lecture de Mr Gwyn, cette alchimie ne s’est pas produite avec ce roman (dont la fin m’a laissée dubitative).
Les billets et avis divers de Jérôme, Marie, Nicole, Noukette.
Lu également de cet auteur : Soie
Alors que tout le monde avait oublié sa venue, la fiancée du Fils de la Famille arrive d'Argentine à ses dix-huit ans alors que ce dernier est absent. Le Père a jugé bon en effet qu'il voyage et prenne part aux affaires de la Famille. En attendant son retour, elle est priée de s'installer car elle est après tout la future Epouse du Fils. Dans cette famille où toute notion d'objectivité semble ne pas exister, Père, Mère et Fille et l'Oncle se lèvent tard, prennent des petits déjeuners où l'abondance est de mise et qui s'étirent jusque dans l'après-midi. Souvent d'autres personnes sont invitées et discutent avec eux de sujets divers. Personne ne se presse jamais puis chacun se retire dans ses appartements pour sa toilette et s'occupe de quelques activités jusqu'à l'heure du coucher vécue avec la crainte de ne pas se réveiller le lendemain. La Jeune épouse découvre sa future famille : l'Oncle atteint de narcolepsie, le Père souffrant d'une « inexactitude au cœur " qui pourrait lui être fatal. Il est formellement interdit de lire et les livres sont bannis ("tout est déjà dans la vie, si l'on prend la peine de l'écouter, et les livres nous distraient inutilement de cette tâche, à laquelle tous se consacrent avec une sollicitude telle, dans cette maison, qu'un homme plongé dans la lecture ne manquerait d'apparaître en ces lieux comme un déserteur"), c’est ce qu’apprend la jeune fille par le fidèle Modesto dévoué à la famille. Le temps passe et quand elle pose la question de savoir quand le Fils reviendra, des objets aussi insolites que variés commencent à arriver d’Angleterre signe de son retour sous peu selon la Famille.
Avec une écriture (et une traduction) superbe, Alessandro Baricco nous immerge dans cette famille d'aristocrates comme suspendue hors du temps. Au départ, il est au difficile de savoir quand se déroule cette histoire, seule la date de naissance de la Mère donnée nous permet de la situer au XXe siècle. La Fille initie la Jeune Epouse à se donner du plaisir tout seule puis la Mère dont la beauté est saisissante à l'art de se faire désirer. Le Père la conduira par la suite avec lui dans un bordel où elle apprendra l'histoire de la Famille.
Un roman où l'érotisme se déploie à chaque page avec grâce, sensualité et élégance. Mais Alessandro Baricco ne s’en tient pas là, il s’immisce dans le récit et introduit des réflexions sur le rôle de l’écrivain (tout en modifiant la narration et le changement d’époque).
Malgré toute le talent et l'écriture d’Alexandro Baricco qui m’avait fait pleurer de bonheur à la lecture de Mr Gwyn, cette alchimie ne s’est pas produite avec ce roman (dont la fin m’a laissée dubitative).
Les billets et avis divers de Jérôme, Marie, Nicole, Noukette.
Lu également de cet auteur : Soie
samedi 30 avril 2016
Que de rencontres en avril !
Avril fut riche en rencontres !
Eric Fottorino habitué de Dialogues est venu parler de Trois jours avec Norman Jail, toujours aussi intéressant dans ses propos et il m’a impressionnée par sa mémoire ( car il se souvenait de moi).
Puis, j’ai rencontré l’autrice (*) Camille Laurens invitée pour son roman Celle que vous croyez. Deux écrivains passionnants !
Dame Philisine (des Hauts de France), Gwénaelle et Fransoaz sont venues me voir à Brest : papotages, gourmandises et rires au programme !
Mai s'annonce joliment avec Maylis de Kerangal ( l’écouter est toujours un plaisir) et Sorj Chalandon que j’ai été raté à deux reprises.
Et sans oublier les 40 ans de Dialogues le 23 mai ! Au programme, un débat animé par Hervé Hamon sur « Qu’est-ce qu’une librairie ? Qu’en attend-on aujourd’hui ?" suivi d'un cocktail dînatoire offert par Dialogues à ses clients lecteurs avec la présence de très nombreux auteurs.
En juin, ça va être plus que génial et grandiose ( je vous en parlerai plus tard mais sachez qu’il y a du Miossec sur scène à Brest et la venue d'une très, très grande autrice).
Quand je vous dis que la vie est belle à Brest, vous me croyez ?
(*) : merci Cuné, ci-joint l'article
Eric Fottorino habitué de Dialogues est venu parler de Trois jours avec Norman Jail, toujours aussi intéressant dans ses propos et il m’a impressionnée par sa mémoire ( car il se souvenait de moi).
Puis, j’ai rencontré l’autrice (*) Camille Laurens invitée pour son roman Celle que vous croyez. Deux écrivains passionnants !
Dame Philisine (des Hauts de France), Gwénaelle et Fransoaz sont venues me voir à Brest : papotages, gourmandises et rires au programme !
Mai s'annonce joliment avec Maylis de Kerangal ( l’écouter est toujours un plaisir) et Sorj Chalandon que j’ai été raté à deux reprises.
Et sans oublier les 40 ans de Dialogues le 23 mai ! Au programme, un débat animé par Hervé Hamon sur « Qu’est-ce qu’une librairie ? Qu’en attend-on aujourd’hui ?" suivi d'un cocktail dînatoire offert par Dialogues à ses clients lecteurs avec la présence de très nombreux auteurs.
En juin, ça va être plus que génial et grandiose ( je vous en parlerai plus tard mais sachez qu’il y a du Miossec sur scène à Brest et la venue d'une très, très grande autrice).
Quand je vous dis que la vie est belle à Brest, vous me croyez ?
(*) : merci Cuné, ci-joint l'article
![]() |
| Bibi de dos à discuter avec Camille Laurens |
| Eric Fottorino toujours souriant ! |
vendredi 29 avril 2016
David Foenkinos - Le mystère Henri Pick
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Avril 2016 - 286 pages plaisantes et agréables.
A Crozon (pointe du Finistère), Jean-Pierre Gourvec, bibliothécaire, décide de créer une bibliothèque des manuscrits refusés par les maisons d’édition. Seule obligation : les écrivains devront venir à Crozon déposer leur écrit en mains propres. Avant sa mort, il fait promettre à Magali son assistante de poursuivre son œuvre. Delphine Despero jeune éditrice chez Grasset à l’avenir prometteur se rend en vacances chez ses parents comme tous ans à Morgat (commune avoisinante de Crozon) accompagnée de son fiancé dont le premier livre publié vient d’être un échec cuisant. Quand elle entend parler de cette bibliothèque, sa curiosité la pousse à s‘y rendre. Et elle découvre un bijou signé par un certain Henri Pick.
Qui est ce Henri Pick ? Il ne faut pas chercher très loin, il s’agit de l’ancien patron d’une pizzéria (depuis convertie en crêperie) à Crozon mais qui est décédé. Sa veuve Madeleine a du mal à croire que son mari qui n’aimait pas lire (même le journal local) ait pu écrire un roman. Mais comme lui suggèrent Delphine et son compagnon chacun a des secrets. Le monde de l’édition s’agite, chez Grasset on se félicite par avance et bien entendu les journalistes ne sont pas en reste. Chacun veut en savoir plus sur Henri Pick. Le succès est phénoménal et les ventes explosent. Madeleine n’accorde qu’une seule interview et François Busnel de La Grande Librairie se déplace à Crozon. Mais seul Jean-Michel Rouche critique littéraire sur le déclin s’obstine à croire que Pick ne soit pas l’auteur. Et il mène l’enquête.
A la manière des jeux de dominos, le livre d’Henri Pick va interférer dans la vie de plusieurs personnes. A Crozon, les touristes affluent et la bibliothèque ne désemplit pas car chacun (ou presque) possède un manuscrit au fond d’un tiroir. De sa fille Joséphine dépressive depuis que son mari l’a quittée il y a des années à Magali la bibliothécaire, tous seront impactés par ce livre.
Je me suis laissée embarquer dans ce roman rondement mené avec le sourire aux lèvres. Avec un petit côté malicieux agréable, David Foenkinos inclue des personnages contemporains (on retrouve donc des auteurs et des journalistes connus) et nous offre des réflexion souvent saupoudrées d'humour sur l'écriture, le roman et le monde de l'édition.
Une histoire plaisante et sympathique mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.
Les billets de Cuné, l'Irrégulière, Leiloona, Stéphie
Lu de cet auteur : La délicatesse ( mais pas de billet)
Une chose est certaine : l'enthousiasme et la passion de Gourvec pour sa bibliothèque n'ont jamais faibli. Il recevait avec une attention particulière chaque lecteur, s'efforçant d'être à l'écoute pour créer un chemin personnel à travers les livres proposés. Selon lui, la question n'était pas d'aimer ou de ne pas aimer lire, mais plutôt de savoir comment trouver le livre qui vous correspond. Chacun peut adorer la lecture, à condition d'avoir en main le bon roman, celui qui vous plaira, qui vous parlera, et dont on ne pourra pas se défaire.
Les lecteurs se retrouvent toujours d'une manière ou d'une autre dans un livre.
Lire est une excitation totale égotique. On cherche inconsciemment ce qui nous parle. Les auteurs peuvent écrire les histoires les plus farfelues ou les plus improbables, il se trouvera toujours des lecteurs pour leur dire : "C'est incroyable, vous avez écrit ma vie !"
