samedi 28 mai 2016

Guomundur Andri Thorsson - La valse de Valeyri

Éditeur: Gallimard - Traduit superbement de l'islandais par Eric Boury - Date de parution : Mai 2016 - 192 pages qui m'ont touchée-coulée.

A Valeyri petit port de pêche d'Islande, la brume tombe doucement en cette fin d’après-midi. Les seize habitants se connaissent tous, ou du moins ils le pensent. En cette journée  du 24 juin, Kata rejoint en vélo la salle où elle va diriger la chorale. C’est ce moment qui sert de point de départ à ces histoires enchevêtrées où l’auteur nous dépeint ces instantanés de vies. Mais pas que. Car l’histoire de chacun est liée à celle des autres. De l’ancien pêcheur au curé qui joue tout ce qu'il possède au poker, du poète au commerçant brouillé avec sa sœur, d’une femme qui s’interroge sur son mon mari, tous ont une histoire présente, passée et quelquefois probable pour l’avenir. Car avec talent et sans que cela choque le lecteur, Guomundur Andri Thorsson introduit des possibilités.
Les récits se déploient avec grâce et poésie. Et la brume est elle-même une voix "Je ne suis qu'une conscience. J'arrive de la mer, je longe la langue de terre, bientôt, j'aurais disparu avec la brume. Je suis la brise d'une fin d'après-midi quand je viens rendre visite aux gens vers quatre heures et demie, puis une heure plus tard, le vent m'emporte vers ce chez-moi, lequel est dans le passé, le révolu". Et au fil des pages, ces vies s'emboîtent révélant la vérité loin des suppositions et des non-dits.
Il y a du Jon Kalman Stefansson dans cet univers où l'on retrouve des questions sur le sens de la vie, sur nos existences et sur les difficultés économiques d'un pays balayé par la crise.

C’est immensément beau et ces portraits dépeints nous révèlent des fissures, des souffrances, des amours impossibles, des rancœurs, des espoirs mais sans jamais verser dans le pessimisme. Les personnages, leurs questionnements ou leurs états d’âme m’ont touchée-coulée.
La superbe traduction d'Eric Boury s’accorde à merveille au rythme et une douce mélancolie nous enveloppe sans nous alourdir.
Un livre hérisson et beaucoup de passages à relire au choix pour la beauté, pour les propos qui sèment des graines de réflexion.  

Il lui arrivait de se dire: Tout cela n'est pas la vie. Ce n'est que l'existence. Nous lions trop intimement notre bonheur à notre réussite, nous lions trop intimement notre réussite à notre confort - et nous lions trop notre confort à notre consommation. 

Il médite sur lui-même et sur ce village tandis que son bateau virevolte en s'engageant dans le chenal - il médite sur la place qu'il occupe au sein du monde. Non seulement la mer vous procure votre subsistance et la compagnie des oiseaux – mais elle vous apporte aussi l'énergie et nourrit votre cerveau. Elle vous offre un silence qui n'est pas qu'un silence, mais une résonance. Vous apporte un calme qui n'est pas immobilité, mais mouvement. Une solitude qui est identité. 

Un village ne saurait se résumer aux vagues, aux professions de ce qui l'habitent, aux hoquets d'un bateau à moteur ou aux chien qui se couchent, les pattes allongées au soleil. Il ne se résume pas à l'odeur de la mer, du mazout, du guano, de la vie et de la mort - à tout le poisson qu'on y pêche et aux noms étrangers de ses maisons. Il est également un récit qui se déploie en silence dans les rues et conserve l'image initiale des lieux qui peut un peu prennent forme et se modifie au fil des ans et des siècles. 

Certaines histoires ne sont jamais dites. Profondément ensevelies quelque part, elles influent sur l'atmosphère du village, le parent d'une couleur invisible, et forment un murmure inaudible au creux du vent.

jeudi 26 mai 2016

Franck Bouysse - Plateau

Éditeur : Manufacture de livres - Date de parution : Janvier 2016 - 304 pages et un avis mitigé.

