mardi 17 mai 2016

Virginie Carton - La veillée

Éditeur : Stock - Date de parution : Mars 2016 - 219 pages justes et touchantes. 

Victor le père de Sébastien vient de mourir. Habitant en Italie avec femme et enfants, il arrive trop tard. Il appelle Marie sa fidèle amie depuis l’enfance. Le corps de Victor repose dans la maison familiale. La nuit arrive au coeur de l’hiver. La mère de Sébastien va dormir chez une de se filles mais laisser le corps de Victor seul la dérange. Sébastien accompagné de Marie va veiller le corps même si « la mort c’est tellement intime ». L’un comme l’autre ne savent pas exactement que faire. Il puis il y a la mort. Mais cette nuit là va leur permettre de parler de bien des choses : la perte du parent et comment on la vit en tant qu’enfant devenu adulte (à quarante ans) et de découvrir un pan de la vie de Victor qu’il n’avait jamais évoqué. Sébastien et Marie, c’est une longue histoire d’amitié qui a survécu à la distance et aux aléas de la vie. Et cette veillée funèbre sera encline aux confidences mais réveillera également un rêve enfoui.

Jamais plombant, avec de l’humour et beaucoup de sensibilité, Virginie Carton fait mouche.
Un roman qui sonne juste sur les relations parents-enfants, sur la mort, sur l’amitié et sur les vies que l’on se construit. Ce livre m’a vraiment touchée et chacun y puisera forcément quelque chose. 

Ce que je voulais juste te dire, c’est que je crois que personne ne peut rien savoir du bonheur des autres.

Les billets de Cathulu, Nadège

dimanche 15 mai 2016

Fabienne Betting - Bons baisers de Mesménie

Éditeur : Autrement - Date de parution : Mai 2016 - 394 pages pleines de punch ! 

Tandis que sa compagne Sandrine est secrétaire médicale, Thomas après avoir suivi des études de lettres à la Sorbonne  végète dans son emploi au MacDo. Alors que Sandrine le pousse dans ses recherches d’emplo, il est sans motivation réelle pour trouver autre chose . Tout change quand il lit une annonce où on l’on cherche un traducteur pour « le mesmène vers le français ». La Mesménie ( "petit territoire nordique, pustule marécageuse dans la mer balte" dixit Frédérick Gersal journaliste à Télématin) est sa marotte bien qu’il n’y ait jamais mis pieds mais il a appris cette langue lors de ses études (et était tombé également éperdument de sa professeur).
Il répond à l'annonce, décroche le job, se lance dans une traduction approximative du roman (ses connaissances ne sont plus ce qu’elles étaient) et quitte son boulot. Chose incroyable : le roman fait un tabac en France et Thomas est indiqué comme auteur et traducteur du livre. S’en suivent un succès controversé, un voyage en Mesménie et bien d'autres surprises.

Fabienne Betting nous décrit la traduction du roman et c’est un pur plaisir !  Malgré toutes ses bonnes intentions "avoir le sens de la nuance, de la cadence, trouver les subtilités qui permettent de rendre dans sa langue les particularités de la langue d’origine", Thomas massacre le roman originel. La suite est sans temps mort (sauf une petite baisse qui est vite oubliée et c’est reparti).
C'est frais, dynamique, on sourit et on rigole. Cerise sur le gâteau : l’observation de Thomas est très, très bien rendue comme celle des autres personnages.
S'il comporte quelques petits défauts, ce serait vraiment dommage de passer à coté de ce premier roman sur la traduction et sur le monde de l'édition ! 

Les billets tentateurs de Cathulu, Cuné

vendredi 13 mai 2016

Jonathan Franzen - Purity

Editeur : Editions de l'Olivier - Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Olivier Deparis - Date de parution : Mai 2016 - 744 pages qu'on ne voit pas défiler.