A Crozon (pointe du Finistère), Jean-Pierre Gourvec, bibliothécaire, décide de créer une bibliothèque des manuscrits refusés par les maisons d’édition. Seule obligation : les écrivains devront venir à Crozon déposer leur écrit en mains propres. Avant sa mort, il fait promettre à Magali son assistante de poursuivre son œuvre. Delphine Despero jeune éditrice chez Grasset à l’avenir prometteur se rend en vacances chez ses parents comme tous ans à Morgat (commune avoisinante de Crozon) accompagnée de son fiancé dont le premier livre publié vient d’être un échec cuisant. Quand elle entend parler de cette bibliothèque, sa curiosité la pousse à s‘y rendre. Et elle découvre un bijou signé par un certain Henri Pick.
Qui est ce Henri Pick ? Il ne faut pas chercher très loin, il s’agit de l’ancien patron d’une pizzéria (depuis convertie en crêperie) à Crozon mais qui est décédé. Sa veuve Madeleine a du mal à croire que son mari qui n’aimait pas lire (même le journal local) ait pu écrire un roman. Mais comme lui suggèrent Delphine et son compagnon chacun a des secrets. Le monde de l’édition s’agite, chez Grasset on se félicite par avance et bien entendu les journalistes ne sont pas en reste. Chacun veut en savoir plus sur Henri Pick. Le succès est phénoménal et les ventes explosent. Madeleine n’accorde qu’une seule interview et François Busnel de La Grande Librairie se déplace à Crozon. Mais seul Jean-Michel Rouche critique littéraire sur le déclin s’obstine à croire que Pick ne soit pas l’auteur. Et il mène l’enquête.
A la manière des jeux de dominos, le livre d’Henri Pick va interférer dans la vie de plusieurs personnes. A Crozon, les touristes affluent et la bibliothèque ne désemplit pas car chacun (ou presque) possède un manuscrit au fond d’un tiroir. De sa fille Joséphine dépressive depuis que son mari l’a quittée il y a des années à Magali la bibliothécaire, tous seront impactés par ce livre.
Je me suis laissée embarquer dans ce roman rondement mené avec le sourire aux lèvres. Avec un petit côté malicieux agréable, David Foenkinos inclue des personnages contemporains (on retrouve donc des auteurs et des journalistes connus) et nous offre des réflexion souvent saupoudrées d'humour sur l'écriture, le roman et le monde de l'édition.
Une histoire plaisante et sympathique mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable.
Les billets de Cuné, l'Irrégulière, Leiloona, Stéphie
Lu de cet auteur : La délicatesse ( mais pas de billet)
Une chose est certaine : l'enthousiasme et la passion de Gourvec pour sa bibliothèque n'ont jamais faibli. Il recevait avec une attention particulière chaque lecteur, s'efforçant d'être à l'écoute pour créer un chemin personnel à travers les livres proposés. Selon lui, la question n'était pas d'aimer ou de ne pas aimer lire, mais plutôt de savoir comment trouver le livre qui vous correspond. Chacun peut adorer la lecture, à condition d'avoir en main le bon roman, celui qui vous plaira, qui vous parlera, et dont on ne pourra pas se défaire.
Les lecteurs se retrouvent toujours d'une manière ou d'une autre dans un livre.
Lire est une excitation totale égotique. On cherche inconsciemment ce qui nous parle. Les auteurs peuvent écrire les histoires les plus farfelues ou les plus improbables, il se trouvera toujours des lecteurs pour leur dire : "C'est incroyable, vous avez écrit ma vie !"
jeudi 28 avril 2016
Chahdortt Djavann - Les putes voilées n'iront jamais au Paradis !
Editeur : Grasset- Date de parution : Abril 2016 - 205 pages uppercut !
Dans plusieurs villes d’Iran, des femmes ont été retrouvées étranglées avec leur tchador. Toutes ces femmes avaient en commun de se prostituer. Car oui, dans ce pays ultra-religieux où « les femmes sont les biens des hommes de leur famille et elles restent jusqu'à leur mort sous tutelle masculine », la prostitution existe et est une économie parallèle. Les risques vont jusqu'à la mort car « En Iran, homosexuels et prostituées sont condamnés à la peine de mort ». Les mollahs fixent les lois « qui écrasent les femmes, leurs dérobent leurs droits les plus élémentaires et les définissent comme des sous-hommes » et savent en tirer parti. Ainsi, les journaux mentionneront des femmes éliminées : « le mot "éliminées" évitait soigneusement le terme "assassinées" , qui pouvait heurter les plus farouches des fanatiques. L'assassinat est condamnable selon la charia, tandis que l'élimination de fessad* est le devoir de chaque musulman." (*: le fessad : mot persan d'origine arabe, signifie la corruption, la perversion, la débauche, ici la prostitution.)
Si Chahdortt Djavann donne la parole à ces femmes privées de mots et assassinées parce qu’elles se prostituaient ( (un fait qui s'est réellement produit), avec Zhara et Soudabeb, elle nous raconte la vie future de ces fillettes. Des enfants avec des rêves mais qui trop tôt les verront anéantis parce qu’elles sont des filles et parce qu’elles sont belles.
Sans utiliser la langue de bois, avec un ton direct et parfois très cru, l’auteur dénonce l’hypocrisie, le sort réservé aux femmes et en particulier à celles qui se prostituent. Mais elle parle également à travers elles du désir, de l’envie et de la jouissance physique. Et ce avec beaucoup de sensualité comme un joli pied de nez aux mollahs.
Durant cette lecture, j’ai été écoeurée et scandalisée. Comment ne pas l’être ?
Un livre uppercut qui fait mal mais soulève un des pans du tchador en Iran.
Le billet de Joëlle
Sur ce blog également : Je viens d'ailleurs
La vie humaine est tarifée par les mollahs. Prix fixe. Non négociable. Celle d'une bonne musulmane vaut la moitié de celle d'un bon musulman. Ne cherchez pas comprendre, c'est comme ça. Une vie d'homme a deux fois plus de valeur que celle d'une femme, de même que son témoignage équivaut aux témoignages de deux femmes…
Le tchador s'entrouve à nouveau, le temps d'un clin d'œil. La Peugeot freine et s'arrête à sa hauteur. Le tchador s'empresse et monte à l'arrière. Voilà à quoi peut ressembler la prostitution dans une des villes les plus religieuse et traditionnelles d'Iran. Ces femmes en tchador doivent être totalement invisibles – comme il se doit – et provocantes : ne pas se faire remarquer par les agents de la morale islamique et attirer les éventuels client. Tâche ardue et contradictoire. Elle porte le hijab le plus sévère et parviennent à se prostituer sans montrer la plus infime parcelle de leur corps. Du grand art !
Dans plusieurs villes d’Iran, des femmes ont été retrouvées étranglées avec leur tchador. Toutes ces femmes avaient en commun de se prostituer. Car oui, dans ce pays ultra-religieux où « les femmes sont les biens des hommes de leur famille et elles restent jusqu'à leur mort sous tutelle masculine », la prostitution existe et est une économie parallèle. Les risques vont jusqu'à la mort car « En Iran, homosexuels et prostituées sont condamnés à la peine de mort ». Les mollahs fixent les lois « qui écrasent les femmes, leurs dérobent leurs droits les plus élémentaires et les définissent comme des sous-hommes » et savent en tirer parti. Ainsi, les journaux mentionneront des femmes éliminées : « le mot "éliminées" évitait soigneusement le terme "assassinées" , qui pouvait heurter les plus farouches des fanatiques. L'assassinat est condamnable selon la charia, tandis que l'élimination de fessad* est le devoir de chaque musulman." (*: le fessad : mot persan d'origine arabe, signifie la corruption, la perversion, la débauche, ici la prostitution.)
Si Chahdortt Djavann donne la parole à ces femmes privées de mots et assassinées parce qu’elles se prostituaient ( (un fait qui s'est réellement produit), avec Zhara et Soudabeb, elle nous raconte la vie future de ces fillettes. Des enfants avec des rêves mais qui trop tôt les verront anéantis parce qu’elles sont des filles et parce qu’elles sont belles.
Sans utiliser la langue de bois, avec un ton direct et parfois très cru, l’auteur dénonce l’hypocrisie, le sort réservé aux femmes et en particulier à celles qui se prostituent. Mais elle parle également à travers elles du désir, de l’envie et de la jouissance physique. Et ce avec beaucoup de sensualité comme un joli pied de nez aux mollahs.
Durant cette lecture, j’ai été écoeurée et scandalisée. Comment ne pas l’être ?
Un livre uppercut qui fait mal mais soulève un des pans du tchador en Iran.
Le billet de Joëlle
Sur ce blog également : Je viens d'ailleurs
La vie humaine est tarifée par les mollahs. Prix fixe. Non négociable. Celle d'une bonne musulmane vaut la moitié de celle d'un bon musulman. Ne cherchez pas comprendre, c'est comme ça. Une vie d'homme a deux fois plus de valeur que celle d'une femme, de même que son témoignage équivaut aux témoignages de deux femmes…
Le tchador s'entrouve à nouveau, le temps d'un clin d'œil. La Peugeot freine et s'arrête à sa hauteur. Le tchador s'empresse et monte à l'arrière. Voilà à quoi peut ressembler la prostitution dans une des villes les plus religieuse et traditionnelles d'Iran. Ces femmes en tchador doivent être totalement invisibles – comme il se doit – et provocantes : ne pas se faire remarquer par les agents de la morale islamique et attirer les éventuels client. Tâche ardue et contradictoire. Elle porte le hijab le plus sévère et parviennent à se prostituer sans montrer la plus infime parcelle de leur corps. Du grand art !
mardi 26 avril 2016
Karen Joy Fowler - Nos années sauvages
Editeur : Presse de la Cité - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Karine Lalechère - Date de parution : Avril 2016 - 364 pages dévorées !
