jeudi 8 septembre 2016

Smith Henderson - Yaak Valley, Montana

Éditeur : Belfond - Traduit de l'américain par Nathalie Peronny - Date de parution: Août 2016 - 575 pages qui bousculent. 

Années 80, Montana. Pete Snow est assistant social et s’occupe d’enfants. Parents alcooliques, drogués, laissés pour compte et des enfants, adolescents cabossés sans repères qu’il veut aider. Et il a des cas très difficiles : Cecil un adolescent qui touche le fond et Benjamin qu’il a rencontré par hasard. Maltraité par son père Jeremiah Pearl, illuminé et mystique qui lui interdit tout contact avec l’extérieur. De quoi être lassé, désabusé passer pas des phases où l’on se dit que son boulot ne sert pratiquement à rien devant tout ce qu’il y a accomplir. En plus, Pete a ses problèmes personnels : son divorce avec son ex-femme portée sur la bouteille et les hommes, son frère qui fuit la justice. Et en bonus, sa fille de treize ans fugue.

Si au départ, j’ai eu du mal à entrer dans ce livre c’est-à-dire à être vraiment intéressée par l’histoire, la grande empathie de Pete a été le déclic car il veut vraiment faire de son mieux pour ces enfants. Sur fond de nature sauvage, où l’on craint le pire avec Jeremiah Pearl, l’auteur n’épargne pas le lecteur (attention aux âmes sensibles) et certaine passages sont très durs  car ils concernent des enfants. Smith Henderson n' a pas choisi de nous décrire Pete comme un saint et c'est un des points forts de ce roman.

Cette peinture sombre des exclus, de la misère et de la violence m’a plus que touchée tout comme la plupart des personnages.
Bien tramé malgré quelques longueurs, ce premier roman bouscule et pas qu’un peu (vous êtes prévenus).

Ici aussi les gens avaient des secrets. Un voleur. Un homosexuel. Des parents qui maltraitaient leurs enfants et dont les maisons ressortaient sur sa carte mentale de la ville tels des gyrophare orange, parce qu'il savait. Dépositaire de leurs secrets.

Lu grâce à Babelio que je remercie.

mardi 6 septembre 2016

Yannick Grannec - Le bal mécanique

Éditeur : Anne Carrière - date de parution : Août 2016 - 529 pages foisonnantes ! 

Chicago. Josh est animateur à succès d'une émission de télé-réalité qu'il a conçue. Un mélange de sorte de thérapie pour la famille sélectionnée et de relooking intérieur de la maison. Il est en froid avec son père Carl, de son vrai nom Karl Grenzberg, peintre âgé qui vit reclus à Saint-Paul-de-Vence en France. Né en Allemagne puis adopté  dans les années 30,  son père d'origine juive l'avait confié à un couple d'amis en partance pour les Etats-Unis. Theodor, le père biologique de Carl, était un amateur d'art et un galériste. Or un tableau d'Otto Dix le représentant refait surface d'une manière inattendue. Pour Carl c'est l'occasion de chercher des faits sur sa famille. Il apprend qu'il avait une soeur. Tourmenté, il préfère mettre fin à ses jours. S'il le désire Josh peut lancer des procédures pour que le tableau lui soit restitué et chercher la vérité sur la famille de son père.

Ensuite l'auteure nous immerge dans Berlin au tout début du XXe siècle. On suit Theodor et les siens : sa femme Luise ayant soif de fêtes et de liberté,  leur fille Magda et les peintres qui l’entourent. Ses débuts, son amitié avec Paul Klee, la reconnaissance de peintres avant qu'ils ne soient mis au banc de l’Allemagne nazie pour art dégénéré, la fermeture de sa galerie. L'auteure alterne avec des focus sur Magda : son enfance dans les hôtels, son attrait pour l’art et ses discussions avec son parrain Klee, son cursus à l’école d’Art du Bauhaus  ou encore son départ pour défendre des causes politiques.