Plateau, un hameau de Corrèze aves ses quelques habitants. Virgile et Judith des paysans à l’orée des quatre-vingt ans qui ont élevé Georges le neveu de Vigile. Orphelin depuis l’âge de cinq ans, il préfère dormir dans une caravane que dans l’ancienne maison de ses parents. Il travaille à la ferme alors qu’il a toujours voulu voyager. Virgile a des sérieux problèmes de vue mais il les garde pour lui, il veille sur Judith atteinte d'Alzheimer. Depuis six ans, Karl un ancien cheminot est venu s’installer au Plateau sans être de la région. Peu bavard sur son passé aimant la boxe et très mystique. Avec Virgile, ils sont devenus amis et chassent ensemble. Cory la nièce de Judith battue par « l’homme-torture » vient se réfugier au Plateau. Et enfin une autre personne armée d’un fusil surveille ce petit monde en se cachant dans les bois alentours.

On retrouve ici les ingrédients de Grossir le ciel : un suspense, une ambiance , des taiseux, le monde rural, un hameau isolé, la nature. Mais cette fois-ci au fil des pages, j’ai trouvé que ce livre perdait en intensité. L’écriture sonne moins juste, paraît plus travaillée (certaines métaphores m’ont laissée perplexe) et il y a des longueurs inutiles. Et un point m’a vraiment gênée : comment Cory peut-elle nouer si rapidement avec George une relation au vu de qu’elle a subi?
Beaucoup de thèmes sont abordés dans ce roman : la maladie, le secrets et les non-dits, la souffrance physique et morale, la quête de la rédemption et la transmission.

Un roman noir strié de zones d’ombres comme certaines âmes tourmentées de ce livre. Et malgré ce que j’ai énuméré avant, il m’a quand même remuée car le dénouement est une claque.

Les humains, c'est un autre gibier qu'il n'est pas forcément utile de tuer. Détruire peut suffire. Humilier, aussi. 

Les billets  d'Emma, Miscellanées  (d'autres billets?)

mercredi 25 mai 2016

Margaret Drabble - Une journée dans la vie d'une femme souriante

Éditeur : Le Livre de Poche - Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Claire Desserey - Date de parution : Mars 2016 - 349 pages et treize nouvelles épatantes !

Ces nouvelles écrites entre 1966 et 2000 par Margaret Drabble sont un petit bijou ! Avec finesse, elle nous dépeint des femmes du quotidien. Adolescente, épouse, mère, veuve : elles traversent le temps . Des nouvelles comme des instantanés de l’existence, de situations. Femmes aimantes mais souvent mal aimées, comme dans "La guerre en cadeau" où une mère porte à son fils un amour absolu. Les hommes (maris, amants) ne sont pas tendres avec elles et pourtant, malgré tout, elles composent de leur mieux. Et Margaret Drabble avec un sens aigu de l’observation mais aussi de l’humour parvient à nous couper le souffle, à nous remplir les yeux  de poissons d'eau, ou à nous serrer le  cœur  tant ces nouvelles sont de qualité exceptionnelle et si justes! Que ce soit un voyage de noces, une actrice qui tombe sous le charme d’un manoir, une professeure en pèlerinage sur les traces de son poète favori, une femme qui retrouve son ancien amant dans un café, un voyage en train : toutes ces femmes sont finement décrites avec leurs états d’âme, leurs envies et leurs regrets. La nouvelle "Une journée dans la vie d'une femme souriante" n’a pas pris une ride.
Des nouvelles absolument épatantes ! 

Elle eut à nouveau une pensée pour ses enfants; elle avait tellement été persuadée qu'elle serait un jour assise dans une pièce comme celle-ci, avec d'autres parents, et qu'elle écouterait quelqu'un faire des discours ennuyeux et stupides et distribuer des prix à ses trois enfants. Elle avait tellement espéré de la vie. Elle s'était attendue à les voir grandir, à voir leurs jambes s'allonger, à connaître leur visage d'adulte, leurs enfants. Il était impossible qu'un accident comme la mort puisse les séparer d'elle. Et pourtant, ce sont des choses qui arrivent, tous les jours.

Le billet de Cathulu

Lu de cette autrice : Un bébé d'or pur
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