Lorsque ce livre que est paru en VO pour liseuse, Cathulu et Cuné m’ontharcelée envoyée de nombreux mails pour que je lise avec un argument imparable : la liseuse comporte un dictionnaire. Mais vu mon niveau d’anglais, dictionnaire ou pas, j’ai résisté (ça m’arrive de temps en temps). Et là ce roman vient de paraître en français donc je n’avais plus aucune excuse.
Pour reprendre la quatrième de couverture, "Il était une fois deux soeurs
, un frère et leurs parents qui vivaient heureux tous ensemble". Tableau idyllique, n’est-ce pas ?
Alors que Rosemary était âgée de cinq ans, sa soeur Fern a disparu puis son frère est parti quand elle avait onze ans. Et depuis, la petite fille bavarde à un point inimaginable est devenue silencieuse. L’histoire commence quand Rosemary est étudiante et âgée de vingt-deux. Et comme elle a gardé l’habitude de débuter par le milieu pour raconter, tout le roman se déroule en permanence avec des allers-retours sur différentes périodes. Et évidemment on veut savoir ce qui s’est passé concernant Fern, pourquoi et comment elle a disparu, pourquoi il a y un avant et un après Fern ? Pourquoi Rosemary ne la voit pas alors qu’elle est toujours vivante ? Et puis arrive la page 99 et sa grande révélation. A partir de là, impossible d’en dire plus sinon il n’y a aucun utilité à lire ce roman.
Sans être un coup de cœur notamment à cause de certains personnages qui donnent l’impression d’être là pour combler un peu, il n’empêche que j’ai dévoré ce livre. Car Rosemary a bien entendu des souvenirs mais certains sont erronés et d’autres vérités vont se greffer. Bien plus d’une fois, j’ai eu la gorge serrée et des poissons d’eau dans les yeux car le sujet (sur lequel je ne peux absolument rien dire) nous concerne tous. Avec des touches d'humour (et il en faut), Karen Joy Fowler nous parle également des souffrances ( en lisant ce livre, vous comprendrez le pourquoi du pluriel), de la mémoire, de la perte, de la culpabilité, de la différence et de la famille.
Vous êtes prévenus, même les coeurs de granit seront émus.
Le billet de Keisha
Ces semaines passées chez mes grands-parents à Indianapolis sont la ligne de démarcation la plus extrême dans ma vie, mon Rubicon personnel. Avant, j’avais une sœur. Après, non.
Avant, plus je parlais, plus mes parents semblaient heureux. Après, ils se joignirent au reste du monde pour me demander de me taire. Je finis par le faire. (Mais pas avant un certain temps et parce qu’on me le demandait).
Avant, mon frère faisait partie de la famille. Après, il se contentait de tuer le temps en attendant de pouvoir tirer un trait sur nous.
J'ai l'impression que chaque fois que nous, humains, pensons avoir trouvé ce qui nous rendait uniques - qu'il s'agisse de de notre bipédie sans plumes- surgit une découverte qui remet tout en question. Si la modestie était un trait humain, nous aurions appris depuis longtemps à nous montrer plus prudents.
Lorsque ce livre que est paru en VO pour liseuse, Cathulu et Cuné m’ont
Alors que Rosemary était âgée de cinq ans, sa soeur Fern a disparu puis son frère est parti quand elle avait onze ans. Et depuis, la petite fille bavarde à un point inimaginable est devenue silencieuse. L’histoire commence quand Rosemary est étudiante et âgée de vingt-deux. Et comme elle a gardé l’habitude de débuter par le milieu pour raconter, tout le roman se déroule en permanence avec des allers-retours sur différentes périodes. Et évidemment on veut savoir ce qui s’est passé concernant Fern, pourquoi et comment elle a disparu, pourquoi il a y un avant et un après Fern ? Pourquoi Rosemary ne la voit pas alors qu’elle est toujours vivante ? Et puis arrive la page 99 et sa grande révélation. A partir de là, impossible d’en dire plus sinon il n’y a aucun utilité à lire ce roman.
Sans être un coup de cœur notamment à cause de certains personnages qui donnent l’impression d’être là pour combler un peu, il n’empêche que j’ai dévoré ce livre. Car Rosemary a bien entendu des souvenirs mais certains sont erronés et d’autres vérités vont se greffer. Bien plus d’une fois, j’ai eu la gorge serrée et des poissons d’eau dans les yeux car le sujet (sur lequel je ne peux absolument rien dire) nous concerne tous. Avec des touches d'humour (et il en faut), Karen Joy Fowler nous parle également des souffrances ( en lisant ce livre, vous comprendrez le pourquoi du pluriel), de la mémoire, de la perte, de la culpabilité, de la différence et de la famille.
Vous êtes prévenus, même les coeurs de granit seront émus.
Le billet de Keisha
Ces semaines passées chez mes grands-parents à Indianapolis sont la ligne de démarcation la plus extrême dans ma vie, mon Rubicon personnel. Avant, j’avais une sœur. Après, non.
Avant, plus je parlais, plus mes parents semblaient heureux. Après, ils se joignirent au reste du monde pour me demander de me taire. Je finis par le faire. (Mais pas avant un certain temps et parce qu’on me le demandait).
Avant, mon frère faisait partie de la famille. Après, il se contentait de tuer le temps en attendant de pouvoir tirer un trait sur nous.
J'ai l'impression que chaque fois que nous, humains, pensons avoir trouvé ce qui nous rendait uniques - qu'il s'agisse de de notre bipédie sans plumes- surgit une découverte qui remet tout en question. Si la modestie était un trait humain, nous aurions appris depuis longtemps à nous montrer plus prudents.
lundi 25 avril 2016
Ludwig Lewisohn - Le Destin de Mr Crump
Éditeur : Libretto - Traduit de l'anglais par R.Santley et revu par Anna Noël - Date de parution : 1998 (date de première parution en France : 1931) - 466 pages magistrales
"Herbert, sur le chemin du retour, le savoura, sans vouloir en rien laisser perdre. Il avait vingt-deux ans. Il se vit pareil à quelques aimable héros des romans de Bourget. C'était délicieux."
Et voilà comment Herbert Crump venu à New-York pour exercer sa passion et son art de la musique tombe par esprit romantique sous le charme d'Anne Vilas. Mariée, mère de trois enfants, plus âgée que lui (mais en ayant déjà menti sur son âge car plus de vingt ans les séparent et non huit : ce n'est qu'un mensonge parmi un torrent). Elle se décrit toujours comme une pauvre victime (son mari dilapide l'argent aux jeux), une femme dévouée à ses enfants (des êtres parfaits selon elle) et se préoccupant de sa mère âgée. Et la pauvre Anne s'évertue contre vents et marées ne pensant qu'au bonheur des autres. Herbert fils unique d'un couple d'immigrés allemands né en Amérique a reçu une bonne éducation où l’honnêteté, le respect, la culture des valeurs prévalent bien qu’issu d’une famille de condition modeste. Compositeur talentueux, il décide de tenter sa chance à New-York en ce début du XXème siècle.
Naïf, il tombe dans le piège d'Anne ( tel le preux chevalier défendant les nobles causes) et se retrouve marié à cette harpie. Conscient de son erreur, il lui incombe d’assumer sa responsabilité d’avoir contribué à l’échec d’un mariage(plus que bancal). Très vite, il s'aperçoit que le tableau peint par Anne est inexact et celle-ci commence à montrer sa véritable nature. Manipulatrice, mensongère, paresseuse, jalouse, inculte, odieuse, experte en chantages affectifs et j’en passe, la vie d'Herbert est un enfer : "c'est une caricature obscène de la vie de famille". Il travaille pendant qu'Anne accumule les dettes et doit entretenir les enfants.
Humilié sous son propre toit où il se sent comme un étranger, étranglé par la honte et le dégoût, il est prisonnier de ce mariage. Son énergie se disperse à supporter sa femme, les querelles incessantes qu’elle provoque pour n’importe quelle raison. Anne se montre plus tranquille dès qu’elle obtient ce qu’elle à la manière une enfant.
Au fil des années, Herbert voit défiler sous ses yeux sa jeunesse et rêve d’une autre vie.
Ce livre est magistral et grandiose ! Ludwig Lewisohn peint avec réalisme la vie d’Herbert et le comportement de son épouse. Et tout le talent de l’auteur est de nous plonger littéralement dans ce mariage et de nous ferrer comme dans un polar. Car la psychologie, l’étude d’Anne et d’Herbert est grandiose et d’une justesse époustouflante. Si on ne peut pas s’empêcher de plaindre Herbert en ayant envie de le lui faire ouvrir les yeux tant qu’il est encore temps, on assiste à un changement tout en subtilité dans son caractère. L’homme si faible qu’il était s’endurcit peu à peu, la sensation de malaise est présente et va en crescendo car le comportement d’Anne devient de pire en pire.
Ce roman est complètement hypnotique et cerise sur le gâteau, l’écriture et l’excellente traduction sont un pur bonheur ! Ecrit en 1926, ce roman a été interdit de parution aux Etats-Unis jusqu’en 1947.
Radioscopie sur l’inferno d’un mariage, d’une société qui confère à l'épouse des avantages en cas de divorce, ce roman n’a pas pris une ride !
Un immense merci à Julia Kerninon et à Caroline de Dialogues pour m'avoir conseillée cette lecture !