Avec une écriture entraînante, fluide mais également incisive,  Yannick Grannec déroule impeccablement les frises chronologiques et familiales. A partir de faits historiques réels (la montée du national-socialisme, la spoliation des œuvres d'art par le régime nazi, la philosophie et les objectifs du Bauhaus, les deux guerres et bien d'autres éléments) elle greffe sa fiction et le secret de famille n’est qu’un détail dans ce roman foisonnant.
La transmission, l’Histoire au travers de l’Art qui est "un lien à travers le temps" sont au coeur de ce livre.

Si j’ai trouvé un peu longue et moins intéressante la première partie, la seconde partie se dévore et il est impossible de lâcher ce roman ! Et si comme moi vous ne vous n’avez pas de connaissances approfondies en art moderne, pas de panique  : ce livre n’est pas réservé qu'à des initiés.

Le billet de Nicole
Lu de cette auteure: La Déesse des petites victoires

lundi 5 septembre 2016

Laurent Mauvignier - Continuer

Éditeur : Les Éditions de Minuit - Date de parution : Septembre 2016 - 239 pages magistrales et un immense coup de cœur ! 

Un divorce houleux, une installation à Bordeaux où "elle croyait connaître des gens avant de s’apercevoir que c’était plutôt son mari qu’ils connaissaient, pas elle ", Sybille que l’on dit avoir tout raté (les grandes ambitions de sa jeunesse, son mariage) est l’ombre d’elle-même. "Victime collatéral" du déchirement de ses parents, son fils Samuel âgé de seize ans l’ignore ou presque et part à la dérive. Un électrochoc pour Sybille qui ne peut pas laisser sombrer son fils ou continuer à l’entraîner dans sa propre chute. Elle décide de quitter son emploi d’infirmière pour plusieurs mois, de vendre la maison de ses parents et de partir avec Samuel au Kirghizistan. Un périple à cheval, leur passion commune avant que Samuel ne décroche, afin qu’il puisse "reconstruire sa vie, redonner du sens à la vie, tout remodeler".

Des scènes grandioses à couper le souffle avec les chevaux (qui semblent comme suspendues hors du temps),  des sentiments violents et larvés de Samuel envers sa mère, son mépris envers les personnes qui les accueillent et dont il ne comprend pas la langue, de Sybille dont on apprend par bribes le passé, Laurent Mauvignier excelle à décrire les sentiments et les différentes relations. Que ce soit la figure du père pour Samuel mise sur un piédestal, l’amour de Sybille pour son fils, la relation conflictuelle entre l’adolescent  et sa mère qui se débat avec ses anciens démons en espérant voir Samuel s’ouvrir sur l’extérieur.

Du regard du fils sur sa mère (et c’est très juste et réaliste ce portait de Samuel qui saisit à la perfection le mal-être, la colère et la peur) et inversement, des chevauchées à travers ce pays dont Sybille a préparé l’itinéraire de voyage, des imprévus au danger, tout est admirable.
Avec des allers-retours entre passé et présent avec en fond une chanson de Bowie, l’écriture est tout simplement sublime. Nerveuse, brutale ou plus douce pour ce roman intimiste, bouleversant, optimiste entre une mère et son fils et qui rend parfaitement le contexte social actuel.
Un livre coup de cœur  !

Il ne comprend pas, quelque chose est en train de soulever sa mère et de l'emmener vers une zone d'elle-même dont il ignore tout. Et ça, Samuel en est troublé, il la regarde avec l'envie de lui sourire –et peut-être même que depuis tout à l'heure il sourit vraiment, comme un fils peut sourire à sa mère, avec pudeur et amour, avec une forme de tendresse et de complicité qui se passe de mots parce qu'elle les contient tous, dans le secret d'un sentiment qui les dépasse.

Lu de cet auteur : Apprendre à finir - Autour du monde Dans la foule - Des hommes -Loin d'eux - Seuls
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