Elevée par une mère hippie et ultra-possessive, avec un prêt bancaire non négligeable (130 000 dollars)  à rembourser pour ses études, Purity Tyler appelée communément Pip travaille dans un call center. Assez solitaire,  elle loge dans une espèce de squat. Pip ne connaît pas l’identité de son père et sur ce point sa mère ne veut rien lui dire sous prétexte de la protéger. Pourtant, il pourrait peut-être l’aider financièrement. Au squat, elle rencontre Annagret en charge de recruter des stagiaires pour la société Sunlight Project (une sorte de WikiLeaks) basée en Bolivie dirigée par le charismatique et puissant Andraas Wolf. Connu, détesté ou admiré, il ne laisse personne indifférent car il divulgue sur Internet des informations cachées à la manière de pavés dans la mare grâce à des hackers. Même si elle manque de confiance en elle, Pip décroche un stage rémunéré chez Sunlight Project.  Et elle se dit que peut-être qu’Andreas Wolf lui rendra service et retrouvera son père.

Puis,  Jonthan Franzen nous fait remonter le temps et nous immerge dans la RDA où Andreas Wolf a vécu avant de venir s’installer en Amérique. Si désormais il veut que tout soit transparent, l’ère de la vérité, il a un secret bien embarrassant. On retrouve ensuite Pip à Denver où elle travaille pour le journaliste d’investigation Tom Aberant. Il est en couple (d’une certaine façon) avec Leila, journaliste également et tous deux traversent une crise (ils sont doués dans l’art de l’auto-culpabilisation).

A la manière d’un puzzle qui se met en place, on découvre les relations qui existent entre eux tous. Les mensonges, la manipulation, le rôle des mères dans l’éducation des enfants, la corruption, Internet, l'information et bien d’autres thèmes thèmes alimentent ce roman foisonnant, dense et sans temps mort. Pip est attachante, elle a du caractère et réagit souvent au quart de tour. De l'humour, de la dérision également et on ne voit pas les pages défiler car la construction est diablement efficace. Un roman qui a tout bon ? Presque car quelques pages (en trop)  auraient pu être évitées sur des histoires secondaires.
J'ai été ferrée sur toute la ligne par ce roman efficace et intelligent !

Le père d'Andreas était le deuxième plus jeune membre du Parti jamais nommé au comité central, et l'exercer la fonction la plus créative de la République. En tant que premier économiste de l'État, il avait pour mission de manipuler les chiffres avec systématisme, de démontrer des augmentation de productivité là où il n'y en avait pas, d'équilibrer un budget qui chaque année s'éloignait un peu plus de la réalité, d'ajuster les taux de change officiel pour maximiser l'impact budgétaire de telle ou telle devise forte que la République parvenait à carotter ou à extorquer, de gonfler les quelques succès de l'économie et de trouver des excuses optimistes à ses nombreux échecs. Les hauts dirigeants du Parti pouvaient faire semblant de ne rien comprendre à ses chiffres ou les considérer avec cynisme, tandis que lui-même devait croire à l'histoire qu'ils racontaient. Cela demandait de la conviction politique, de l'autopersuasion, voire, et c'était peut-être le principal, de l'auto-apitoiement.

Andreas avait le don - peut-être le plus grand qu’il possédait - de découvrir des niches dans les régimes totalitaires. La Stasi avait été le meilleur ami qu’il ait jamais eu - jusqu’à ce qu’il rencontre Internet.

Les lanceurs d'alerte ne font que balancer des informations. Il faut un journaliste pour vérifier, condenser et contextualiser ces informations. Nous n'avons peut-être pas toujours les meilleurs intentions du monde, mais au moins, nous nous investissons un peu dans la civilisation. Nous sommes des adultes qui nous efforçons de communiquer avec d'autres adultes. Les lanceurs d'alerte ressemblent plus à des sauvages. (..) Filtrer n'est pas tromper : c'est être civilisé.


Le billet de Gwénaëlle (qui l'a lu en VO)
Lu de cet auteur : Freedom
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...