Elle entourait encore une fois la tête d'Herbert de ses bras nus. Il semblait y avoir dans sa voix une réelle tendresse. C'est cette tendresse, dont l'impression persista en lui, qui l'empêcha de voir les mâchoires du piège où il était pris. Celui-ci avait-il été tendu de propos délibéré ? Avait-on fait jouer intentionnellement le ressort pour refermer les mâchoires ? Sur ce point, Herbert réserva toujours son jugement. Peut-être était-ce une vanité essentielle, au fin fond de lui-meme, qui le faisait penser ainsi, une répugnance à croire que dans sa vingt-quatrième année il n'était qu'un sot fieffé. Puis ce fut comme si un serpent lentement, peu à peu, l'eût étreint de ses replis et lui eût comprimé la poitrine. Il fut certain de la duplicité instinctive d'Anne, de sa perfidie sans borne. Il continuait à vouloir croire, à se forcer à croire, que durant ces premiers jours fatals, elle avait été poussée par une passion sincère, et avait été la victime et non la maîtresse des événements.
Il se mit au lit assez tôt, perdu dans ses pensées : elle portait sur les complications inextricables qui surgissent entre deux êtres que la vie - aussi accidentellement et anormalement que ce fût - à réunis.
Les Volas ne pouvaient pas concevoir qu'il y eût un rapport entre le mérite et sa récompense, entre la valeur et le résultat.
Comme Herbert arriva à bien les saisir tous ! Il avait assez de matériaux pour écrire, s'il avait eu cette vocation, un traité sur le développement de l'expérience morale. Il n'en fit rien, mais composa, lors de ces rares heures de liberté d'esprit, sa deuxième symphonie, celle parmi les œuvres de cette période où transparaît la beauté la plus pure, l'essence musicale le plus concentrée.
"Herbert, sur le chemin du retour, le savoura, sans vouloir en rien laisser perdre. Il avait vingt-deux ans. Il se vit pareil à quelques aimable héros des romans de Bourget. C'était délicieux."
Et voilà comment Herbert Crump venu à New-York pour exercer sa passion et son art de la musique tombe par esprit romantique sous le charme d'Anne Vilas. Mariée, mère de trois enfants, plus âgée que lui (mais en ayant déjà menti sur son âge car plus de vingt ans les séparent et non huit : ce n'est qu'un mensonge parmi un torrent). Elle se décrit toujours comme une pauvre victime (son mari dilapide l'argent aux jeux), une femme dévouée à ses enfants (des êtres parfaits selon elle) et se préoccupant de sa mère âgée. Et la pauvre Anne s'évertue contre vents et marées ne pensant qu'au bonheur des autres. Herbert fils unique d'un couple d'immigrés allemands né en Amérique a reçu une bonne éducation où l’honnêteté, le respect, la culture des valeurs prévalent bien qu’issu d’une famille de condition modeste. Compositeur talentueux, il décide de tenter sa chance à New-York en ce début du XXème siècle.
Naïf, il tombe dans le piège d'Anne ( tel le preux chevalier défendant les nobles causes) et se retrouve marié à cette harpie. Conscient de son erreur, il lui incombe d’assumer sa responsabilité d’avoir contribué à l’échec d’un mariage(plus que bancal). Très vite, il s'aperçoit que le tableau peint par Anne est inexact et celle-ci commence à montrer sa véritable nature. Manipulatrice, mensongère, paresseuse, jalouse, inculte, odieuse, experte en chantages affectifs et j’en passe, la vie d'Herbert est un enfer : "c'est une caricature obscène de la vie de famille". Il travaille pendant qu'Anne accumule les dettes et doit entretenir les enfants.
Humilié sous son propre toit où il se sent comme un étranger, étranglé par la honte et le dégoût, il est prisonnier de ce mariage. Son énergie se disperse à supporter sa femme, les querelles incessantes qu’elle provoque pour n’importe quelle raison. Anne se montre plus tranquille dès qu’elle obtient ce qu’elle à la manière une enfant.
Au fil des années, Herbert voit défiler sous ses yeux sa jeunesse et rêve d’une autre vie.
Ce livre est magistral et grandiose ! Ludwig Lewisohn peint avec réalisme la vie d’Herbert et le comportement de son épouse. Et tout le talent de l’auteur est de nous plonger littéralement dans ce mariage et de nous ferrer comme dans un polar. Car la psychologie, l’étude d’Anne et d’Herbert est grandiose et d’une justesse époustouflante. Si on ne peut pas s’empêcher de plaindre Herbert en ayant envie de le lui faire ouvrir les yeux tant qu’il est encore temps, on assiste à un changement tout en subtilité dans son caractère. L’homme si faible qu’il était s’endurcit peu à peu, la sensation de malaise est présente et va en crescendo car le comportement d’Anne devient de pire en pire.
Ce roman est complètement hypnotique et cerise sur le gâteau, l’écriture et l’excellente traduction sont un pur bonheur ! Ecrit en 1926, ce roman a été interdit de parution aux Etats-Unis jusqu’en 1947.
Radioscopie sur l’inferno d’un mariage, d’une société qui confère à l'épouse des avantages en cas de divorce, ce roman n’a pas pris une ride !
Un immense merci à Julia Kerninon et à Caroline de Dialogues pour m'avoir conseillée cette lecture !
Elle entourait encore une fois la tête d'Herbert de ses bras nus. Il semblait y avoir dans sa voix une réelle tendresse. C'est cette tendresse, dont l'impression persista en lui, qui l'empêcha de voir les mâchoires du piège où il était pris. Celui-ci avait-il été tendu de propos délibéré ? Avait-on fait jouer intentionnellement le ressort pour refermer les mâchoires ? Sur ce point, Herbert réserva toujours son jugement. Peut-être était-ce une vanité essentielle, au fin fond de lui-meme, qui le faisait penser ainsi, une répugnance à croire que dans sa vingt-quatrième année il n'était qu'un sot fieffé. Puis ce fut comme si un serpent lentement, peu à peu, l'eût étreint de ses replis et lui eût comprimé la poitrine. Il fut certain de la duplicité instinctive d'Anne, de sa perfidie sans borne. Il continuait à vouloir croire, à se forcer à croire, que durant ces premiers jours fatals, elle avait été poussée par une passion sincère, et avait été la victime et non la maîtresse des événements.
Il se mit au lit assez tôt, perdu dans ses pensées : elle portait sur les complications inextricables qui surgissent entre deux êtres que la vie - aussi accidentellement et anormalement que ce fût - à réunis.
Les Volas ne pouvaient pas concevoir qu'il y eût un rapport entre le mérite et sa récompense, entre la valeur et le résultat.
Comme Herbert arriva à bien les saisir tous ! Il avait assez de matériaux pour écrire, s'il avait eu cette vocation, un traité sur le développement de l'expérience morale. Il n'en fit rien, mais composa, lors de ces rares heures de liberté d'esprit, sa deuxième symphonie, celle parmi les œuvres de cette période où transparaît la beauté la plus pure, l'essence musicale le plus concentrée.
vendredi 22 avril 2016
Gwénaëlle Aubry - Lazare mon amour
Éditeur : L'Iconoclaste - Date de parution : Janvier 2016 - 76 pages d'une beauté aérienne
" Car je crois que Plath a été, dans les deux sens du terme, une survivante : pas seulement une qui est revenue d’entre les morts (lady Lazare) mais aussi une qui a vécu à l’excès. "
De la poétesse Sylvia Plath, je ne connaissais que les grandes lignes de sa vie comme sa mort voulue à l’âge de trente ans en 1963. Avec cet essai, Gwénaëlle Aubry non seulement nous permet d’en apprendre plus sur cet auteur mais également sur sa vie, sur son rapport à l’écriture et sa production littéraire.
D’emblée, on ressent combien Gwénaëlle Aubry a été touchée par Sylvia Plath, par la femme dans son rôle d’épouse, de mère, de fille. Toutes ces facettes ont influencé la poétesse pour qui «l’écriture est l’unique salut». Ce texte n’est pas une simple biographie, Gwénaëlle Aubry intercale des extraits des écrits (poèmes, journaux intimes, lettres) de Sylvia Plath, décrit des photos et les situent dans le vie de cette dernière. De sa première tentative de suicide à son mariage avec Ted Hughes, de la solitude à l‘amour qu’elle portait à ses enfants, des succès littéraires de son époux pendant qu’elle essuyait des refus ( « Mais elle offre à Ted l’argent qu’elle gagne, le temps qu’elle perd »), de l'infidélité de son mari à son envie de réussir à concilier son rôle de mère et d’auteur reconnu, la vie de Sylvia Plath est décrite avec un prisme de sensibilité sans égal même pour parler des nombreuses douleurs. Sans être dupe, Sylvia Plath a écrit : « Je suis horrifiée de rejoindre l’expression du rêve américain dans mon désir d’avoir une maison et des enfants » et de prendre en modèle sa mère « et derrière lui en renfort, toute la cohorte-des-mères-épouses exemplaires, des douces-amères résignées". Dans ces années corsetées pour les femmes, il fallait du courage et Sylvia Plath en avait.
L’inscrire dans notre époque « après tout, Sylvia Plath est notre contemporaine » et de chercher en elle « le point d’ajustement de l’écriture à la vie. Je ne veux pas la lire à travers sa mort (et donc pas non plus à travers le récit de sa vie). Je cherche à comprendre ce que, par l’écriture, elle a sauvé de la vie et ce qui, de l’écriture, l’a sauvée elle aussi» et à travers elle de retourner le miroir et nous le tendre : « c’est ce qui, de l‘écriture, peut perdre autant que sauver, peut perdre après avoir sauvé. Car écrire, si l’on en fait des livres, ce n’est pas se délivrer : c’est se livrer, pieds et poings liés."
