Éditeur : Stock - Date de parution :Janvier 2016 - 238 pages qui prennent aux tripes.
"Embuscades, rafale de mitraillette, mines, grenades, voitures piégées, coupe de fusil, coups de couteau… Je ne comprenais rien à cette sarabande macabre. Mais j'entendais… J'entendais des bruits les, les explosions, les coups de sifflet, le cris, les tirs, les sirènes des ambulances dans la ville. J'entendais les gens courir. Rien de plus inquiétant pour moi que le bruit de pas de course, surtout lorsqu'on ne sait pas ce qui se passe."
Nous sommes à Alger où la narratrice est encore une petite enfance en cette période sombre de l’histoire de l’Histoire avec le FLN, l’OSA et le souffle de l’indépendance revendiquée. On est loin des paroles rassurantes du 18 juillet 1962 de Charles de Gaulle "Pour la France à part quelques enlèvements, les choses se passent à peu près convenablement."
Agée de trois ans, en compagnie de sa mère dans un train, ce dernier saute, miné par les explosifs du FLN en1959. Ce souvenir la hante toujours cinquante ans après avec des peurs, des angoisses. A Alger, la famille doit brusquement en France. Vite, très vite. Et maintenant, à ses parents devenus âgés, elle pose également des questions sur ce passé.
Revenant sur son enfance à Alger puis sur l’arrivée de sa famille en France la dépression de sa mère et la folie, tout est livré par ses yeux d’enfants à l’époque sans chercher à faire un récit historique.
Ajoutant son quotidien d’aujourd’hui, ses réflexions ses doutes et ses angoisses comme des graines de fleurs. "J'ai cherché à savoir d'où me vient ce goût exagéré pour la botanique. Je crois que c'est pour l'espoir et la fertilité… Quels que soient les tragédies, les drames, les destructions humaines, les plantes finissent toujours par repousser. Elles reviennent, en rampant s ‘il le faut , et recouvrent les ruines de leur manteau végétal."
Des touches de tendresse, de peur mais aussi de bonheur, d'espoir avec une écriture dont la poésie fait mouche, Béatrice Fontanel nous offre une lecture qui prend aux tripes.
"J'écris comme je lave le sol, à grande eau. Alors ça met du temps à sécher. C'est mon destin d'essorer."
Les billets de Cathulu, Virginie
lundi 6 juin 2016
samedi 4 juin 2016
Marisha Pessl - La physique des catastrophes
Depuis le décès de sa mère alors qu’elle avait cinq ans, Bleue Van Meer sillonne les Etats-Unis en voiture avec son père selon les postes universitaires qu’il occupe. Mais son père a la bougeotte et ne reste jamais que quelques mois. Sur les routes, cet intellectuel professeur de sciences politiques hors normes inculque à Bleue une culture,extraordinaire. Il faut dire que Bleue est une enfant précoce et diablement intelligente. Entre eux deux, il y a une vraie relation fusionnelle et complice faite de joutes oratoires, de citations et d'échanges sur la littérature ou sur la physique quantique. Mais pour l’années des seize ans de Bleue, son père décide d’accepter un poste d’une année à Stockton en Caroline du Nord histoire que Bleue prépare bien son entrée à Harvard.
Inscrite au lycée St-Gallway, elle rencontre par hasard avant la rentrée des classes Hannah Schneider professeur de cinéma dans son école. Bleue a du mal à s’intégrer mais Hannah l’invite à venir chez elle avec d’autres élèves. Ce cercle réduit se retrouve tous les dimanches chez Hannah, c’est un rituel. Sauf qu’elle doit mentir à son père et que les autres membres du groupe la font sentir comme une étrangère.
Roman foisonnant de vraies ou de fausses références à presque chaque page, j’ai pris un grand plaisir tant la forme est originale et grâce à l’humour. Mais à la moitié du livre, j’ai fait une overdose des longueurs et des références. Et il faut attendre justement longtemps avant que le suicide d’Hannah (qui nous est annoncé dès le départ du livre) se produise. A partir de ce moment, le roman prend alors une autre tournure.
C’est vrai que ce livre joue sur les codes du roman d’apprentissage (n’oublions pas que Bleue est une adolescente) et du roman policier. C’est vrai aussi que l’écriture de Marisha Pessl est inventive, fraîche, originale et que les rebondissements sont nombreux mais que de longueurs inutiles ! Et c’est dommage parce que ce roman possède de vraies qualités car il nous surprend et il nous aimante ( et il le fallait car j'ai l'abandon facile).
Après voir lu lu Intérieur nuit de Marisha Pessl, de nombreuses personnes m’ont signalée ce livre qui a eu de nombreuses critiques élogieuses.
