Éditeur : Actes Sud - Date de parution : Avril 2016 - 184 pages et un coup de cœur !
Dans les couloirs du métro parisien, Anne retraitée blanche et française des beaux quartiers est chargée de sacs d’achat pour la future naissance de sa petite fille. Appuyée contre un mur, une jeune femme noire enceinte semble mal en point. Continuer son chemin ou s’arrêter ? C’est ce qui s’inscrit dans l’esprit d’Anne. Elle la dépasse mais revient sur ses pas. Un acte de bonne conscience, l’envie ou le besoin d’aider celle qui en a besoin? La jeune femme Destiny s’exprime dans un anglais approximatif, patiné de mots qui comme des cailloux retracent son parcours. Mais nous n’en sommes pas là. Anne réussit à la comprendre et à l’accompagner à l’hôpital. Elle lui promet de revenir le lendemain.
Pourquoi cette promesse ? Pour souffler un peu d’espoir à Destiny ? Pour lui faire comprendre qu’elle se préoccupe d’elle ?
Depuis son Nigéria natal, Destiny à vingt-sept ans a parcouru des kilomètres, fuit les armes et le hommes menaçants. Elle a payé de son corps son passage en Italie ballotée sur un bateau avec d’autres migrants. Et là voici maintenant en France. Exclue, abonnée à la misère mais elle croit en son prénom. Tout sépare ces deux femmes " que s’imaginait donc Anne ? Qu’elle avait à faire à une gamine ignorante à prendre par la main et guider ! Ne sait-elle pas que celle-ci a des années de tourments derrière elle, des années d’enfer ? Oui, elle le sait, mais non, elle ne sait pas vraiment. Il n’y a rien dans la vie d’Anne, qui puisse lui servir de comparaison, qui puisse lui servir à comprendre vraiment, de l’intérieur, la vie de cette femme."
Destiny met au monde Glory, Anne entreprend des démarches qui jusque là lui étaient inconnues. Car Destiny n’a aucun endroit où loger, n’a pas d‘argent. Anne aimerait ou voudrait en qualité de celle qui aide en savoir plus, que Destiny lui soit reconnaissante pour les vêtements et l’argent donnés, la nourriture achetée. De Paris, Destiny connaît le "CentQuinze" mais pas la Tour Eiffel. Malgré les vacances familiales où la jeune femme s’estompe de son esprit, Anne revient toujours vers Destiny sans trop comment s’y prendre.
Car Destiny est fière, rebelle, elle veut faire venir ses deux autres enfants, trouver un emploi, ne veut pas se faire d’ami, sombre dans le dépression… Autant de quoi noyer Anne dans un océan de perplexité.
De cette relation fragile avec ses incompréhensions mutuelles, Pierrette Fleutiaux nous rappelle que l’aidant n’a pas tous les droits, que Destiny si elle ne déverse pas des torrents de gratitude possède sa liberté bien à elle. Et ces deux femmes vont s’apprivoiser avec leurs différences et chacune d'elle va gommer ce qu’elle ne peut pas comprendre de l'autre et s'enrichir.
Dans cette cartographie complexe des rapports humains, Pierrette Fleutiaux nous offre un regard lucide : des moments de complicité aux petites pensées égoïstes par instinct de protection d’Anne ou encore les mensonges de Destiny "Vérité et mensonge ne sont pas des concepts de référence très utiles quand on côtoie les miséreux du monde". Anne et Destiny s’ancrent en nous et nous questionnent à la façon d'un miroir.
Un livre servi par une écriture ciselée, rare et essentiel avec une sincère humanité et sensibilité car il fait partie de ces lectures qui mettent à mal les préjugés et nous interrogent. Un coup de cœur entier et total sur toute la ligne !
Rien d'éteint, dans les yeux de Destiny et de son mari Victor. Ce qui y brille, il lui faudra plusieurs heures avant de réussir à l'identifier, il lui faudra contourner des amas de clichés et de préjugés pour arriver à cette simple certitude : ce qui brillait dans leurs yeux, c'était le bonheur anticipé de deux parents devant la joie de leurs enfants. Cela, rien de plus.
C'est dans le grand livre des migrants que se trouvent les miracles aujourd'hui.
Le billet de Jérôme
lundi 13 juin 2016
dimanche 12 juin 2016
Jessica Knoll - American Girl
Éditeur : Actes Sud - Traduit de de l’anglais (Etats-Unis) par Hubert Malfray - Date de parution : Juin 2016 - 360 pages qui ne laissent pas indifférent.