Cet essai m’a donnée le sentiment d'avoir côtoyée Sylvia Plath. Et vous l’aurez compris, les émotions sont palpables.
Gwénaëlle Aubry signe ici un texte fort, d’une beauté aérienne et un très bel hommage à Sylvia Plath. Car il faut admirer et respecter quelqu’un pour en parler ainsi avec son cœur. Comme pour ne pas juger et retransmettre ses émotions avec pudeur et simplicité.
Lu de Gwénaëlle Aubry : Partages
" Car je crois que Plath a été, dans les deux sens du terme, une survivante : pas seulement une qui est revenue d’entre les morts (lady Lazare) mais aussi une qui a vécu à l’excès. "
De la poétesse Sylvia Plath, je ne connaissais que les grandes lignes de sa vie comme sa mort voulue à l’âge de trente ans en 1963. Avec cet essai, Gwénaëlle Aubry non seulement nous permet d’en apprendre plus sur cet auteur mais également sur sa vie, sur son rapport à l’écriture et sa production littéraire.
D’emblée, on ressent combien Gwénaëlle Aubry a été touchée par Sylvia Plath, par la femme dans son rôle d’épouse, de mère, de fille. Toutes ces facettes ont influencé la poétesse pour qui «l’écriture est l’unique salut». Ce texte n’est pas une simple biographie, Gwénaëlle Aubry intercale des extraits des écrits (poèmes, journaux intimes, lettres) de Sylvia Plath, décrit des photos et les situent dans le vie de cette dernière. De sa première tentative de suicide à son mariage avec Ted Hughes, de la solitude à l‘amour qu’elle portait à ses enfants, des succès littéraires de son époux pendant qu’elle essuyait des refus ( « Mais elle offre à Ted l’argent qu’elle gagne, le temps qu’elle perd »), de l'infidélité de son mari à son envie de réussir à concilier son rôle de mère et d’auteur reconnu, la vie de Sylvia Plath est décrite avec un prisme de sensibilité sans égal même pour parler des nombreuses douleurs. Sans être dupe, Sylvia Plath a écrit : « Je suis horrifiée de rejoindre l’expression du rêve américain dans mon désir d’avoir une maison et des enfants » et de prendre en modèle sa mère « et derrière lui en renfort, toute la cohorte-des-mères-épouses exemplaires, des douces-amères résignées". Dans ces années corsetées pour les femmes, il fallait du courage et Sylvia Plath en avait.
L’inscrire dans notre époque « après tout, Sylvia Plath est notre contemporaine » et de chercher en elle « le point d’ajustement de l’écriture à la vie. Je ne veux pas la lire à travers sa mort (et donc pas non plus à travers le récit de sa vie). Je cherche à comprendre ce que, par l’écriture, elle a sauvé de la vie et ce qui, de l’écriture, l’a sauvée elle aussi» et à travers elle de retourner le miroir et nous le tendre : « c’est ce qui, de l‘écriture, peut perdre autant que sauver, peut perdre après avoir sauvé. Car écrire, si l’on en fait des livres, ce n’est pas se délivrer : c’est se livrer, pieds et poings liés."
Cet essai m’a donnée le sentiment d'avoir côtoyée Sylvia Plath. Et vous l’aurez compris, les émotions sont palpables.
Gwénaëlle Aubry signe ici un texte fort, d’une beauté aérienne et un très bel hommage à Sylvia Plath. Car il faut admirer et respecter quelqu’un pour en parler ainsi avec son cœur. Comme pour ne pas juger et retransmettre ses émotions avec pudeur et simplicité.
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mercredi 20 avril 2016
Xavier de Moulins- Charles Draper
Éditeur: JC Lattès - Date de parution : Février 2016 - 230 pages et une fin en forme de double uppercut !
Mai 2015. Agée de huit ans, Fleur réclame sa mère au petit-déjeuner à son père Charles Draper. « Maman se repose, reprend-il doucement. Elle est encore très fatiguée. Avec cette chaleur, elle n'a pas fermé l'œil de la nuit ». Une réponse qui n’a rien d’étonnant mais en la conduisant à l’école, sa cadette lui demande « Papa ? Pourquoi il y a du sang derrière ton oreille? ». Puis l’auteur nous ramène quelques mois plutôt en septembre 2014.
Bien que son entreprise de déménagement soit située à Paris, Charles Draper a accepté que toute la famille s’installe à la campagne pour faire plaisir à son épouse Mathilde. Il ne rentre que le week-end, profite peu de ses deux filles. En somme, il accumule les sacrifices mais le bonheur de sa femme n’a pas de prix. Sauf que Mathilde a changé. Elle se montre distante, moins réjouie quand il rentre pour le week-end. Alors forcément, il se questionne. Mathilde aurait-elle un amant ou alors est-ce lui qui a changé? C’est vrai, il a pris un peu de poids. Et pour reconquérir sa femme, il se lance dans un régime drastique, fait du sport tous les jours et aide même ses employés lors des déménagements. Bref, il ne ménage pas sa peine. Sauf que Charles tombe dans les excès (il prend des pilules illégales censées augmenter la masse musculaire) et dans la jalousie maladive. Pour lui, le fleuriste Clément veuf depuis quelques mois est l’amant de sa femme ou à moins que ça ne soit son professeur de théâtre. Et pourquoi d’ailleurs Mathilde s’investit-elle autant dans ces répétitions ?
Sa jalousie tourne à la paranoïa et on assiste à tous ces changements dans son comportement. Et la tension monte en crescendo et on pressent forcément que quelque chose va se produire ( on n’est pas dupe). Et en effet mais pas ce à quoi on s’attend. Et Xavier de Moulins signe une fin plus que renversante. Je me suis retrouvée bouche bée avec cette sensation d’avoir reçu un double uppercut.
Un roman sur la jalousie, sur le culte des apparences mais au masculin, sur le mensonges et les faux- semblants très bien construit car au départ l’auteur nous peint le portrait d’un homme pour lequel on de la sympathie. Et nos ressentis vont fluctuer car Xavier de Moulins nous plonge dans le doute tout au long de ce livre. Cependant, j’ai un bémol concernant la trame. Une ficelle m’est apparue un peu grosse dans l’histoire (l’auteur appuie de trop sur un événement et ce qui en découle se devine très et trop facilement).
Servi par une écriture concise et incisive, ce roman a plus d’un atout ! Et attention à la fin qui secoue (vous êtes prévenus).
Charles Draper en est persuadé, la portable est une arme vicieuse. Il multiplie les interrogations, entraîne la suspicion, favoris les zones d'ombre. Sa promesse d'autonomie est un esclavage, celui de l'individu en permanence relié à son ego, sa peur de manquer. Le téléphone et la tranquillité de ceux qui attendent tout de rien, le territoire de tous les possibles, un terrain miné propice à tous les scénarios, jusqu'au cancer des suppositions les plus noires.
Pourquoi s'épuiser indéfiniment à se rendre meilleur ? À trop s'y chercher, on meurt d'épuisement dans le regard des autres. La cataracte du cœur ne s'opère pas. Le fruit d'un amour fou est un signe avant-coureur, un mauvais présage.
Lu de cet auteur : Ce parfait ciel bleu - Que ton règne vienne
Mai 2015. Agée de huit ans, Fleur réclame sa mère au petit-déjeuner à son père Charles Draper. « Maman se repose, reprend-il doucement. Elle est encore très fatiguée. Avec cette chaleur, elle n'a pas fermé l'œil de la nuit ». Une réponse qui n’a rien d’étonnant mais en la conduisant à l’école, sa cadette lui demande « Papa ? Pourquoi il y a du sang derrière ton oreille? ». Puis l’auteur nous ramène quelques mois plutôt en septembre 2014.
Bien que son entreprise de déménagement soit située à Paris, Charles Draper a accepté que toute la famille s’installe à la campagne pour faire plaisir à son épouse Mathilde. Il ne rentre que le week-end, profite peu de ses deux filles. En somme, il accumule les sacrifices mais le bonheur de sa femme n’a pas de prix. Sauf que Mathilde a changé. Elle se montre distante, moins réjouie quand il rentre pour le week-end. Alors forcément, il se questionne. Mathilde aurait-elle un amant ou alors est-ce lui qui a changé? C’est vrai, il a pris un peu de poids. Et pour reconquérir sa femme, il se lance dans un régime drastique, fait du sport tous les jours et aide même ses employés lors des déménagements. Bref, il ne ménage pas sa peine. Sauf que Charles tombe dans les excès (il prend des pilules illégales censées augmenter la masse musculaire) et dans la jalousie maladive. Pour lui, le fleuriste Clément veuf depuis quelques mois est l’amant de sa femme ou à moins que ça ne soit son professeur de théâtre. Et pourquoi d’ailleurs Mathilde s’investit-elle autant dans ces répétitions ?
Sa jalousie tourne à la paranoïa et on assiste à tous ces changements dans son comportement. Et la tension monte en crescendo et on pressent forcément que quelque chose va se produire ( on n’est pas dupe). Et en effet mais pas ce à quoi on s’attend. Et Xavier de Moulins signe une fin plus que renversante. Je me suis retrouvée bouche bée avec cette sensation d’avoir reçu un double uppercut.
Un roman sur la jalousie, sur le culte des apparences mais au masculin, sur le mensonges et les faux- semblants très bien construit car au départ l’auteur nous peint le portrait d’un homme pour lequel on de la sympathie. Et nos ressentis vont fluctuer car Xavier de Moulins nous plonge dans le doute tout au long de ce livre. Cependant, j’ai un bémol concernant la trame. Une ficelle m’est apparue un peu grosse dans l’histoire (l’auteur appuie de trop sur un événement et ce qui en découle se devine très et trop facilement).