J'observais la pièce comme un vagabond qui précède le nez contre une vitre. Je me demandais pourquoi elle s'intéressait tant à ma vie, à mon bonheur, à ma coupe de cheveux ("Adorable", déclarait-elle. "On dirait une fille paumée est des années vingt", prétendait papas) ; pourquoi nous l'intéressions. Je m'interrogeais sur ses amis, sur la raison pour laquelle elle n'était pas mariée et n'avait aucune de ce que papa appelait "les conneries domestiques" ( un 4 X 4, des gosses), ce "scénario de sitcom auquel tout le monde s'accroche pour donner un sens à sa vie avec rires en boîte".
"Tu penses à quelque chose" observa-t-il finement. Ce type était Carl Jung, voire Freud, ma parole.
vendredi 3 juin 2016
Isabelle Lortholary - L’Année pensionnaire
Éditeur : Gallimard - Date de parution : Mais 2016 - 139 pages admirablement menées
Depuis ses sept ans, la narratrice passe son année scolaire dans un pensionnat appelé l’Institut non loin de l’Espagne" Nous venions de l'Europe entière, (…) l'Institut avait bonne réputation ainsi que l'air et l'eau des montagnes, propices à l'épanouissement des natures sensibles (c'est de cette manière que l’on qualifiait nos petites personnes, frappées d'une de ses maladies qui n'existent pas sinon dans l'idée que se font les parents et les éducateurs des jeunes filles « dans la norme » ; natures sensibles, l'expression servait à masquer nos difficultés d'adaptation au système scolaire et nos échecs dans les écoles publiques) ". Désormais âgée de quatorze ans, rompue au fonctionnement de l’institut et à ses règles, une nouvelle venue Attali l’intrigue. Mystérieuse, de deux ans son aînée, elle exerce sur la narratrice une fascination, un trouble. Fille unique de parents artistes très distants ( " Il est évident que je n’appartenais pas à une famille normale "), elle subit ces années "L'impression que je garde est celle d'une stagnation". Car c’est la femme quarante plus tard qui raconte. Les plus jeunes et les moins dégourdies endurent une méchanceté qui dérive vers une forme de cruauté de la part des plus grandes.
Le récit donne l’impression d’un établissement d‘une époque lointaine or nous sommes en 1973 quand les événements se produisent.
Récit impeccablement maîtrisé où Isabelle Lortholary nous décrit admirablement la solitude, l’amour à sens unique, les émois de ces jeunes filles. Pas d’eau de rose, mais une écriture qui restitue avec précision et densité les émotions les plus complexes et ce, sans œillères.
Un roman à l’atmosphère prenante devenu un livre hérisson !
La joie qu'on éprouve pour une douleur est pernicieuse, elle est empoisonnée comme une vengeance, elle n'est pas innocente, elle pervertit.
Le billet de Cathulu (merci!)
Depuis ses sept ans, la narratrice passe son année scolaire dans un pensionnat appelé l’Institut non loin de l’Espagne" Nous venions de l'Europe entière, (…) l'Institut avait bonne réputation ainsi que l'air et l'eau des montagnes, propices à l'épanouissement des natures sensibles (c'est de cette manière que l’on qualifiait nos petites personnes, frappées d'une de ses maladies qui n'existent pas sinon dans l'idée que se font les parents et les éducateurs des jeunes filles « dans la norme » ; natures sensibles, l'expression servait à masquer nos difficultés d'adaptation au système scolaire et nos échecs dans les écoles publiques) ". Désormais âgée de quatorze ans, rompue au fonctionnement de l’institut et à ses règles, une nouvelle venue Attali l’intrigue. Mystérieuse, de deux ans son aînée, elle exerce sur la narratrice une fascination, un trouble. Fille unique de parents artistes très distants ( " Il est évident que je n’appartenais pas à une famille normale "), elle subit ces années "L'impression que je garde est celle d'une stagnation". Car c’est la femme quarante plus tard qui raconte. Les plus jeunes et les moins dégourdies endurent une méchanceté qui dérive vers une forme de cruauté de la part des plus grandes.
Le récit donne l’impression d’un établissement d‘une époque lointaine or nous sommes en 1973 quand les événements se produisent.
Récit impeccablement maîtrisé où Isabelle Lortholary nous décrit admirablement la solitude, l’amour à sens unique, les émois de ces jeunes filles. Pas d’eau de rose, mais une écriture qui restitue avec précision et densité les émotions les plus complexes et ce, sans œillères.
Un roman à l’atmosphère prenante devenu un livre hérisson !
La joie qu'on éprouve pour une douleur est pernicieuse, elle est empoisonnée comme une vengeance, elle n'est pas innocente, elle pervertit.
Le billet de Cathulu (merci!)
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