A vingt-huit ans, Ani journaliste dans un magazine à New-York va se marier dans quelques semaines à un avocat d’une famille puissante. Cette working-girl habillée à la dernière mode et vouée au culte de l’apparence possède de la répartie. Et à la lecture des premières pages, on la trouve hautaine, arrogante. Bref, une vraie tête à claques qui semble vivre dans une bulle rose et dorée. Mais très vite, on comprend que c’est une façade blindée et que son assurance est un travail entrepris il y a longtemps : "J'ai compris que la réussite pouvait être source de protection; réussir, c'était pouvoir maltraiter un larbin à l'autre bout du fil, porter des chaussures hors de prix qui terrorisaient la ville, faire s'écarter les foule sur votre passage, donner l'impression que vous êtes au-dessus du commun des mortels. Et pour parfaire le tableau, il fallait aussi trouver un homme. Si j'arrivais à obtenir tout ça, me suis-je dit, plus jamais personne ne me ferait du mal." Car Ani la narratrice dissimule un passé douloureux et les souffrances sont toujours bien présentes. Ses névroses actuelles, sa recherche de sécurité par le biais d’un mariage et d'une réussite sociale découlent de ce qu’elle a vécu à l'adolescence dans un laps de temps très court.
Jessica Knoll nous fait revenir à l’année des quatorze ans de TifAny (son vrai prénom) FaNelli où elle intègre un nouveau lycée Bradley en Pennsylvanie. Une école avec forcément son lot d’élèves qui soufflent le chaud et le froid. TifAni est acceptée par ce groupe d’élèves et pour elle c’est une victoire.
Alternant présent et passé, on découvre à quel point la sarcastique Ani est perdue mais surtout on revit avec elle deux événements d’une violence inouïe lors de son année scolaire à Bradley.
Jesicca Knoll n’a pas froid aux yeux vu les thèmes abordés (attention ça bouscule, vous êtes prévenus) pour un premier roman et en choisissant une héroïne désabusée qui est loin de gagner notre sympathie durant une bonne partie du récit.
Le style où se mélangent du cash, du mordant mais également aussi un peu de chick lit (qui s'estompe rapidement au fil des pages) est à l'image de la personnalité d'Ani. Et je n'ai pas été toujours à l'aise avec cette écriture.
Malgré une inégalité dans les différentes partie du récit et quelques maladresses, ce roman est assez magnétique et ne laissera personne indifférent.
Mon changement de nom n'avait rien à voir avec mon désir de cacher mon passé ; c'était plutôt le moyen pour moi de devenir celle que, selon les gens je ne méritais pas de devenir : Ani Harrison.
Le billet de Cathulu
A vingt-huit ans, Ani journaliste dans un magazine à New-York va se marier dans quelques semaines à un avocat d’une famille puissante. Cette working-girl habillée à la dernière mode et vouée au culte de l’apparence possède de la répartie. Et à la lecture des premières pages, on la trouve hautaine, arrogante. Bref, une vraie tête à claques qui semble vivre dans une bulle rose et dorée. Mais très vite, on comprend que c’est une façade blindée et que son assurance est un travail entrepris il y a longtemps : "J'ai compris que la réussite pouvait être source de protection; réussir, c'était pouvoir maltraiter un larbin à l'autre bout du fil, porter des chaussures hors de prix qui terrorisaient la ville, faire s'écarter les foule sur votre passage, donner l'impression que vous êtes au-dessus du commun des mortels. Et pour parfaire le tableau, il fallait aussi trouver un homme. Si j'arrivais à obtenir tout ça, me suis-je dit, plus jamais personne ne me ferait du mal." Car Ani la narratrice dissimule un passé douloureux et les souffrances sont toujours bien présentes. Ses névroses actuelles, sa recherche de sécurité par le biais d’un mariage et d'une réussite sociale découlent de ce qu’elle a vécu à l'adolescence dans un laps de temps très court.
Jessica Knoll nous fait revenir à l’année des quatorze ans de TifAny (son vrai prénom) FaNelli où elle intègre un nouveau lycée Bradley en Pennsylvanie. Une école avec forcément son lot d’élèves qui soufflent le chaud et le froid. TifAni est acceptée par ce groupe d’élèves et pour elle c’est une victoire.
Alternant présent et passé, on découvre à quel point la sarcastique Ani est perdue mais surtout on revit avec elle deux événements d’une violence inouïe lors de son année scolaire à Bradley.
Jesicca Knoll n’a pas froid aux yeux vu les thèmes abordés (attention ça bouscule, vous êtes prévenus) pour un premier roman et en choisissant une héroïne désabusée qui est loin de gagner notre sympathie durant une bonne partie du récit.
Le style où se mélangent du cash, du mordant mais également aussi un peu de chick lit (qui s'estompe rapidement au fil des pages) est à l'image de la personnalité d'Ani. Et je n'ai pas été toujours à l'aise avec cette écriture.
Malgré une inégalité dans les différentes partie du récit et quelques maladresses, ce roman est assez magnétique et ne laissera personne indifférent.