Servi par une écriture concise et incisive, ce roman a plus d’un atout ! Et attention à la fin qui secoue (vous êtes prévenus).
Charles Draper en est persuadé, la portable est une arme vicieuse. Il multiplie les interrogations, entraîne la suspicion, favoris les zones d'ombre. Sa promesse d'autonomie est un esclavage, celui de l'individu en permanence relié à son ego, sa peur de manquer. Le téléphone et la tranquillité de ceux qui attendent tout de rien, le territoire de tous les possibles, un terrain miné propice à tous les scénarios, jusqu'au cancer des suppositions les plus noires.
Pourquoi s'épuiser indéfiniment à se rendre meilleur ? À trop s'y chercher, on meurt d'épuisement dans le regard des autres. La cataracte du cœur ne s'opère pas. Le fruit d'un amour fou est un signe avant-coureur, un mauvais présage.
Lu de cet auteur : Ce parfait ciel bleu - Que ton règne vienne
lundi 18 avril 2016
Francesca Melandri - Eva dort
Éditeur : Folio - Traduit de l'italien par Danièle Valin - Date de parution : 2013 - 464 belles pages et un premier roman très réussi!
De sa région natale le Tyrol du Sud située au nord de l’Italie, Eva se rend précipitamment en train jusqu’en Calabre. Vito qui l’a élevée comme sa fille se meurt et veut la voir. Pourtant, il a brisé le cœur de la mère d’Eva, Gerda, et celui de l’adolescente qu’était Eva à l’époque. Un trajet de presque 1400 kms durant lesquels les paysages défilent et permettent à la jeune femme de penser à son histoire familiale.
Sur trois générations, l’auteur nous raconte non seulement l’histoire de la famille d’Eva mais également celle de la région frontalière et germanophobe du Haut-Adige appelée également Trentin. Issue d’une famille très modeste, la belle Gerda Huber dès l’adolescence travaille d’arrache-pied dans les cuisines d'un restaurant et ne rentre chez ses parents que rarement. Eva est le fruit d’un amour impossible et la famille de Gerda l’a reniée. Mais Gerda est courageuse, elle ne se laisse pas abattre et continue de travailler la tête haute. Eva est confiée à des cousins et ne voit sa mère que deux mois par an.
Avec Eva et Gerda, l’auteur nous offre deux beaux portraits féminins dont certaines décisions sont liées à leur région. Il faut dire que Francesca Melandri met à jour les chocs, les changements qui ont marqué le Haut-Adige depuis le début du XXe siècle : l'identité culturelle, la langue, le fait de se sentir comme une personne non désirée dans sa région.
Eva dort est le premier roman de Francesca Melandri. Cette fresque familiale liée à l’histoire s’attache aux personnages féminins et de nombreux thèmes sont abordés : les mères célibataires, l’homosexualité, les relations mère-fille, la diversité des régions de l’Italie, l’identité.
Un premier roman fort bien réussi , sans temps mort, difficile à lâcher avec des personnages creusés. Avec l'histoire du Haut-Adige (que j'ignorais), ce livre est très attachant, riche et parfaitement équilibré. A mentionner la très bonne traduction !
- Mais à toi du moins, lui dis-je, ceux qui habitent au sud de la Vérone ne te posent pas la fameuse question, comme à moi.
- Laisse-moi deviner laquelle : "Je peux t'inviter à dîner"?
- Non. "Tu te sens plus italienne ou plus allemande?".
- Sincèrement, on te demande ça?
- Sans arrêt. Tout le monde.
Lu de cet auteur : Plus Haut que la mer (encore meilleur)
De sa région natale le Tyrol du Sud située au nord de l’Italie, Eva se rend précipitamment en train jusqu’en Calabre. Vito qui l’a élevée comme sa fille se meurt et veut la voir. Pourtant, il a brisé le cœur de la mère d’Eva, Gerda, et celui de l’adolescente qu’était Eva à l’époque. Un trajet de presque 1400 kms durant lesquels les paysages défilent et permettent à la jeune femme de penser à son histoire familiale.
Sur trois générations, l’auteur nous raconte non seulement l’histoire de la famille d’Eva mais également celle de la région frontalière et germanophobe du Haut-Adige appelée également Trentin. Issue d’une famille très modeste, la belle Gerda Huber dès l’adolescence travaille d’arrache-pied dans les cuisines d'un restaurant et ne rentre chez ses parents que rarement. Eva est le fruit d’un amour impossible et la famille de Gerda l’a reniée. Mais Gerda est courageuse, elle ne se laisse pas abattre et continue de travailler la tête haute. Eva est confiée à des cousins et ne voit sa mère que deux mois par an.
Avec Eva et Gerda, l’auteur nous offre deux beaux portraits féminins dont certaines décisions sont liées à leur région. Il faut dire que Francesca Melandri met à jour les chocs, les changements qui ont marqué le Haut-Adige depuis le début du XXe siècle : l'identité culturelle, la langue, le fait de se sentir comme une personne non désirée dans sa région.
Eva dort est le premier roman de Francesca Melandri. Cette fresque familiale liée à l’histoire s’attache aux personnages féminins et de nombreux thèmes sont abordés : les mères célibataires, l’homosexualité, les relations mère-fille, la diversité des régions de l’Italie, l’identité.
Un premier roman fort bien réussi , sans temps mort, difficile à lâcher avec des personnages creusés. Avec l'histoire du Haut-Adige (que j'ignorais), ce livre est très attachant, riche et parfaitement équilibré. A mentionner la très bonne traduction !
- Mais à toi du moins, lui dis-je, ceux qui habitent au sud de la Vérone ne te posent pas la fameuse question, comme à moi.
- Laisse-moi deviner laquelle : "Je peux t'inviter à dîner"?
- Non. "Tu te sens plus italienne ou plus allemande?".
- Sincèrement, on te demande ça?
- Sans arrêt. Tout le monde.
Lu de cet auteur : Plus Haut que la mer (encore meilleur)
mercredi 13 avril 2016
Michel Quint - Apaise le temps
Éditeur : Phébus - Date de parution : Avril 2016 - 114 pages généreuses !
A Roubaix, Yvonne Lepage propriétaire d’une librairie indépendante (qu'elle avait repris après la mort de ses parents) décède. Contrairement à d'autres libraires, Yvonne au caractère bien trempé refusait de vendre des nouveautés et les comptes étaient dans le rouge depuis longtemps. Abdel Duponchelle client fidèle depuis l’enfance hérite de tout : la librairie, les vieux livres et les dettes colossales. Et il accepte même s’il n’y connaît rien. Mais il peut compter sur Saïd, Zita et Rosa. Saïd l'Algérien de souche qui a appris à lire grâce au père d’Yvonne, Zita ancienne employée de la librairie qui désormais travaille dans un entrepôt pour un site de vente de livres en ligne et Rosa assistante scolaire du collège où Abdel est professeur. Abdel relève ses manches car la librairie est un lieu de mémoire et Yvonne a gardé des cartons de photos depuis les années 60.
Michel Quint nous immerge dans Roubaix. Une ville et une région où l’emploi se fait rare depuis la disparition des usines du textile mais où l’entraide existe entre les habitants. Et il dépeint à merveille aussi bien le contexte social que les rues, les quartiers. En ouvrant les cartons, Abdel ne pensait pas trouver des photos liées à l’Histoire. L’arrivée des harkis dans la région, la guerre d’Algérie suivie de son indépendance, les immigrés mal vus par certains. Et aussi des actions menées par les différents partis pour ou contre l’indépendance de l’Algérie (sans oublier l’OAS) ainsi que des actes terroristes commis à Roubaix. Et leurs morts comme le père d’Yvonne.
Avec une écriture unique, savoureuse (un mélange de poésie et de langage plus direct), Michel Quint dans ce court roman nous offre plusieurs histoires liées. Celle d’une librairie, de l’amour de la littérature et de plusieurs très belles solidarités qui m’ont vrillée le cœur !
Et si j’ai été quelquefois un peu perdue dans les passages concernant la guerre d’Algérie, ça n’enlève rien à ce livre d’une générosité incroyable !
Donc non, Yvonne n' a pas été veuve avant l'heure, elle avait plutôt espéré un galant, un de ses collègues journalistes, s'était offert la lingerie de gala en prévision, et survient la tragédie de l'attentat, sa mère qui décroche, rideau sur les rêves, elle s'est cloîtrée, consacrée à la librairie, a continué la mission sociale de son père, alphabétisation, insertion, intégration et tout ce qui tente d'empêcher les préjugés du racisme entre copains de boulot, voisins, et le rejet gratuit.
Aujourd'hui, un bon écrivain doit être beau. Evidemment, Yvonne et la bagatelle, ça faisait deux !
Merci à Babelio et à l'éditeur pour ce livre.
Lu de cet auteur : Close-Up
A Roubaix, Yvonne Lepage propriétaire d’une librairie indépendante (qu'elle avait repris après la mort de ses parents) décède. Contrairement à d'autres libraires, Yvonne au caractère bien trempé refusait de vendre des nouveautés et les comptes étaient dans le rouge depuis longtemps. Abdel Duponchelle client fidèle depuis l’enfance hérite de tout : la librairie, les vieux livres et les dettes colossales. Et il accepte même s’il n’y connaît rien. Mais il peut compter sur Saïd, Zita et Rosa. Saïd l'Algérien de souche qui a appris à lire grâce au père d’Yvonne, Zita ancienne employée de la librairie qui désormais travaille dans un entrepôt pour un site de vente de livres en ligne et Rosa assistante scolaire du collège où Abdel est professeur. Abdel relève ses manches car la librairie est un lieu de mémoire et Yvonne a gardé des cartons de photos depuis les années 60.
