vendredi 21 octobre 2016

Elitza Gueorguieva - Les cosmonautes ne font que passer

Éditeur : Verticales - Date de parution : Août 2016 - 184 pages et un premier roman très, très réussi! 

Nous somme en Bulgarie communiste et la narratrice âgée de sept ans fait ses premiers pas à l’école où l’on doit appeler la directrice Camarade. Fascinée par Iouri Gagarine (figure emblématique) et pour faire plaisir à son grand-père, elle veut devenir cosmonaute (un projet qu’elle garde secret) mais il y a bien des barrages comme celui d’être une fille. Entre son grand-père "émérite communiste", ses parents qui se racontent des blagues dans la salle de bains où "ils laissent couler l'eau du lavabo, de la douche et du bidet simultanément" l’appartement et son placard difficile d’accès, les queues devant les magasins, elle nous raconte la vie et son enfance. Sept ans plus tard, la chute du Mur de Berlin change beaucoup de choses. Le pays découvre "la transition démocratique" et ce qui va avec : la liberté mais aussi la pauvreté.

Dans ce récit à la deuxième personne du singulier, Elitza Gueorguieva dépeint à merveille l’enfance et les rêves, les préoccupations qui lui sont associées dans la Bulgarie communiste où la politique dirige les vies de chacun. Pour la narratrice, le passage à l’adolescence coïncide au rejet par le peuple de tout qui rappelle le passé avec l’effondrement du communisme. Adieu à Gagarine et bonjour à Kurt Cobain pour elle :  "ta vie se charge d'une nouvelle aspiration : devenir comme Kurt Cobain, une célèbre et mystérieuse punk-grunge-rockeuse" A travers son regard et son quotidien, on ressent les impacts directs de l'Histoire. Les difficultés pour la population, ceux qui retournent leur veste ou encore ceux qui n’aspirent qu’à quitter le pays.

Avec de la malice, de l'humour, ce premier roman au ton faussement léger est décalé et empli de fraîcheur. Vraiment très, très bien! 

Ton grand-père est communiste. Un vrai, te dit-on plusieurs fois et tu comprends qu'il y en a aussi des faux. C'est comme avec les Barbie et les baskets Nike, qu'on peut trouver en vrai uniquement si on possède des relations de très haut niveau.

Les billets de Cuné, Pr. Platypus

jeudi 20 octobre 2016

Joyce Carol Oates - Sacrifice

Éditeur : Philippe Rey - Traduit de l'anglais (EtaTs-Unis) par Claude Seban - Date de parution : Octobre 2016 - 358 pages dérangeantes. 

1987. A Pascayne, une ville du New-Jersey touchée par le chômage, Ednetta Frye dans son quartier pauvre de Red Rock cherche sa fille Sybilla âgée de quatorze ans disparue depuis trois jours. Maculée d’excréments et avec des inscriptions racistes marquées sur poitrine, elle est retrouvée grâce à ses gémissements dans une usine désaffectée. " Elle avait été abandonnée à la mort. Elle avait été battue, violée et abandonnée à la mort. Elle avait été ligotée comme un animal, battue, violée et abandonnée à la mort. Une enfant, une jeune fille noire. " A l’hôpital, Ednetta refuse que l'on prévienne la police qui viendra pourtant. Et quand la police arrive, Sybilla se mure dans un silence alors que  que amère veut qu'elles partent au plus vite. Sybilla écrit juste quelques mots accusant des policiers blancs.  Sans qu’aucun examen médical n’ait été effectué, la mère et la fille quittent l’hôpital.

Très vite, ce qui est arrivé à l'adolescente se propage dans la communauté noire de la ville. La méfiance vis à vis de la police est très présente et les tensions existantes sont exacerbées. Sybilla ne porte pas plainte et sa mère refuse que toute personne (service sociaux, police, associations) entre en contact avec sa fille.
L'affaire parvient à un pasteur noir Marus Mudrick. Pour lui, c’est l’occasion de porter haut et fort ses messages contre les blancs. Avec son frère avocat militant pour les droits civiques, il promet à Ednetta de s’occuper de tout et se frotte par avance les mains. Car il est loin d’oublier ses propres intérêts fondés sur l’ambition et l’orgueil.

Roman choral où Sybilla, sa mère, le pasteur, l’avocat mais aussi la policière venue à l’hôpital, le beau–père de Sybilla, tous prennent la parole à tour de rôle de rôle au fur et à mesure que l’histoire progresse.
Beaucoup de zones d’ombre apparaissent très rapidement semant le doute chez le lecteur.
Entre manipulations, récupérations religieuses et profiteurs avides, personne n’est tout blanc ou tout noir. Joyce Carol Oates expose les faits sans prendre parti.
Et même si ce roman se déroule en 1987, certaines scènes et comportements décrits font encore parlés d’eux de nos jours.
Ce  roman dérangeant interpelle sur les questions identitaires (toujours d’actualité) de la société américaine.

Les billets de Fanny,  Keisha

Lu de cette auteure : Fille noire, fille blanche - J'ai réussi à rester en vie  - Les femelles - Un endroit où se cacher.

mardi 18 octobre 2016

Axel Sénéquier - Les vrais héros ne portent pas de slip rouge

Éditeur : Quadrature - Date de parution : 2014 - 128 pages qui donnent le sourire aux lèvres ! 

Si le titre un brin malicieux donne le sourire aux lèvres, la première nouvelle Avant-première m’a vraiment fait rire. Elle met en scène un passionné ( et le mot est faible) qui connaît par coeur les répliques d'auteurs qu’il adule et des scènes de films d’action (vus et revus). La suite se déroule dans un cinéma et bonus,  je n'ai pas vu la fin venir.
Le mythe du héros est revu dans ce recueil de nouvelles. Des personnages aux vies ordinaires et pour certains ils ont même à leur actif des actes peu glorieux. Mais ils vont redorer leur blason, faire naître de l’estime ou du respect chez les autres ou simplement retrouver la confiance qu’ils avaient perdue. Des actes réfléchis ou alors tout simplement spontanés, calculés ou non.

Sur ces douze nouvelles, quelques uns sont à chute et j’ai souvent deviné le dénouement mais qu’importe car l’écriture vive, franche et entraînante d'Axel Sénéquier m’a séduite. A part la nouvelle qui se déroule à Brest que j’ai trouvé moins réussie  (oui !), ce recueil vaut le détour.
Des sourires, de rires mais aussi des pincements au cœur ! A découvrir ! 

Il n’y a qu’au cinéma où le héros qui sauve la ville se contente d’un baiser de la belle, d’une poignée de main du shérif et de la gratitude des citoyens de Gotham City.

Un recueil repéré chez Alex, le billet de Krol
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