Mon changement de nom n'avait rien à voir avec mon désir de cacher mon passé ; c'était plutôt le moyen pour moi de devenir celle que, selon les gens je ne méritais pas de devenir : Ani Harrison.
Le billet de Cathulu
lundi 6 juin 2016
Béatrice Fontanel - Le train d'Alger
Éditeur : Stock - Date de parution :Janvier 2016 - 238 pages qui prennent aux tripes.
"Embuscades, rafale de mitraillette, mines, grenades, voitures piégées, coupe de fusil, coups de couteau… Je ne comprenais rien à cette sarabande macabre. Mais j'entendais… J'entendais des bruits les, les explosions, les coups de sifflet, le cris, les tirs, les sirènes des ambulances dans la ville. J'entendais les gens courir. Rien de plus inquiétant pour moi que le bruit de pas de course, surtout lorsqu'on ne sait pas ce qui se passe." Nous sommes à Alger où la narratrice est encore une petite enfance en cette période sombre de l’histoire de l’Histoire avec le FLN, l’OSA et le souffle de l’indépendance revendiquée. On est loin des paroles rassurantes du 18 juillet 1962 de Charles de Gaulle "Pour la France à part quelques enlèvements, les choses se passent à peu près convenablement."
Agée de trois ans, en compagnie de sa mère dans un train, ce dernier saute, miné par les explosifs du FLN en1959. Ce souvenir la hante toujours cinquante ans après avec des peurs, des angoisses. A Alger, la famille doit brusquement en France. Vite, très vite. Et maintenant, à ses parents devenus âgés, elle pose également des questions sur ce passé.
Revenant sur son enfance à Alger puis sur l’arrivée de sa famille en France la dépression de sa mère et la folie, tout est livré par ses yeux d’enfants à l’époque sans chercher à faire un récit historique.
Ajoutant son quotidien d’aujourd’hui, ses réflexions ses doutes et ses angoisses comme des graines de fleurs. "J'ai cherché à savoir d'où me vient ce goût exagéré pour la botanique. Je crois que c'est pour l'espoir et la fertilité… Quels que soient les tragédies, les drames, les destructions humaines, les plantes finissent toujours par repousser. Elles reviennent, en rampant s ‘il le faut , et recouvrent les ruines de leur manteau végétal."
Des touches de tendresse, de peur mais aussi de bonheur, d'espoir avec une écriture dont la poésie fait mouche, Béatrice Fontanel nous offre une lecture qui prend aux tripes.
"J'écris comme je lave le sol, à grande eau. Alors ça met du temps à sécher. C'est mon destin d'essorer."
Les billets de Cathulu, Virginie
"Embuscades, rafale de mitraillette, mines, grenades, voitures piégées, coupe de fusil, coups de couteau… Je ne comprenais rien à cette sarabande macabre. Mais j'entendais… J'entendais des bruits les, les explosions, les coups de sifflet, le cris, les tirs, les sirènes des ambulances dans la ville. J'entendais les gens courir. Rien de plus inquiétant pour moi que le bruit de pas de course, surtout lorsqu'on ne sait pas ce qui se passe." Nous sommes à Alger où la narratrice est encore une petite enfance en cette période sombre de l’histoire de l’Histoire avec le FLN, l’OSA et le souffle de l’indépendance revendiquée. On est loin des paroles rassurantes du 18 juillet 1962 de Charles de Gaulle "Pour la France à part quelques enlèvements, les choses se passent à peu près convenablement."
Agée de trois ans, en compagnie de sa mère dans un train, ce dernier saute, miné par les explosifs du FLN en1959. Ce souvenir la hante toujours cinquante ans après avec des peurs, des angoisses. A Alger, la famille doit brusquement en France. Vite, très vite. Et maintenant, à ses parents devenus âgés, elle pose également des questions sur ce passé.
Revenant sur son enfance à Alger puis sur l’arrivée de sa famille en France la dépression de sa mère et la folie, tout est livré par ses yeux d’enfants à l’époque sans chercher à faire un récit historique.
Ajoutant son quotidien d’aujourd’hui, ses réflexions ses doutes et ses angoisses comme des graines de fleurs. "J'ai cherché à savoir d'où me vient ce goût exagéré pour la botanique. Je crois que c'est pour l'espoir et la fertilité… Quels que soient les tragédies, les drames, les destructions humaines, les plantes finissent toujours par repousser. Elles reviennent, en rampant s ‘il le faut , et recouvrent les ruines de leur manteau végétal."
Des touches de tendresse, de peur mais aussi de bonheur, d'espoir avec une écriture dont la poésie fait mouche, Béatrice Fontanel nous offre une lecture qui prend aux tripes.
"J'écris comme je lave le sol, à grande eau. Alors ça met du temps à sécher. C'est mon destin d'essorer."
Les billets de Cathulu, Virginie
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