Michel Quint nous immerge dans Roubaix. Une ville et une région où l’emploi se fait rare depuis la disparition des usines du textile mais où l’entraide existe entre les habitants. Et il dépeint à merveille aussi bien le contexte social que les rues, les quartiers. En ouvrant les cartons, Abdel ne pensait pas trouver des photos liées à l’Histoire. L’arrivée des harkis dans la région, la guerre d’Algérie suivie de son indépendance, les immigrés mal vus par certains. Et aussi des actions menées par les différents partis pour ou contre l’indépendance de l’Algérie (sans oublier l’OAS) ainsi que des actes terroristes commis à Roubaix. Et leurs morts comme le père d’Yvonne.
Avec une écriture unique, savoureuse (un mélange de poésie et de langage plus direct), Michel Quint dans ce court roman nous offre plusieurs histoires liées. Celle d’une librairie, de l’amour de la littérature et de plusieurs très belles solidarités qui m’ont vrillée le cœur !
Et si j’ai été quelquefois un peu perdue dans les passages concernant la guerre d’Algérie, ça n’enlève rien à ce livre d’une générosité incroyable !
Donc non, Yvonne n' a pas été veuve avant l'heure, elle avait plutôt espéré un galant, un de ses collègues journalistes, s'était offert la lingerie de gala en prévision, et survient la tragédie de l'attentat, sa mère qui décroche, rideau sur les rêves, elle s'est cloîtrée, consacrée à la librairie, a continué la mission sociale de son père, alphabétisation, insertion, intégration et tout ce qui tente d'empêcher les préjugés du racisme entre copains de boulot, voisins, et le rejet gratuit.
Aujourd'hui, un bon écrivain doit être beau. Evidemment, Yvonne et la bagatelle, ça faisait deux !
Merci à Babelio et à l'éditeur pour ce livre.
Lu de cet auteur : Close-Up
mardi 12 avril 2016
Lydia Flem - Je me souviens de l'imperméable rouge que je portais l'été de mes vingt ans
Éditeur : Seuil - Date de parution : Mars 2016 - 233 pages à lire !
Dans ce livre inclassable car ce n’est pas d’un recueil de nouvelles ni un roman, Lydia Flem nous raconte et surtout se raconte depuis son enfance.
En se souvenant d’un événement familial ou historique, d’un vêtement, d’une personne, d’une expression, chacun des 476 petits paragraphes commence par « je me souviens » .
Je me souviens que la minijupe est apparue en même temps que la pilule et que les femmes croyaient à la révolution sexuelle.
Je me souviens de la publicité : « Demain, j'enlève le haut. »
Je me souviens de l'injonction « Sois belle et toi. »
Je me souviens d'avoir lu qu'en 1931 le maire de Paris ordonna à Marlène Dietrich de quitter la ville sur-le-champ parce qu'elle s'était montrée, dans la rue, en pantalon.
Je me souviens de Simone Veil, en chignon et tailleur Chanel, défendant à l'Assemblée nationale, sous les huées et les injures, le droit des femmes à avorter et faisant passer la loi.
Je me souviens qu'on s'habille un peu pour soi et beaucoup pour les autres (ou le contraire).
Je me souviens que, comme la mère était fâchée contre moi, elle disait : « Tu es une vraie chiffonnière ». Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais j'entendais la colère dans sa voix.
Je me souviens des militantes aux seins nus du groupe Femen.
Je me souviens de l'instant délicieux où tout bascule lorsqu‘une main ouvre le premier bouton.
Je me souviens d'un imperméable de couleur mastic que je détestais. J'avais treize ans, j'étais amoureuse. On disait : « Se sentir moche comme un pou. »
Je me souviens que le 24 avril 2013 plus de mille cent-trois jeunes ouvrières sont mortes après l'effondrement des huit étages du Rana Plaza, un ensemble de cinq usine de confection, au Bangladesh.
Je me souviens qu'un corps, c'est une manière de se mouvoir, d'exister dans l'espace. Nos habits nous habillent, mais c'est nous qui les habitons.
Je me souviens comment j’étais habillée le 11 septembre 2001.
Je me souviens que les baskets n' étant plus le seul privilège des ados et des sportifs, tout le monde s’est mis à affirmer : « Je suis bien dans mes baskets ».
Chaque paragraphe serait à citer tant c'est juste !
Authentique, drôle, malicieux, touchant, ce livre recèle de belles émotions et déclenche des réflexions. A partir de ses propres souvenirs, Lydia Flem réactive notre mémoire collective avec de observations très pertinentes sur les femmes. Ces instantanés composent brillamment un éventail de l'histoire et de ce qui nous a marqués.
A picorer, à savourer et à méditer sans aucune modération !
Dans ce livre inclassable car ce n’est pas d’un recueil de nouvelles ni un roman, Lydia Flem nous raconte et surtout se raconte depuis son enfance.
En se souvenant d’un événement familial ou historique, d’un vêtement, d’une personne, d’une expression, chacun des 476 petits paragraphes commence par « je me souviens » .
Je me souviens que la minijupe est apparue en même temps que la pilule et que les femmes croyaient à la révolution sexuelle.
Je me souviens de la publicité : « Demain, j'enlève le haut. »
Je me souviens de l'injonction « Sois belle et toi. »
Je me souviens d'avoir lu qu'en 1931 le maire de Paris ordonna à Marlène Dietrich de quitter la ville sur-le-champ parce qu'elle s'était montrée, dans la rue, en pantalon.
Je me souviens de Simone Veil, en chignon et tailleur Chanel, défendant à l'Assemblée nationale, sous les huées et les injures, le droit des femmes à avorter et faisant passer la loi.
Je me souviens qu'on s'habille un peu pour soi et beaucoup pour les autres (ou le contraire).
Je me souviens que, comme la mère était fâchée contre moi, elle disait : « Tu es une vraie chiffonnière ». Je ne savais pas ce que cela voulait dire mais j'entendais la colère dans sa voix.
Je me souviens des militantes aux seins nus du groupe Femen.
Je me souviens de l'instant délicieux où tout bascule lorsqu‘une main ouvre le premier bouton.
Je me souviens d'un imperméable de couleur mastic que je détestais. J'avais treize ans, j'étais amoureuse. On disait : « Se sentir moche comme un pou. »
Je me souviens que le 24 avril 2013 plus de mille cent-trois jeunes ouvrières sont mortes après l'effondrement des huit étages du Rana Plaza, un ensemble de cinq usine de confection, au Bangladesh.
Je me souviens qu'un corps, c'est une manière de se mouvoir, d'exister dans l'espace. Nos habits nous habillent, mais c'est nous qui les habitons.
Je me souviens comment j’étais habillée le 11 septembre 2001.
Je me souviens que les baskets n' étant plus le seul privilège des ados et des sportifs, tout le monde s’est mis à affirmer : « Je suis bien dans mes baskets ».
Chaque paragraphe serait à citer tant c'est juste !
Authentique, drôle, malicieux, touchant, ce livre recèle de belles émotions et déclenche des réflexions. A partir de ses propres souvenirs, Lydia Flem réactive notre mémoire collective avec de observations très pertinentes sur les femmes. Ces instantanés composent brillamment un éventail de l'histoire et de ce qui nous a marqués.
A picorer, à savourer et à méditer sans aucune modération !
dimanche 10 avril 2016
Péter Gárdos - La fièvre de l'aube
Éditeur : Robert Laffont - Traduit du hongrois par Jean-Luc Moreau - Date de parution : Avril 2016 - 270 pages à découvrir.
Miklós Gárdos un Hongrois de vingt-cinq est un survivant des camps d’extermination nazis. A la fin de la guerre, il est soigné en Suède car il est gravement atteint de tuberculose. Condamnés par les médecins à ne vivre que six mois, le jeune homme veut se marier. Il décide d’écrire à toutes les femmes Hongroises rescapées des camps et soignées dans la même région que lui. Sur plus d’une centaine de lettres expédiées, il aura quelques retours dont celui de Lili Reich âgée de 18 ans et hospitalisée pour un problème au rein.
A partir de septembre 1945, ils vont s’écrire. Lili est sans nouvelles de sa famille et Miklós lui promet de tout faire pour l’aider à la retrouver. Sans l’avoir vue, Miklós tombe très rapidement amoureux de cette jeune fille et veut la rencontrer. Son médecin s’y oppose formellement et il va devoir trouver des subterfuges pour arriver à ses fins. Les amies de Lili la mettent en garde car elle ne le connaît pas. Mais elle tombe sous le charme de Miklós qui remue ciel et terre pour elle.
On pourrait croire à une histoire montée de toutes pièces mais il n’en est rien. Péter Gárdos nous raconte l’histoire surprenante de ses parents. Ce livre parle d’un amour que l’on pense inimaginable car Miklós et Lili devront surmonter bien des épreuves. L’auteur évoque l’horreur des camps de concentration mais sans jamais s’appesantir dessus.
« Pendant cinquante ans temps j'ai ignoré d'existence de cette correspondance. En 1998, après la mort de mon père, ma mère, comme incidemment, me remit de grosses liasses de lettres, entouré d'un ruban de soie ». Ce roman en partie épistolaire est bien entendu touchant mais j’ai des petits bémols. Une écriture plus travaillée aurait permis d’éviter une forme de monotonie dans ce récit. De plus, j’aurais aimé que l’auteur nous décrive le retour de ses parents en Hongrie. Mais ce livre ne verse pas dans le sentimentalisme à outrance, il y a beaucoup de pudeur et c'est sa force.
Miklós Gárdos un Hongrois de vingt-cinq est un survivant des camps d’extermination nazis. A la fin de la guerre, il est soigné en Suède car il est gravement atteint de tuberculose. Condamnés par les médecins à ne vivre que six mois, le jeune homme veut se marier. Il décide d’écrire à toutes les femmes Hongroises rescapées des camps et soignées dans la même région que lui. Sur plus d’une centaine de lettres expédiées, il aura quelques retours dont celui de Lili Reich âgée de 18 ans et hospitalisée pour un problème au rein.
A partir de septembre 1945, ils vont s’écrire. Lili est sans nouvelles de sa famille et Miklós lui promet de tout faire pour l’aider à la retrouver. Sans l’avoir vue, Miklós tombe très rapidement amoureux de cette jeune fille et veut la rencontrer. Son médecin s’y oppose formellement et il va devoir trouver des subterfuges pour arriver à ses fins. Les amies de Lili la mettent en garde car elle ne le connaît pas. Mais elle tombe sous le charme de Miklós qui remue ciel et terre pour elle.
On pourrait croire à une histoire montée de toutes pièces mais il n’en est rien. Péter Gárdos nous raconte l’histoire surprenante de ses parents. Ce livre parle d’un amour que l’on pense inimaginable car Miklós et Lili devront surmonter bien des épreuves. L’auteur évoque l’horreur des camps de concentration mais sans jamais s’appesantir dessus.
« Pendant cinquante ans temps j'ai ignoré d'existence de cette correspondance. En 1998, après la mort de mon père, ma mère, comme incidemment, me remit de grosses liasses de lettres, entouré d'un ruban de soie ». Ce roman en partie épistolaire est bien entendu touchant mais j’ai des petits bémols. Une écriture plus travaillée aurait permis d’éviter une forme de monotonie dans ce récit. De plus, j’aurais aimé que l’auteur nous décrive le retour de ses parents en Hongrie. Mais ce livre ne verse pas dans le sentimentalisme à outrance, il y a beaucoup de pudeur et c'est sa force.
vendredi 8 avril 2016
Rachel Elliott - Murmures dans un mégaphone
Éditeur : Rivages - Traduit de l’anglais par Mathilde Bach- Date de parution : Avril 2016 - 444 pages addictives et pétillantes !
Depuis trois ans, Miriam Delaney trente-cinq vit recluse chez elle " par défaut, son état normal c'est plutôt une sorte de mélancolie bienveillante, une sorte de parfum d'ambiance pour introvertis". Mais elle s’apprête enfin à sortir aidée par son amie Fenella. Si Miriam murmure et a des pensées quelquefois surprenantes en ce qui concerne le monde extérieur et les relations avec autrui, la faute en incombe à sa mère désormais décédée (je n'en dis pas plus).
Ralp est psychothérapeute et marié à Sadie qui se décrit "comme une personne très sociable qui déteste les gens". Cette dernière tient un blog et tweete tout de sa vie à longueur de temps en y incluant des informations sur son son mari. Ce que Ralph apprend par l’une de ses patientes. Et le jour de son anniversaire, découvrir que sa femme flirte avec sa meilleure amie est la goutte d’eau qui fait déborder la vase. Il quitte le foyer conjugal et part dans les bois où il va rencontrer Myriam.
Résolument moderne et sans guimauve, ce livre recèle de réflexions, de situations finement décrites et d’évènements qui révèlent bien des surprises. Sans temps mort, Rachel Elliott nous dépeint des personnages humains en quête du bonheur ou d’eux-mêmes.
C’est relevé, bourré d’humour ( les dialogues sont un régal) et il se dégage de ce livre un concentré d’énergie, de punch et de bienveillance.
Un premier roman pétillant, vivifiant et hautement addictif !
Le billet tentateur de Cathulu
Miriam fête aujourd'hui ses trois ans d'hibernation, cela dit, les chiffres sont parfois trompeurs, et trois ans peuvent en paraître trente. En matière d'hibernation, on compte en années de chiens : trois ans, ça fait un peu près vingt-huit ans, avec quelques variations en fonction de la race mais en l'occurrence, c'est le genre agréable, protectrice, le genre qui tient le monde à distance.
Depuis trois ans, Miriam Delaney trente-cinq vit recluse chez elle " par défaut, son état normal c'est plutôt une sorte de mélancolie bienveillante, une sorte de parfum d'ambiance pour introvertis". Mais elle s’apprête enfin à sortir aidée par son amie Fenella. Si Miriam murmure et a des pensées quelquefois surprenantes en ce qui concerne le monde extérieur et les relations avec autrui, la faute en incombe à sa mère désormais décédée (je n'en dis pas plus).
Ralp est psychothérapeute et marié à Sadie qui se décrit "comme une personne très sociable qui déteste les gens". Cette dernière tient un blog et tweete tout de sa vie à longueur de temps en y incluant des informations sur son son mari. Ce que Ralph apprend par l’une de ses patientes. Et le jour de son anniversaire, découvrir que sa femme flirte avec sa meilleure amie est la goutte d’eau qui fait déborder la vase. Il quitte le foyer conjugal et part dans les bois où il va rencontrer Myriam.
Résolument moderne et sans guimauve, ce livre recèle de réflexions, de situations finement décrites et d’évènements qui révèlent bien des surprises. Sans temps mort, Rachel Elliott nous dépeint des personnages humains en quête du bonheur ou d’eux-mêmes.
C’est relevé, bourré d’humour ( les dialogues sont un régal) et il se dégage de ce livre un concentré d’énergie, de punch et de bienveillance.
Un premier roman pétillant, vivifiant et hautement addictif !
Le billet tentateur de Cathulu
Miriam fête aujourd'hui ses trois ans d'hibernation, cela dit, les chiffres sont parfois trompeurs, et trois ans peuvent en paraître trente. En matière d'hibernation, on compte en années de chiens : trois ans, ça fait un peu près vingt-huit ans, avec quelques variations en fonction de la race mais en l'occurrence, c'est le genre agréable, protectrice, le genre qui tient le monde à distance.
jeudi 7 avril 2016
Maylis de Kerangal - Un chemin de tables
Éditeur : Seuil ( collection Raconter la vie)- Date de parution : Mars 2016 - 102 pages envoûtantes !
Maylis de Kerangal nous raconte le parcours atypique de Mauro. Titulaire d’un master de sciences économiques, il accumule des expériences dans les cuisines de différents restaurants en tant qu’autodidacte pour finalement passer un CAP. Le Jeune homme talentueux qui aimait préparer des plats à ses amis suit son instinct. Des horaires à rallonge à un savoir-faire acquis, il n’hésite pas à changer d’établissements. Maylis de Kerangal nous décrit à merveille les gestes, la précision, la rigueur, mais aussi les cadences effrénées, la fatigue, la dureté de cuisine qui exige « qu'on lui sacrifie tout, qu'on lui donne sa vie ».
A vingt-quatre ans, Mauro ouvre son propre restaurant. Le succès est au rendez-vous. On le suit sur les marchés à la quête de bons produits, dans sa cuisine minuscule.Mais Mauro a faim d’autres expériences. Il part en Asie, y passe plusieurs mois, revient, accumule encore d’autres expériences. Insatiable, rigoureux et passionné.
Sans jamais perdre son lecteur, avec une écriture qui épouse le vocabulaire spécifique d'un métier ou qui détaille un procédé de cuisson, les gestes techniques, elle nous immerge au plus près de Mauro.
Un livre envoûtant !
"Ce qui se produit durant ces heures compactées, dans cet espace réduit, est toute la fois une improvisation d'une grande intensité, une expérience sensorielle de haute volée et une confrontation avec la matière - matière organique, vivante, ultra réactive."
Le billet de Cathulu
Lu de cet auteur : Corniche Kennedy - Naissance d'un pont - Réparer les vivants
Maylis de Kerangal nous raconte le parcours atypique de Mauro. Titulaire d’un master de sciences économiques, il accumule des expériences dans les cuisines de différents restaurants en tant qu’autodidacte pour finalement passer un CAP. Le Jeune homme talentueux qui aimait préparer des plats à ses amis suit son instinct. Des horaires à rallonge à un savoir-faire acquis, il n’hésite pas à changer d’établissements. Maylis de Kerangal nous décrit à merveille les gestes, la précision, la rigueur, mais aussi les cadences effrénées, la fatigue, la dureté de cuisine qui exige « qu'on lui sacrifie tout, qu'on lui donne sa vie ».
A vingt-quatre ans, Mauro ouvre son propre restaurant. Le succès est au rendez-vous. On le suit sur les marchés à la quête de bons produits, dans sa cuisine minuscule.Mais Mauro a faim d’autres expériences. Il part en Asie, y passe plusieurs mois, revient, accumule encore d’autres expériences. Insatiable, rigoureux et passionné.
Sans jamais perdre son lecteur, avec une écriture qui épouse le vocabulaire spécifique d'un métier ou qui détaille un procédé de cuisson, les gestes techniques, elle nous immerge au plus près de Mauro.
Un livre envoûtant !
"Ce qui se produit durant ces heures compactées, dans cet espace réduit, est toute la fois une improvisation d'une grande intensité, une expérience sensorielle de haute volée et une confrontation avec la matière - matière organique, vivante, ultra réactive."
Le billet de Cathulu
Lu de cet auteur : Corniche Kennedy - Naissance d'un pont - Réparer les vivants
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